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Charles VII oint et couronné roi de France à Reims

Ce dimanche, en la cathédrale Notre-Dame de Reims, le dauphin Charles a reçu l'onction de la sainte huile des mains de l'archevêque Regnault de Chartres, puis la couronne, selon le rite des rois de France. La Pucelle se tenait dans le chœur, son étendard près de l'autel. Sept ans après la mort de son père, celui que l'on nommait « le roi de Bourges » est sacré au cœur d'un pays naguère tenu par le parti adverse.

Notre envoyé à Reims 17 juillet 1429, 08h00 6 min de lecture
Enluminure du sacre de Charles VII à Reims : l'onction par l'archevêque et la cour des dignitaires.
Martial d'Auvergne (attrib.), « Sacre de Charles VII à Reims », in Les Vigiles de Charles VII, folio 63v, vers 1484, BnF, Ms. Français 5054 — Domaine public (Wikimedia Commons).

Reims a vu ce matin ce qu'elle n'attendait plus de voir : un roi de France sacré sous ses voûtes. En la cathédrale Notre-Dame, ce dimanche 17 de juillet, le dauphin Charles, fils du feu roi Charles, a été oint et couronné selon le rite que l'on tient pour immémorial, des mains de monseigneur Regnault de Chartres, archevêque de cette ville et chancelier du royaume. Voilà sept ans que le trône attendait son sacre ; voilà sept ans que ses ennemis lui refusaient ce titre et le surnommaient par dérision « le roi de Bourges ».

La cérémonie s'est tenue au matin, dans la grande église remplie de gens d'armes, de prélats et de bourgeois de la ville, qui voici deux jours encore tenait pour le parti adverse et a ouvert ses portes au dauphin. On dit que rien n'a manqué de ce que l'usage commande, bien que les ornements et regalia gardés de coutume à Saint-Denis, en pays tenu par l'ennemi, n'aient pu être apportés : on a fait, à Reims, avec ce que la ville et l'Église ont pu fournir, et la cérémonie n'en a pas été empêchée.

Le cœur du sacre est l'onction. La sainte huile, que la tradition rapporte avoir été apportée du Ciel pour le baptême de Clovis et conservée en l'abbaye Saint-Remi de cette même ville, a été mêlée au saint chrême ; et c'est de cette huile que l'archevêque a oint le front et le corps du roi, ainsi qu'il se doit pour faire d'un prince un roi sacré, marqué du signe que nul autre onguent ne donne. Puis on lui a remis les insignes royaux — l'épée, le sceptre, la main de justice —, et la couronne a été posée sur sa tête.

Faute des grands pairs laïques du royaume, dont plusieurs sont du parti d'en face ou demeurés sur leurs terres, leurs offices ont été tenus par des seigneurs présents. On nous assure que messire le sire d'Albret a porté l'épée nue devant le roi, faisant l'office du connétable. Les pairs ecclésiastiques et les prélats venus avec l'ost entouraient l'archevêque. Nous nous gardons d'en dresser ici la liste complète, que chacun donne diversement : le détail du protocole et le nom de tous les grands présents ne nous sont pas connus avec assez de certitude pour les coucher sans réserve.

Parmi l'assistance, tous les yeux allaient à la fille venue de Lorraine, que l'on nomme la Pucelle, et qui a tant voulu ce sacre et tant pressé le roi de marcher sur Reims à travers les terres ennemies. On l'a vue dans le chœur, tout près de l'autel, tenant en main son étendard — celui où sont peints, dit-on, le Christ en sa majesté et les noms de Jésus et de Marie. Quelle place exacte lui fut faite dans la cérémonie, et ce qu'elle y put dire ou faire, nous le rapportons avec prudence : ce qui se murmure déjà court vite, et nous préférons la tenir pour ce qu'elle fut, une présence, plutôt que de lui prêter des paroles dont nul ne saurait répondre.

