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La grande victoire de Moravie : l’Empereur écrase les armées des deux empereurs

Le 30e Bulletin de la Grande Armée, paru ce jour dans Le Moniteur, l’annonce à la France : aux plaines d’Austerlitz, l’armée de Sa Majesté a, le 2 décembre, défait sous leurs propres yeux les empereurs d’Autriche et de Russie. Premier récit, d’après la version officielle.

La Rédaction 16 décembre 1805 7 min de lecture
L’Empereur Napoléon dirigeant ses troupes sur le plateau de Pratzen, le 2 décembre 1805.
François Gérard, « Bataille d’Austerlitz » (esquisse pour la galerie de Versailles), d’après l’événement du 2 décembre 1805. Domaine public (Wikimedia Commons).

Paris a reçu ce 16 décembre, par le 30e Bulletin de la Grande Armée publié dans Le Moniteur universel, la nouvelle d’une victoire dont l’éclat passe tout ce que la campagne avait jusqu’ici donné. Le 2 décembre, jour anniversaire du sacre, l’Empereur a livré dans les plaines de Moravie, autour du village d’Austerlitz, une bataille que la voix publique nomme déjà la « bataille des Trois Empereurs ».

Trois souverains s’y trouvaient en effet face à face : Napoléon Ier à la tête de la Grande Armée, l’empereur François II d’Autriche et l’empereur Alexandre Ier de Russie commandant les armées coalisées. Selon le Bulletin, qui demeure à cette heure notre source officielle et la seule autorisée, l’ennemi a été rompu, dispersé et jeté hors du champ après une journée entière de combats.

Nous rapportons ici, sous toutes réserves d’usage, ce que le Bulletin a porté à la connaissance de la nation. Les détails que les lettres particulières et les voyageurs revenus d’Allemagne y ajoutent demeurent, jusqu’à confirmation, sujets à prudence.

La manœuvre : le plateau de Pratzen

Le Bulletin laisse entendre que tout s’est joué autour d’une hauteur qui domine la plaine, le plateau de Pratzen. Les Russes et les Autrichiens, maîtres de cette position au matin, crurent tenir l’avantage ; mais l’Empereur, dit-on, avait dès l’abord résolu de la leur abandonner, comme on tend un appât.

Voyant les coalisés descendre du plateau et porter le gros de leurs forces contre l’aile droite française, au midi, afin de la déborder et de couper la route de Vienne, l’Empereur jugea l’heure venue. Le centre ennemi s’étant ainsi dégarni, le maréchal Soult, à la tête du IVe corps, lança ses divisions à l’assaut de la hauteur et s’en empara.

Le plateau emporté, l’armée coalisée se trouva partagée en deux et prise à revers. Ce qui devait être pour elle une manœuvre d’enveloppement se retourna contre elle : c’est elle qui fut enveloppée. Telle est, du moins, la marche des événements que le Bulletin présente comme la clef de la journée.

Les hommes de la journée

Le nom du maréchal Soult revient dans toutes les bouches : c’est à lui et au IVe corps que le Bulletin attribue la prise du plateau de Pratzen, ce coup au cœur qui décida du sort des armes.

On loue tout autant le maréchal Davout, dont le IIIe corps, accouru par une marche forcée depuis les environs de Vienne, soutint au midi l’aile droite contre des forces très supérieures. C’est sur sa fermeté, dit-on, que reposa la sûreté de tout le dispositif pendant que se préparait le coup décisif au centre.

Le Bulletin nomme encore, parmi les artisans de la victoire, les maréchaux Lannes et Bernadotte et le prince Murat, qui commandaient les autres corps et la cavalerie. L’Empereur, au soir de la journée, a adressé à ses soldats une proclamation dont la France répète déjà les premiers mots : « Soldats, je suis content de vous. »

Les coalisés en déroute

L’aile gauche des coalisés, celle-là même qui s’était portée en avant pour tourner les Français, se trouva refoulée et acculée vers le sud, dans une région d’étangs glacés, du côté de Satschan. Le Bulletin décrit une retraite qui tourna au désordre, puis à la déroute.

