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Portrait | Louis Capet, un roi pris dans une tempête plus grande que lui

Le couperet est tombé hier matin sur la place de la Révolution. Avant que les pamphlets ne se disputent sa mémoire, nous avons voulu regarder l’homme : non le roi du procès, mais ce prince appliqué et pieux que ses proches disaient lent à vouloir, plus heureux à la chasse ou à son établi qu’au conseil. Portrait, sans complaisance ni acharnement, d’un caractère et de ses goûts.

La rédaction des Échos du Passé 22 janvier 1793, 16h00 7 min de lecture

Paris, ce 22 janvier. La foule d’hier s’est dispersée, l’échafaud démonté, et déjà chacun se hâte de juger le mort. Nous voudrions, avant cela, nous arrêter un instant sur l’homme qu’il fut, dans la mesure où l’on peut le connaître : ses études, ses goûts, son humeur, ce que rapportaient de lui ceux qui l’avaient approché. Ni éloge ni réquisitoire ; un portrait, tenu à ce qui peut s’établir.

Louis-Auguste de France était né à Versailles le 23 août 1754, troisième fils du dauphin. Rien, à sa naissance, ne le désignait au trône : il venait après ses aînés, et l’on ne formait point pour le pouvoir un cadet de cette sorte. Ce sont les deuils qui l’y portèrent. La mort de son frère aîné, puis celle de son père, le firent dauphin à la fin de l’année 1765, alors qu’il n’avait pas encore onze ans. Il monta sur le trône en 1774. On a souvent dit qu’il y était venu sans y avoir été préparé comme on prépare un héritier ; le fait, du moins, est qu’il n’y avait pas été destiné d’abord.

Sa formation, pourtant, ne fut pas négligée. On lui donna des maîtres, et il s’y montra studieux. Il apprit la géographie et l’histoire, les mathématiques et la physique, le latin et plusieurs langues vivantes — l’italien, l’allemand, et jusqu’à l’anglais, ce qui n’était pas commun à la cour. De toutes ces matières, c’est la connaissance des pays et des cartes qui paraît l’avoir le plus retenu. On rapporte qu’il aimait les globes et les relevés, suivait avec passion les voyages de découverte et les progrès de la marine, et savait, mieux qu’un autre prince, où se trouvaient les terres et les mers dont on lui parlait. Pour un souverain, ce goût de la cartographie n’était pas le moindre des mérites.

L’homme passait pour pieux, et sincèrement. Élevé dans la religion catholique avec soin, il en observait les devoirs sans ostentation mais sans relâche, et l’on s’accorde à dire que cette foi tenait chez lui une grande place. Ceux qui l’ont assisté à ses derniers moments en ont, dit-on, témoigné encore ; mais sans même invoquer la fin, c’est un trait que de longue date on lui prêtait.

Sur son caractère, le jugement le plus répandu — une appréciation, non une science — est celui d’une certaine timidité, et d’une lenteur à se résoudre. On le disait embarrassé dans le commerce des hommes, peu fait pour l’éclat et la repartie, enclin à différer ses volontés et à se laisser conduire par de plus prompts que lui. Ses partisans y voyaient de la douceur et de la prudence, ses adversaires de la faiblesse et de l’irrésolution. Ces deux lectures disent plus de ceux qui les portent que du cœur d’un homme, lequel échappe au jugement de la gazette.

Où le voyait-on à son aise ? À cheval, d’abord, et le fusil à la main. La chasse fut sa passion la plus connue : il y consacrait des journées entières, en tenait registre, et l’on assure qu’il s’y délassait des contraintes de sa charge comme nul plaisir de cour n’eût su l’en délasser. À cela s’ajoutait un goût plus singulier, qui a beaucoup fait jaser : celui de la serrurerie et de la mécanique. On lui prêtait un atelier, des outils, le plaisir d’ajuster des pièces et de monter des serrures de sa main. Que ce goût convînt mal, aux yeux de plusieurs, à la majesté d’un trône, c’est ce qu’on a souvent répété ; il n’en disait pas moins un penchant véritable pour les ouvrages de la main et les choses de l’art mécanique.

De sa maison, on connaît au moins ceci. En 1770, il épousa l’archiduchesse Marie-Antoinette, fille de la maison d’Autriche — union conclue par procuration à Vienne le 19 avril, puis célébrée à Versailles le 16 mai, et c’est cette dernière date que l’on tient ici pour celle des noces. Le mariage devait sceller le rapprochement de la France et de l’Autriche, ces deux maisons longtemps ennemies ; on sait combien, par la suite, on reprocha à la reine ses attaches autrichiennes. De cette union naquirent plusieurs enfants. Parmi ceux qui vivent, on compte une fille et ce jeune garçon, Louis-Charles, que les partisans de la monarchie tiennent déjà, depuis hier, pour leur roi.

