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Patay : l’armée anglaise rompue, Talbot prisonnier

Les nouvelles qui montent de la Beauce sont d’une rare ampleur. Le samedi 18 de ce mois, en rase campagne du côté de Patay, l’armée anglaise venue secourir les places de la Loire a été surprise, enfoncée et mise en déroute. L’avant-garde montée du roi de Bourges a chargé les archers avant qu’ils n’aient eu le loisir de se retrancher. Le sire Talbot est aux mains des nôtres ; le chevalier Fastolf, dit-on, s’est sauvé.

Notre bureau de la cour 22 juin 1429, 08h00 6 min de lecture
Enluminure médiévale représentant la bataille de Patay (1429) : mêlée de cavaliers en armure, lances croisées, bannières aux lys de France et aux armes anglaises.
Philippe de Mazerolles (attr.), « La Bataille de Patay (18 juin 1429) », enluminure (vers 1470-1479), tirée de la Cronicque de Charles VII de Jean Chartier, BnF, Ms. Français 2691, f. 28 r. — Domaine public (Wikimedia Commons).

Il faut, pour une fois, écrire le mot que l’on n’osait plus former depuis des années : une grande bataille rangée a été livrée aux Anglais, et ce sont eux qui ont fui. Le samedi 18 de ce mois de juin, en pleine campagne de la Beauce, du côté du bourg de Patay, l’armée que les sires Talbot et Fastolf menaient au secours des places de la Loire a été abordée, enfoncée et rompue par les gens du roi de Bourges. Les dépêches qui remontent depuis quatre jours s’accordent toutes sur l’essentiel, quoiqu’elles diffèrent sur le détail et sur le compte des morts.

Rappelons d’où vient cette rencontre. Depuis la levée du siège d’Orléans, les nôtres ont repris coup sur coup les places que l’Anglais tenait sur la rivière : Jargeau d’abord, puis Meung et Beaugency, qui s’est rendue ces tout derniers jours. C’est au moment où Beaugency capitulait que paraissait, venue du nord, une forte armée anglaise conduite par messire Jean Talbot, capitaine de grand renom, et par le chevalier Jean Fastolf, avec le sire de Scales. Trop tard pour sauver la place, l’ennemi a fait retraite vers le pays de Beauce ; et c’est dans cette retraite que nos capitaines l’ont joint.

On rapporte que les coureurs de l’avant-garde ne savaient pas au juste où était l’ennemi, dans ce pays de bois et de halliers, et qu’un hasard le leur découvrit : un cerf levé par les nôtres se serait jeté droit dans les rangs anglais, qui poussèrent une huée à sa vue, et c’est ce cri qui trahit leur poste. Ainsi guidés, les gens d’armes du roi de Bourges fondirent sur eux. On nomme à l’avant La Hire, Poton de Xaintrailles, et avec eux le connétable de Richemont et le duc d’Alençon ; c’est sur leurs lances que s’est jouée la journée.

Toute l’affaire, à ce qu’on entend, a tenu à la vitesse. L’Anglais doit sa force à ses archers, qu’il a coutume de planter derrière une haie de pieux fichés en terre, d’où ils accablent de flèches qui les aborde : c’est ainsi qu’il a tant de fois rompu nos chevaliers. Mais cette fois, surpris en marche et serrés de trop près, ils n’eurent pas le loisir d’asseoir leur retranchement ni de garnir leur front de pieux. Nos gens d’armes, montés, les chargèrent par le flanc avant que la herse de traits fût en place ; et les archers, pris à découvert, se débandèrent presque aussitôt.

Dès lors ce ne fut plus un combat mais une chasse. Le gros de l’ost anglais, qui suivait, n’eut pas le temps de se ranger en bataille que déjà ses gens de trait refluaient sur lui en désordre. La déroute gagna de proche en proche, et les nôtres taillèrent dans la foule en fuite par la campagne rase. C’est dans cette poursuite, dit-on, que furent faits le plus de morts et le plus de prisonniers, l’Anglais n’ayant ni haie où s’adosser ni ordre où se reprendre.

