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Le roi a résolu de marcher sur Reims

Les victoires de la Loire à peine remportées, l'armée du roi de Bourges se rassemble à Gien. Là, malgré les réserves de plus d'un au conseil, une résolution s'est imposée : gagner Reims, la cité du sacre, par une Champagne tenue de l'ennemi. Nul ne sait quelles villes, sur cette route, ouvriront leurs portes.

Notre bureau de la cour 2 juillet 1429, 08h00 5 min de lecture
Jeanne d'Arc en armure, montée sur un cheval blanc et tenant une bannière déployée, devant une cité fortifiée.
Jean Pichore, « Jeanne d'Arc à cheval devant Orléans », enluminure des Vies des femmes célèbres d'Antoine Dufour (vers 1504-1506), Musée Dobrée, Nantes — Domaine public (Wikimedia Commons).

C'est fait : on marche. Depuis quelques jours, le bruit n'en était qu'un murmure de cour ; le voici devenu résolution arrêtée. Profitant des heureuses journées de la Loire — Orléans délivrée, puis Jargeau, Meung, Beaugency reprises, et l'armée anglaise enfin défaite en rase campagne à Patay —, monseigneur le dauphin Charles, que ses adversaires nomment par dérision « le roi de Bourges », a fait rassembler ses gens d'armes à Gien, sur la rivière, et donné l'ordre de pousser droit vers le nord. Le but qu'on lui prête est de ceux qui font lever les sourcils des plus hardis : gagner Reims, la cité où, de temps immémorial, on sacre les rois de France.

L'enjeu de pareille entreprise, chacun le mesure. Le dauphin n'a pas été sacré ; le parti d'en face lui conteste la couronne au nom du traité de Troyes, qui donne le royaume au jeune roi d'Angleterre. Or qui n'a reçu ni l'onction du saint chrême ni la couronne à Reims n'est, aux yeux de beaucoup, qu'un prétendant. Recevoir le sacre au lieu accoutumé, des mains de qui il revient de l'y faire, serait répondre à cette prétention adverse par l'acte le plus ancien et le plus révéré de la royauté. On comprend que l'idée tente, et qu'elle effraie tout ensemble.

Car le chemin n'a rien d'assuré. De Gien à Reims, il faut traverser la Champagne, et la Champagne est au duc de Bourgogne et à ses amis. Auxerre, Troyes, Châlons et Reims elle-même tiennent pour le parti anglo-bourguignon, ou du moins ne tiennent point pour le dauphin ; leurs portes sont closes, leurs garnisons en armes. Mener une armée à travers ce pays, loin de la Loire et des places fidèles, sans savoir où l'on couchera ni où l'on trouvera du pain, c'est s'aventurer en terre ennemie sur la seule espérance que les villes, à l'approche, se laissent fléchir. Nul ne peut dire aujourd'hui s'il en sera ainsi.

Aussi le conseil du roi, à ce qu'on rapporte, n'a-t-il pas été d'un seul avis. Plusieurs y ont parlé pour la prudence : ne valait-il pas mieux, disaient-ils, achever de nettoyer la Loire, réduire les places anglaises de Normandie ou du voisinage, et différer une marche si lointaine et si hasardeuse ? On a même prêté à certains le conseil de faire sacrer le dauphin plus près, en lieu sûr, plutôt que d'aller chercher Reims au travers des terres bourguignonnes. Contre ces réserves, la fille venue de Lorraine, qu'on nomme la Pucelle, a pressé le roi de partir sans tarder pour Reims et pour le sacre, et c'est son avis, dit-on, qui a fini par l'emporter.

Le rassemblement de Gien donne la mesure de l'effort. De toutes parts affluent gens d'armes, gens de trait et compagnies d'aventure ; on parle de plusieurs milliers de combattants, sans qu'on en puisse arrêter le compte, tant les bandes se rejoignent jour après jour — les chiffres qui courent les camps, gonflés à plaisir, ne valent pas qu'on s'y fie. On y voit nombre de capitaines de renom : le Bâtard d'Orléans, La Hire, et d'autres seigneurs ralliés à la fortune nouvelle du dauphin. L'archevêque-duc de Reims, messire Regnault de Chartres, chancelier de France, est de l'entreprise : c'est à lui qu'il appartiendrait, si la cité s'ouvre, d'y officier le sacre dans son église métropolitaine.

Reste donc tout l'essentiel, c'est-à-dire l'inconnu. Par quelle route exacte poussera-t-on ? Les villes de Champagne, sommées de se rendre, fermeront-elles leurs portes ou les ouvriront-elles ? Le duc de Bourgogne lèvera-t-il des troupes pour barrer le passage, ou laissera-t-il faire ? Et Reims, au bout, recevra-t-elle son roi, ou faudra-t-il l'assiéger en pays hostile, l'arrière-saison venant ? À ces questions, nul, à Gien, ne sait répondre. On sait seulement ceci : la décision est prise, l'armée se met en branle, et le dauphin a choisi de jouer, sur une marche incertaine au cœur des terres ennemies, le plus grand coup de sa cause.

Le contexte

Depuis le traité de Troyes (1420), le royaume est partagé : le parti anglo-bourguignon tient Paris, la Normandie et le nord et reconnaît le roi d'Angleterre ; le dauphin Charles, dit « roi de Bourges », tient le centre et le sud, mais n'a pas été sacré.

Le sacre des rois de France se donne traditionnellement à Reims, dans la cathédrale, par l'archevêque du lieu : l'onction du saint chrême et la couronne y consacrent la légitimité royale.

La levée du siège d'Orléans (8 mai), puis la reprise de Jargeau, Meung et Beaugency, et enfin la victoire de Patay sur l'armée anglaise (18 juin), ont rendu l'initiative au parti du dauphin sur la Loire.

La Champagne, qu'il faudrait traverser pour gagner Reims, est tenue par le duc de Bourgogne et ses alliés ; ses villes — Auxerre, Troyes, Châlons, Reims — ne sont pas au dauphin.

État des informations

Écrit le 2 juillet 1429, ce papier ne tient pour sûr que la résolution prise et l'armée en marche depuis Gien. De la route, de l'accueil des villes et de l'issue de l'entreprise, nous ne savons rien et ne préjugeons de rien : c'est un pari qui commence, non une victoire acquise.

Ce que l’on sait

  • Après les succès de la Loire, l'armée du roi de Bourges se rassemble à Gien dans les derniers jours de juin 1429.
  • Le dauphin Charles a résolu de marcher vers Reims, cité du sacre, à travers la Champagne tenue par le parti anglo-bourguignon.
  • La décision a été prise malgré les réserves d'une partie du conseil, qui jugeait l'entreprise lointaine et hasardeuse ; la Pucelle a pressé le roi de partir pour le sacre.
  • L'archevêque-duc de Reims et chancelier Regnault de Chartres, ainsi que des capitaines comme le Bâtard d'Orléans et La Hire, sont de l'expédition.

Ce que l’on ignore

  • L'itinéraire exact que suivra l'armée jusqu'à Reims.
  • L'accueil des villes de Champagne sur la route — Auxerre, Troyes et les autres : ouvriront-elles leurs portes ou résisteront-elles ? Nul ne le sait.
  • Si le duc de Bourgogne lèvera des troupes pour barrer le passage.
  • Si Reims recevra le dauphin et si le sacre pourra s'y tenir : rien, à cette date, ne le garantit.
  • L'effectif réel de l'armée, donné par les camps en plusieurs milliers d'hommes, sans compte assuré.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

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3 juillet 1429, 09h0011 min