Le sens de cette journée n'échappe à personne, et chacun le dit à sa manière. Voici un prince sacré non pas en quelque lieu de refuge, mais à Reims même, en la ville où se font les rois de France depuis des siècles, et au milieu d'un pays naguère tenu par les Anglais et les Bourguignons. À ceux qui, à Paris, ont voulu faire reconnaître pour roi de France le jeune Henri, fils du roi d'Angleterre, ce sacre-ci répond sans un mot : il y a désormais un roi oint de l'huile sainte, et il n'y en a qu'un de cette façon-là.

Beaucoup, ici, ne voient pas dans tout ceci le seul jeu des armes et des villes ralliées. On entend dire, dans Reims et dans l'ost, que la main de Dieu se montre en cette affaire, et que la venue de la Pucelle, la marche heureuse à travers les terres ennemies, la reddition des villes et ce sacre enfin obtenu, sont autant de signes du Ciel en faveur du roi. Nous rapportons ce propos parce qu'il court de toutes les bouches ; nous ne le faisons pas nôtre, et laissons à chacun d'en juger selon sa foi.

Ce que ce sacre changera aux affaires du royaume, l'avenir le dira ; nous ne le devinons pas. Pour aujourd'hui, voici ce qui est sûr : à Reims, ce dimanche, Charles a été oint et couronné roi de France selon le rite des anciens rois, et la ville qui le refusait l'a acclamé sous ses voûtes.

Le contexte

Depuis le traité de Troyes (1420), le parti anglo-bourguignon reconnaît le roi d'Angleterre pour héritier de la couronne de France ; à la double mort de 1422, le jeune Henri VI a été proclamé « roi de France et d'Angleterre », tandis que le dauphin Charles, déshérité, était surnommé par dérision « le roi de Bourges ».

Reims est, depuis des siècles, la ville où l'on sacre les rois de France : c'est là que se conserve, en l'abbaye Saint-Remi, la sainte ampoule dont l'huile sert à l'onction royale.

Après la levée du siège d'Orléans au printemps, le dauphin a mené ses gens à travers la Champagne ; les villes de la route, dont Châlons et Reims, lui ont ouvert leurs portes, ouvrant le chemin du sacre.

Tant qu'un prince n'a pas reçu l'onction de Reims, ses adversaires lui contestent le plein titre de roi : c'est tout l'enjeu de cette cérémonie, qui fait passer Charles du rang de dauphin contesté à celui de roi sacré.

État des informations

Édition du 17 juillet 1429, au soir du sacre : nous tenons pour sûrs l'onction et le couronnement de Charles à Reims des mains de l'archevêque Regnault de Chartres, et la présence de la Pucelle dans le chœur ; nous nous gardons de prêter à celle-ci aucune parole, de surcharger le récit de détails de protocole mal assurés, et de rien préjuger de la suite des affaires du royaume.

Ce que l’on sait

  • Le dauphin Charles a été sacré et oint roi de France en la cathédrale Notre-Dame de Reims le 17 juillet 1429.
  • L'archevêque de Reims et chancelier du royaume, Regnault de Chartres, a officié et procédé à l'onction avec la sainte huile, selon le rite traditionnel du sacre.
  • La Pucelle était présente dans le chœur, son étendard en main près de l'autel.
  • Les ornements royaux conservés à Saint-Denis, en pays tenu par l'ennemi, n'ont pu être apportés ; la cérémonie s'est faite avec ce que Reims a pu fournir.
  • Le duc de Bourgogne, pair du royaume, n'était pas présent au sacre.

Ce que l’on ignore

  • Le détail exact du protocole et la liste complète des grands seigneurs présents, donnés diversement et sans certitude.
  • La place précise faite à la Pucelle dans le déroulement de la cérémonie, au-delà de sa présence avérée dans le chœur.
  • Le partage exact des offices habituellement tenus par les pairs laïques, suppléés par les seigneurs présents.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

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