La plus grande nouvelle est la prise de messire Talbot. Ce capitaine, l’un des plus redoutés du parti d’en face, n’a pu fuir : il est tombé aux mains des gens de Xaintrailles et demeure prisonnier, ce qui est, de mémoire d’homme, une rude perte pour l’Angleterre. Le chevalier Fastolf, lui, aurait gagné le large avec ce qu’il put rallier de cavaliers, abandonnant le champ ; on dit déjà, du côté anglais, qu’on lui en fera reproche. Le sire de Scales serait pris ou en fuite, selon les bouches.

Du nombre des morts, gardons-nous d’avancer un chiffre tranché. Les uns parlent de deux mille Anglais demeurés sur le terrain ou pris, d’autres montent jusqu’à deux mille cinq cents ; ce sont là ordres de grandeur rapportés par ceux qui reviennent, non un compte fait sur le pré. On s’accorde du moins à dire que la perte est lourde, qu’elle a frappé surtout les gens de trait, et que les nôtres, qui chargeaient et poursuivaient, n’y ont laissé que fort peu d’hommes. Tant de récits grossissent en chemin : nous donnons ces nombres pour ce qu’ils valent.

Que faut-il conclure d’une telle journée ? Pour la première fois depuis bien longtemps, l’Anglais a été joint en rase campagne et défait avant d’avoir pu dresser le mur de traits où il a coutume de nous briser. Est-ce le fait du seul hasard, qui voulut qu’on le surprît en marche ? Est-ce que nos capitaines ont trouvé la manière de le prendre avant qu’il ne se retranche ? Il serait téméraire d’en juger sur une seule rencontre. Ce qui est sûr, c’est que l’armée de secours qu’il amenait sur la Loire n’est plus, que Talbot est captif, et que la route, devant les bannières du roi de Bourges, paraît ce matin moins fermée qu’hier.

Le contexte

Depuis la levée du siège d’Orléans, au début de mai, les gens du roi de Bourges ont repris les places anglaises de la Loire : Jargeau, puis Meung-sur-Loire et Beaugency.

L’armée anglaise vaincue à Patay était une force de secours conduite par les capitaines Talbot et Fastolf, parvenue trop tard pour sauver Beaugency.

Les archers anglais, tirant à l’arc long depuis un front garni de pieux, ont fait depuis Azincourt (1415) la réputation et la force des armées d’Angleterre en bataille rangée.

Le « roi de Bourges » désigne le dauphin Charles, dont le parti tient le centre et le sud du royaume face aux Anglais et à leurs alliés bourguignons.

État des informations

Édition du 22 juin 1429 : nous rapportons la journée de Patay d’après les dépêches qui remontent de Beauce depuis quatre jours, en distinguant ce qui est tenu pour sûr — la déroute anglaise, la prise de Talbot — de ce qui n’est qu’estimé ou rapporté, à commencer par le nombre des morts et la part qu’y prit la Pucelle. Nous ne préjugeons en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • Une bataille a été livrée le 18 juin 1429 en Beauce, du côté de Patay, entre l’armée anglaise de secours et les gens du roi de Bourges, et s’est achevée par la déroute des Anglais.
  • L’avant-garde montée française, où l’on nomme La Hire et Poton de Xaintrailles, a chargé les archers anglais avant qu’ils n’eussent achevé de se retrancher derrière leurs pieux.
  • Le capitaine John Talbot a été fait prisonnier ; le chevalier John Fastolf s’est échappé du champ avec une partie des cavaliers.
  • La reprise de Jargeau, de Meung-sur-Loire et de Beaugency a précédé de peu cette rencontre.

Ce que l’on ignore

  • Le compte des pertes anglaises : on parle de deux mille à deux mille cinq cents morts ou prisonniers, ordre de grandeur rapporté sans certitude, les chiffres des survivants étant sujets à grossir.
  • Le rôle exact de la Pucelle dans cette journée : le choc décisif a été porté par l’avant-garde montée, et l’on dit qu’elle n’a rejoint le combat qu’après ; sa part réelle dans la victoire est diversement rapportée et demeure discutée.
  • Le sort précis du sire de Scales et de plusieurs capitaines anglais, donnés tantôt pour pris, tantôt pour en fuite.
  • Si cette manière de prendre l’Anglais en marche, avant qu’il ne plante ses archers, tient du hasard d’une rencontre ou d’un dessein de nos capitaines : une seule journée ne permet pas d’en juger.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

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24 juin 1429, 08h006 min