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Meung coupé, Beaugency rendue : la Loire se dégage

Après Jargeau, l'armée du roi de Bourges a poursuivi sa moisson de places le long du fleuve. À Meung, le pont a été enlevé d'un seul jour, coupant aux Anglais le passage au midi ; le donjon, lui, tient encore. À Beaugency, la garnison s'est retirée dans son château, puis a traité pour s'en aller. Cependant on dit une armée anglaise de secours en marche, dont nul ici ne sait au juste la force.

Notre envoyé sur la Loire 20 juin 1429, 08h00 5 min de lecture

Les nouvelles qui descendent la Loire, ces derniers jours, disent toutes la même chose : les places que l'Anglais tenait sur le fleuve tombent l'une après l'autre. Après Jargeau, enlevée voici peu, ce sont Meung et Beaugency, en aval d'Orléans, que l'armée du roi de Bourges a réduites coup sur coup. Le duc d'Alençon mène la besogne ; avec lui chevauchent le Bâtard d'Orléans, que l'on nomme Dunois, les capitaines La Hire et Poton de Xaintrailles, et la fille venue de Lorraine, la Pucelle, qui porte son étendard à la tête des gens d'armes.

À Meung-sur-Loire, d'abord. La place est de celles que l'Anglais avait fortifiées en trois endroits : la ville close, l'ouvrage qui garde le pont, et le château au-dehors, où l'on dit que se tiennent les capitaines Talbot et le sire de Scales. C'est au pont que les nôtres ont porté leur effort, le mercredi 15 de ce mois de juin. Sans s'attarder à la ville ni au château, l'armée a tourné l'obstacle et donné de front sur le pont, qu'elle a emporté en une seule journée. Le passage est à nous : voilà l'Anglais privé du gué qui lui permettait de jeter ses gens d'une rive à l'autre, et coupé, de ce côté, du midi du fleuve.

Que l'on s'entende pourtant : Meung n'est pas prise tout entière. Le donjon tient toujours, et avec lui la garnison qui s'y est enfermée. On a pris la clef du pont, non le château ; et tant que cette tour résiste, l'affaire n'est pas close au dos de l'armée. Mais l'essentiel, pour qui veut tenir le fleuve, était de fermer le passage : c'est fait.

De Meung, l'armée a poussé sur Beaugency, plus bas sur la rive. La ville commande, elle aussi, un pont sur la Loire, et les Anglais y avaient mis garnison. Dès l'approche des nôtres, le jeudi, ils ont jugé la ville close trop large à défendre et se sont retirés dans le château, abandonnant les murs et le pont. De là, on les a battus à coups d'artillerie, les bombardes tonnant contre la masse du donjon où ils s'étaient resserrés.

C'est dans la soirée qu'a paru, avec ses gens, le connétable Arthur de Richemont. On sait qu'il était depuis deux ans éloigné de la cour et privé de la faveur du roi ; le voici qui revient, amenant un renfort d'environ un millier d'hommes, et cherchant, dit-on, à rentrer en grâce par le service de ses armes. Son arrivée n'a pas été reçue sans embarras chez les capitaines, à qui sa disgrâce était connue ; mais des bras et des lances ne se refusent guère devant l'ennemi, et l'on a fait place au connétable.

C'est alors qu'est venu peser le bruit dont chacun, ici, parle à voix basse : une armée anglaise de secours serait en marche du côté de Paris, sous la conduite, dit-on, de messire Jean Fastolf, pour porter renfort aux places de la Loire. De sa force exacte, nul ne sait rien d'assuré : on l'évalue diversement, et les chiffres qui courent ne s'accordent point. Mais l'avis a suffi à presser les choses. Plutôt que de s'attarder devant le donjon de Beaugency avec cette menace au flanc, le duc d'Alençon a préféré traiter avec les assiégés.

L'accord s'est fait dans la nuit du jeudi au vendredi : la garnison anglaise rend le château et s'en va, vie sauve, abandonnant la place et son pont. Ainsi, sans nouvel assaut, Beaugency est revenue au parti du roi de Bourges. En quelques jours, de Jargeau à Meung et à Beaugency, ce sont trois passages du fleuve, et non des moindres, que l'Anglais a perdus ; sa ligne de la Loire, en aval d'Orléans, s'effondre par pans entiers.

Reste la question que tous se posent, et que nul ne tranche : cette armée de secours, où est-elle, et que vaut-elle ? Va-t-elle paraître devant les places reprises, et faudra-t-il en découdre en rase campagne ? L'armée du roi de Bourges, grossie des gens de Richemont, est sur ses gardes et tient les chemins. Pour l'heure, on sait ceci, qui est déjà beaucoup : la Loire se dégage, et le passage du fleuve, de ce côté, n'est plus à l'Anglais.

Le contexte

Depuis le traité de Troyes (1420), le royaume est partagé : le parti anglo-bourguignon tient Paris, la Normandie et le nord ; le dauphin Charles, dit par dérision « roi de Bourges », tient le centre et le sud, par-delà la Loire.

Le siège d'Orléans a été levé au début de mai ; depuis, l'armée du roi de Bourges a entrepris de reprendre les places que l'Anglais tient sur le fleuve, afin de dégager la rivière et la route du midi.

Jargeau, en amont d'Orléans, vient d'être enlevée et le comte de Suffolk pris ; Meung et Beaugency, en aval, commandent l'une et l'autre un pont sur la Loire.

Meung, Beaugency et Jargeau avaient été prises par les Anglais durant leur campagne d'automne sur la Loire, avant le siège d'Orléans.

État des informations

Au 22 juin 1429, nous tenons pour sûres la prise du pont de Meung et la reddition du château de Beaugency, rapportées par les dépêches qui descendent la Loire ; mais la force et la position de l'armée de secours anglaise restent inconnues, et nous ne préjugeons en rien de ce qu'il adviendra d'une rencontre que beaucoup, ici, croient prochaine.

Ce que l’on sait

  • Le pont de Meung-sur-Loire a été enlevé d'un seul jour, le 15 juin, par l'armée du roi de Bourges, qui a tourné la ville et le château pour donner de front sur le pont.
  • Le donjon de Meung n'est pas pris : la garnison anglaise s'y maintient.
  • À Beaugency, la garnison anglaise a abandonné la ville close et le pont pour se retirer dans le château, qui a été battu à l'artillerie.
  • Le connétable Arthur de Richemont, éloigné de la cour depuis deux ans, a rejoint l'armée avec un renfort d'hommes.
  • Sur l'avis d'une armée de secours anglaise en marche, le duc d'Alençon a traité la reddition de Beaugency : la garnison rend le château et s'en va, vie sauve.

Ce que l’on ignore

  • La force exacte de l'armée de secours anglaise que l'on dit en marche du côté de Paris : les évaluations diffèrent et rien n'est assuré.
  • Où se trouve cette armée et si elle paraîtra devant les places reprises.
  • Combien de temps tiendra encore le donjon de Meung, demeuré aux mains de l'ennemi.
  • Le compte exact des renforts amenés par le connétable de Richemont.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

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22 juin 1429, 08h006 min