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Koutouzov, le vieux général du Tsar, vu de Paris

Qui est cet homme prudent que l'on dit avoir conseillé l'attente et que le jeune Alexandre a écarté ? Les cercles diplomatiques parisiens brossent le portrait d'un général hors du commun — et d'un état-major russe profondément divisé.

Notre correspondant diplomatique 18 décembre 1805 4 min de lecture

Depuis que les premières dépêches d'Austerlitz ont commencé à circuler dans les salons de Paris, un nom revient avec insistance sous la plume des attachés militaires et dans les propos des diplomates bien informés : celui de Mikhaïl Illarionovich Koutouzov. Non pas comme l'artisan d'une victoire — cette gloire appartient à Sa Majesté l'Empereur —, mais comme l'homme qui, dit-on, avait vu venir le désastre et conseillé en vain la prudence.

Un vétéran des guerres turques

Koutouzov, que l'on nomme parfois « Golenichtchev-Koutouzov » dans les gazettes viennoises, est un général de soixante ans environ, rompu aux guerres de Turquie et aux campagnes de Pologne. Il porte, assure-t-on, les marques de plusieurs blessures graves reçues au service de l'Empire des Tsars : une renommée d'homme du métier, forgée dans la boue des tranchées, et non dans les antichambres des palais. C'est là sa force et, peut-être, ce qui l'a perdu aux yeux de son souverain.

L'avertissement que le Tsar n'a pas écouté

Car c'est ici que les rumeurs deviennent les plus vives, et il convient de les rapporter comme telles. Selon plusieurs sources concordantes — des officiers autrichiens réfugiés à Vienne, des courriers interceptés, des nouvelles relayées par nos correspondants — le général aurait, dans les jours précédant la bataille, plaidé pour une retraite ordonnée et pour l'attente de renforts russes encore en marche. L'Empereur Alexandre, jeune, impatient, et soucieux d'en découdre avec Napoléon, aurait choisi d'écouter le général autrichien Weyrother, dont le plan de manœuvre offensive a conduit les armées coalisées à leur ruine.

Que Koutouzov ait réellement formulé ces objections, et dans quels termes, demeure à Paris une affaire d'interprétation. Nul ici n'a eu accès aux délibérations du conseil de guerre qui s'est tenu, dit-on, la veille du combat. Certains affirment que le vieux général s'est tu, résigné, sachant ses avertissements inutiles ; d'autres qu'il a protesté avec énergie. Ce qui semble moins contesté, c'est que le dispositif retenu n'était pas le sien.

Vu de Paris, Koutouzov incarne un type bien connu dans les états-majors européens : le général expérimenté que la jeunesse du pouvoir préfère écarter. Alexandre Ier, monté sur le trône à vingt-quatre ans il y a à peine quatre années, n'est pas le premier souverain à se méfier des vieux soldats plus attachés à la prudence qu'à la gloire. Ce contraste entre l'ardeur impétueuse du Tsar et la réserve calculée de son commandant en chef est, aux yeux des observateurs parisiens, l'une des clés du désastre d'Austerlitz — plus encore que la vaillance des troupes françaises, si réelle soit-elle.

L'énigme d'un état-major opaque

Il serait pourtant hasardeux de conclure de cette affaire que la carrière de Koutouzov est définitivement compromise. Les généraux capables sont rares dans toutes les puissances, et les Tsars le savent. Un homme qui a conduit des campagnes victorieuses contre les Ottomans, qui connaît les steppes comme ses contemporains connaissent les boulevards de Saint-Pétersbourg, ne se congédie pas sur un caprice. Nous ignorons, à l'heure où nous écrivons, quelle suite Alexandre entend donner à cette défaite et quelle place il réserve à celui qui avait, peut-être, raison trop tôt.

Ce portrait restera nécessairement incomplet. L'état-major russe reste, pour les observateurs occidentaux, une institution opaque, où les intrigues de cour se mêlent aux querelles de doctrine, et où les renseignements parviennent filtrés, tardifs, souvent contradictoires. Mais si l'histoire d'Austerlitz est aussi, comme on commence à le murmurer, l'histoire d'un avertissement ignoré, alors le nom de Koutouzov mérite que l'on s'y attarde.

Le contexte

Mikhaïl Illarionovich Koutouzov (vers 1745-1813) est l'un des généraux les plus expérimentés de l'Empire russe en 1805. Il a combattu lors des guerres russo-turques et a participé à la guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807) dans les années suivantes.

La bataille d'Austerlitz, livrée le 2 décembre 1805, s'est conclue par une victoire décisive de Napoléon sur les armées russo-autrichiennes. Koutouzov commandait théoriquement les forces alliées, mais le plan de bataille adopté fut celui de l'Autrichien Franz von Weyrother, soutenu par l'entourage immédiat du Tsar Alexandre Ier.

Les sources historiques indiquent que Koutouzov exprima effectivement des réserves quant à l'opportunité d'engager la bataille, préférant temporiser pour attendre des renforts. La décision finale appartint à Alexandre Ier.

État des informations

Ce portrait est établi sur la base de renseignements diplomatiques disponibles à Paris au 18 décembre 1805. Les informations sur les délibérations internes du commandement russo-autrichien restent fragmentaires et parfois contradictoires. Les Échos du Passé s'en tiennent aux faits vérifiables et signalent clairement ce qui relève de la rumeur ou de l'interprétation.

Ce que l’on sait

  • Koutouzov est commandant en chef des forces russes lors de la campagne de 1805.
  • La bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) s'est soldée par une défaite sévère des armées coalisées russo-autrichiennes.
  • Le plan de manœuvre suivi était celui du général autrichien Weyrother, et non un plan offensif élaboré par Koutouzov.
  • Koutouzov est un général vétéran des guerres russo-turques, reconnu pour son expérience.

Ce que l’on ignore

  • La teneur exacte des échanges entre Koutouzov et Alexandre Ier lors des conseils de guerre préalables à la bataille.
  • L'étendue réelle de l'autorité exercée par Koutouzov sur le terrain le jour de la bataille.
  • Les suites que le Tsar Alexandre entend donner à la situation de Koutouzov après la défaite.
  • Les positions précises et le comportement de Koutouzov durant l'engagement du 2 décembre, vus depuis Paris.

Sources historiques utilisées

secondary

Wikipédia — « Koutouzov »

Biographie générale ; éléments sur la carrière militaire avant 1805 et le rôle à Austerlitz. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mikha%C3%AFl_Koutouzov)

secondary

Wikipédia — « Bataille d

Déroulement de la bataille, rôle des différents commandants alliés, adoption du plan Weyrother. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz)

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Article rédigé en mode immersif depuis Paris, au 18 décembre 1805. Les formulations à chaud imitent la presse impériale du début du XIXe siècle. Toute information postérieure à cette date est exclue du corps de l

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