Quant aux pertes, nous les donnons telles que le Bulletin les a fixées, et en les tenant pour ce qu’elles sont : des chiffres officiels, recueillis à chaud et nécessairement favorables à nos armes. La Grande Armée aurait perdu environ 1 300 hommes tués et quelque 6 700 blessés. Du côté des coalisés, on parle d’une quinzaine de milliers de tués et de blessés, et d’un nombre de prisonniers que les diverses dépêches portent de plus de trente mille.

Le Bulletin fait encore état de plus de cent vingt pièces de canon enlevées et de quarante drapeaux pris à l’ennemi. Circule par ailleurs le bruit qu’une partie des fuyards russes, s’étant engagés sur les étangs gelés, y auraient péri sous la glace rompue : nous le rapportons comme une rumeur qui court les salons, et non comme un fait que le Bulletin ait établi.

L’armistice et ce qui suit

Au lendemain de la bataille, le 6 décembre, un armistice a été signé. L’empereur François II aurait sollicité une entrevue de l’Empereur, et les armes se sont tues. Les débris de l’armée russe se retirent, dit-on, vers leurs frontières.

On annonce que des négociations de paix sont engagées. Mais rien n’est encore conclu, et il serait prématuré d’en rien préjuger : la prudence commande d’attendre que les actes soient signés avant d’en entretenir nos lecteurs comme d’une chose faite.

Pour l’heure, la France se réjouit. Que l’armée de Sa Majesté ait, en une seule journée, mis aux prises et défait deux empereurs sur leur propre terrain, voilà ce que le Bulletin proclame et ce que Paris célèbre, sans que nul puisse encore mesurer ce qui sortira des chancelleries dans les semaines à venir.

Le contexte

La Grande Armée, partie des camps de la Manche à l’été, avait traversé l’Allemagne et contraint à la capitulation l’armée autrichienne d’Ulm en octobre, puis occupé Vienne en novembre, avant de rencontrer les coalisés en Moravie.

Le « Bulletin de la Grande Armée » est l’organe officiel par lequel l’état-major rend compte de la campagne au public ; ses chiffres et ses récits émanent du commandement français et doivent être lus comme tels.

La date du 2 décembre coïncide avec le premier anniversaire du sacre impérial, célébré le 2 décembre 1804.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable à Paris le 16 décembre 1805, principalement le 30e Bulletin de la Grande Armée. Les chiffres sont officiels et présentés comme tels ; nous ne préjugeons ni du bilan réel, ni de l’issue des négociations en cours.

Ce que l’on sait

  • Une grande bataille a été livrée le 2 décembre 1805 près d’Austerlitz, en Moravie, entre la Grande Armée et les armées austro-russes.
  • Napoléon Ier, François II d’Autriche et Alexandre Ier de Russie étaient présents : d’où le nom de « bataille des Trois Empereurs ».
  • Le 30e Bulletin de la Grande Armée annonce une victoire française complète, la prise du plateau de Pratzen par Soult et la déroute des coalisés.
  • Un armistice a été signé le 6 décembre 1805.

Ce que l’on ignore

  • Le bilan réel des pertes des deux camps : les chiffres connus sont ceux du Bulletin, officiels et invérifiables à cette date.
  • Les termes et l’issue des négociations de paix engagées, qui ne sont pas encore conclues.
  • L’effet durable de cette victoire sur la coalition et sur la situation de l’Europe.

Sources historiques utilisées

primary

30e Bulletin de la Grande Armée, publié dans Le Moniteur universel, 16 décembre 1805

Source officielle et principale du récit ; chiffres de pertes présentés comme émanant du commandement français. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz)

secondary

Article « Bataille d’Austerlitz », Wikipédia (FR), recoupé avec la version anglophone

Consulté pour vérifier corps et maréchaux (Soult IVe corps, Davout IIIe corps, Lannes, Bernadotte, Murat), la manœuvre de Pratzen, la date de l’armistice (6 décembre) et la proclamation « Soldats, je suis content de vous ». (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz)

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Les Échos du Passé »

Les formulations « à chaud » imitent la presse impériale de décembre 1805 et n’emploient que ce qui est connaissable à cette date. Aucun fait postérieur au 16 décembre 1805 n’est mobilisé ; l’épisode des étangs de Satschan est traité comme rumeur et le traité de paix comme négociation non aboutie.

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