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Châlons, puis Reims : les dernières portes cèdent

Partie de Troyes le 11 de ce mois, l'armée du roi de Bourges a remonté la Champagne sans coup férir. Châlons a ouvert ses portes, et à Reims, où l'on s'était d'abord promis de tenir, l'archevêque Regnault de Chartres a obtenu la reddition de la ville. Le roi, logé à Sept-Saulx, est entré dans Reims le 16 au soir.

Notre bureau de la cour 17 juillet 1429, 07h00 5 min de lecture

Tout s'est défait plus vite qu'aucun n'eût osé l'espérer. Voici quelques jours encore, on tenait pour une rude entreprise que de conduire le roi de Bourges à travers la Champagne jusqu'à Reims, par des villes qui s'étaient données au parti anglo-bourguignon et qui passaient pour décidées à fermer leurs portes. Or, de Troyes à Reims, les unes après les autres, ces portes se sont ouvertes ; et le roi, ce matin, est dans la cité où l'on sacre les rois de France.

Reprenons la marche depuis son commencement. C'est le lundi 11 de ce mois de juillet, au point du jour, que l'armée a quitté Troyes, dont la reddition venait à peine d'être conclue. Le chemin de Reims est long de plusieurs journées, et il traverse un pays que l'on disait tout entier acquis au duc de Bourgogne et aux Anglais ; aussi marchait-on en ordre de guerre, les bannières déployées, sans savoir si l'on aurait à forcer le passage ou seulement à se montrer.

On n'eut, le plus souvent, qu'à se montrer. À Châlons, sur la Marne, les habitants n'attendirent pas qu'on les pressât : ils ouvrirent leurs portes le 14, et le roi y passa la nuit. Cette ville-là tenait pour le parti adverse, et l'on s'attendait à y trouver résistance ; il n'en fut rien. À ce qu'on rapporte, des gens du pays vinrent même au-devant du roi, et tel bourgeois reconnut parmi les siens des visages de son ancien voisinage. La Champagne, qu'on croyait perdue, se retournait à mesure que l'on avançait.

Restait Reims, et c'était la place qui importait, puisque c'est là, et nulle part ailleurs, que se fait le sacre. Or Reims passait pour tenir bon : on assure que ses bourgeois s'étaient engagés à se défendre plusieurs semaines durant, et la garnison du parti adverse n'avait pas vidé les lieux. Le roi s'arrêta d'abord à Sept-Saulx, à quelques lieues de la ville, d'où il fit sommer les Rémois de le recevoir comme leur seigneur naturel.

C'est ici que l'archevêque pesa de tout son poids. Messire Regnault de Chartres, archevêque-duc de Reims et chancelier de France, qui suivait l'armée, prit les devants pour traiter avec la ville où il a charge d'âmes et droit de premier pair. Entre les sommations venues de Sept-Saulx et les remontrances de leur archevêque, les Rémois ne tinrent pas leur résolution première : la ville fit sa soumission et consentit à ouvrir ses portes. La garnison adverse, dit-on, ne s'opposa plus.

Ainsi le roi entra-t-il dans Reims le samedi 16, sur le soir. On le reçut, à ce qu'on conte, avec les démonstrations de joie qui conviennent à un prince qu'on n'attendait plus et qui paraît à l'improviste : cloches, flambeaux, et la foule aux rues. Le roi logea dans la ville, et l'on s'employa aussitôt à préparer ce pour quoi l'on était venu, car nul ne voulait perdre un jour.

Que tout cela se soit fait en six journées, et presque sans qu'une lance fût rompue, voilà qui passe l'attente. Beaucoup, dans l'armée, y veulent voir la marque d'un secours qui n'est pas tout humain ; nous le rapportons comme on le dit, sans en faire notre sentence. Ce qu'on peut tenir pour sûr, c'est que les villes de Champagne se sont rendues plus vite qu'on ne se rend à la peur, et plus vite encore qu'on ne se rend aux armes. Ce qui demeure obscur, c'est ce que vaudra demain ce retournement, et si le pays tiendra derrière l'armée une fois celle-ci passée.

Le contexte

Reims, où se trouvent la cathédrale et la sainte ampoule, est depuis des siècles le lieu où se fait le sacre des rois de France ; un prince qui veut y être couronné doit d'abord s'en rendre maître.

Depuis le traité de Troyes (1420), la Champagne et les villes du nord-est reconnaissent le parti anglo-bourguignon ; ces cités s'étaient données ou soumises au duc de Bourgogne et au roi d'Angleterre.

La marche s'est faite à travers un pays tenu pour adverse, sans armée ennemie venue lui disputer le passage, les forces du parti anglo-bourguignon ne s'étant pas rassemblées pour la couper.

Le « roi de Bourges » désigne le dauphin Charles, dont les adversaires contestent le titre faute de sacre ; c'est précisément à Reims qu'il vient chercher de quoi le faire taire.

État des informations

Écrit le 17 juillet 1429, ce papier rapporte la dernière étape de la marche jusqu'à l'entrée du roi dans Reims, d'après ce qui se dit dans l'armée et à la ville. De la cérémonie du sacre, qui se prépare, et de ce qu'il adviendra de ce retournement champenois, nous ne préjugeons rien.

Ce que l’on sait

  • L'armée a quitté Troyes le 11 juillet 1429, peu après la reddition de cette ville, pour gagner Reims.
  • Châlons-en-Champagne a ouvert ses portes le 14 juillet et le roi y a passé la nuit.
  • Le roi s'est arrêté à Sept-Saulx, à quelques lieues de Reims, d'où il a sommé la ville de le recevoir.
  • L'archevêque Regnault de Chartres, chancelier de France, a traité avec Reims et obtenu sa soumission ; la ville a ouvert ses portes.
  • Le roi est entré dans Reims le samedi 16 juillet au soir et y a logé.

Ce que l’on ignore

  • La part respective de la peur, de la pression militaire et de l'entremise de l'archevêque dans la reddition de chaque ville : on ne peut la démêler à coup sûr.
  • Si la Champagne, qui s'est retournée si vite à l'approche de l'armée, demeurera fidèle une fois celle-ci passée, et si le pays conquis tiendra derrière l'ost.
  • Le sort de la garnison du parti adverse demeurée dans Reims après la soumission de la ville.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

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