Voilà l’homme, autant qu’on le peut saisir aujourd’hui : appliqué plus que brillant, pieux, lent à vouloir, plus heureux au grand air ou à l’établi que dans le conseil, et qui se trouva, presque par accident de naissance, à la tête du royaume au moment où il s’ébranlait tout entier. Quant à savoir si un autre caractère eût changé le cours des choses, ou si nulle main n’eût retenu cette tempête, c’est une question que nous laissons à de plus savants, et que ce jour, à coup sûr, ne permet pas de résoudre.

Le contexte

Louis-Auguste, né à Versailles le 23 août 1754, troisième fils du dauphin, n’était pas d’abord destiné au trône ; les deuils de sa famille le firent dauphin à la fin de 1765, et il devint roi en 1774.

Son mariage avec l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche, conclu par procuration à Vienne le 19 avril 1770 puis célébré à Versailles le 16 mai, scellait le rapprochement des maisons de France et d’Autriche.

À la mort de son père, les partisans de la monarchie reconnaissent aussitôt son fils Louis-Charles, né en 1785, comme roi sous le nom de Louis XVII.

État des informations

Ce portrait est daté du 22 janvier 1793, au lendemain de l’exécution. Il s’en tient aux goûts et au caractère de l’homme tels qu’on pouvait les connaître, donne la réputation d’indécision pour une appréciation et non pour un fait avéré, et ne préjuge en rien des suites ni du jugement que la postérité portera. Il évite de confondre le mariage par procuration du 19 avril 1770 (Vienne) et les noces du 16 mai (Versailles).

Ce que l’on sait

  • Louis-Auguste de France naquit à Versailles le 23 août 1754, troisième fils du dauphin, et ne fut fait dauphin qu’à la fin de 1765, après la mort de son frère aîné et de son père.
  • Il reçut une instruction soignée — géographie, histoire, mathématiques, physique, latin et langues vivantes — et montra un goût marqué pour la cartographie et les choses de la marine.
  • Il était de piété catholique affirmée, et l’on connaît de lui la passion de la chasse ainsi que le goût de la serrurerie et de la mécanique.
  • Il épousa Marie-Antoinette d’Autriche en 1770 : mariage par procuration à Vienne le 19 avril, noces à Versailles le 16 mai. De cette union vivent plusieurs enfants, dont Louis-Charles, né en 1785.

Ce que l’on ignore

  • Le jugement porté sur son caractère — timidité, lenteur à se résoudre — est une appréciation de ses contemporains, partagée diversement selon qu’on lui était favorable ou hostile, et non une vérité que l’on puisse mesurer.
  • Nul ne saurait dire si un autre tempérament, à sa place, eût infléchi le cours des événements.

Sources historiques utilisées

secondary

Louis XVI — encyclopédie Wikipédia

Notice de référence recoupée pour les dates du règne (avènement le 10 mai 1774, sacre à Reims le 11 juin 1775), la naissance (Versailles, 23 août 1754) et le rang de troisième fils du dauphin, l’accession au rang de dauphin en 1765, la succession des contrôleurs des finances, la formation (géographie, histoire, mathématiques, physique, latin et langues vivantes), le goût de la cartographie et de la marine, la piété catholique, la réputation de timidité et d’indécision donnée comme appréciation, la passion de la chasse, le goût de la serrurerie et de la mécanique, le mariage de 1770 (procuration à Vienne le 19 avril, noces à Versailles le 16 mai), l’abolition de la royauté le 21 septembre 1792 et le procès.

secondary

Louis XVII — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour la naissance de Louis-Charles (Versailles, 27 mars 1785) et sa reconnaissance immédiate comme « Louis XVII » par les milieux royalistes et émigrés au lendemain de l’exécution du 21 janvier 1793.

secondary

Marie-Antoinette — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour l’origine autrichienne, les dates du mariage de 1770 et la naissance des enfants du couple, dont Louis-Charles en 1785.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale du portrait de Louis Capet

Portrait composé pour « Les Échos du Passé ». Les formulations imitent un média parisien du 22 janvier 1793 ; elles s’en tiennent aux goûts et au caractère connaissables de l’homme, donnent l’« indécision » pour une réputation contemporaine et non pour un fait, traitent la chronique conjugale avec réserve, et ne portent aucun jugement rétrospectif sur le règne ni sur les suites.

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