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Grouchy, le cavalier tout juste fait maréchal à qui revient l’aile droite

Bâton de maréchal reçu en avril, vingt ans de charges derrière lui : c’est à Emmanuel de Grouchy qu’a été confiée l’aile droite de l’armée et la poursuite des Prussiens battus à Ligny. Un commandement tenu à l’écart du gros des forces, dont on peine, depuis Paris, à mesurer ce qu’il donne.

Auguste Delarue 18 juin 1815, 16h 6 min de lecture

On connaissait Grouchy comme un homme de cheval avant de le connaître comme maréchal. Le bâton lui a été remis en avril, il y a deux mois à peine ; les charges, elles, remontent à vingt ans. C’est un cavalier que Napoléon a placé à la droite de son armée, et c’est de ce côté-là, aujourd’hui, que se joue une part de la journée dont on ne sait presque rien à Paris.

À quarante-huit ans, Emmanuel de Grouchy porte une trajectoire qui résume à elle seule les basculements de l’âge. Né dans la haute noblesse en octobre 1766, il a rallié la Révolution, puis servi l’Empire sans jamais quitter longtemps la selle. Ceux qui l’ont vu manœuvrer parlent d’un officier méthodique, attentif à ses ordres, plus soucieux d’exécuter juste que de briller.

Vingt ans de cavalerie, d’Hohenlinden à la campagne de France

Son nom revient dans presque toutes les grandes affaires de cavalerie de l’Empire. Hohenlinden en 1800, Eylau et Friedland en 1807, où ses charges sont restées dans la mémoire des régiments. En Russie, en 1812, il est à Borodino, puis reçoit, pendant la retraite, le commandement de cet « escadron sacré » formé des officiers démontés pour protéger l’Empereur. Deux ans plus tard, dans la campagne de France, il est blessé à Craonne.

Ces états de service disent un homme rompu à la manœuvre montée, aux éclaireurs, à la poursuite. Colonel général des chasseurs à cheval de la Garde, il a fait de la cavalerie sa langue propre. Ce n’est pas un général de position ni un tacticien de crête ; c’est un homme qu’on lance en avant et dont on attend qu’il aille vite.

Le dernier maréchal fait par l’Empereur

Quand Napoléon reparaît en mars, Grouchy se range aussitôt sous ses aigles. La récompense vient peu après : en avril, il reçoit le bâton de maréchal, le dernier que l’Empereur ait distribué à ce jour ; au début de juin, il est fait pair de France. La distinction est haute ; elle est aussi récente. Elle place sur les épaules d’un homme neuf au maréchalat une responsabilité que d’autres, plus anciens dans le grade, n’ont jamais portée seuls.

C’est là ce qui nourrit, dans les bureaux et les cafés, une curiosité mêlée d’attente. Grouchy a prouvé ce qu’il valait à la tête d’une cavalerie sous les yeux de l’Empereur. On le voit aujourd’hui pour la première fois commander à part, loin du regard de celui qui le dirigeait.

Une aile droite détachée à la poursuite

La campagne s’est ouverte vite. Charleroi passé le 15 juin, Ligny livrée le 16, où Blücher a été battu. Le 17, vers le milieu du jour, l’Empereur a détaché Grouchy avec l’aile droite de l’armée : de l’ordre de trente-trois mille hommes et une centaine de canons, les corps de Vandamme et de Gérard, la cavalerie de Pajol et d’Exelmans. Sa tâche est claire dans son principe : poursuivre les Prussiens, éclairer leur marche, les empêcher de rejoindre Wellington.

Le principe est une chose, le terrain en est une autre. La pluie de la nuit a détrempé les chemins de Belgique. Une colonne qui poursuit avance à la vitesse de ses pires passages, non de ses cartes. Localiser un ennemi battu mais non dispersé, deviner où il porte ses pas, tenir le contact sans se laisser distancer : voilà une mission de cavalier, exactement le métier de Grouchy, et pourtant l’une des plus difficiles qui soit.

On rapporte que les ordres reçus tiendraient à la fois du mot pressant et de l’écrit prudent. Nul ne peut, à Paris, en établir la lettre. Ce que l’on sait, c’est qu’un homme se trouve quelque part du côté de Gembloux ou de Walhain, chargé d’une partie des forces, tandis que le gros de l’armée s’est porté au contact de Wellington. Où sont au juste ses colonnes, et vers où marchent réellement les Prussiens battus, vers l’est ou vers le nord, personne ici ne saurait le dire.

Reste l’homme et sa charge. Grouchy n’a pas la réputation d’un audacieux ni d’un brouillon. On le décrit consciencieux, soucieux de ne pas outrepasser ce qu’on lui a prescrit. C’est une qualité quand les ordres sont nets ; c’est une épreuve quand ils laissent une marge, et que la marge se remplit de boue, de distances et de silence. De sa poursuite dépend en partie ce que redoutent les états-majors : le retour d’une armée qu’on croyait écartée. Ce qu’il en advient, à cette heure, échappe encore à toute nouvelle sûre.

Le contexte

Emmanuel de Grouchy a reçu le bâton de maréchal en avril 1815, peu après le retour de Napoléon au pouvoir.

Après la bataille de Ligny le 16 juin, il a été détaché le 17 juin à la tête de l’aile droite de l’armée, chargée de poursuivre les Prussiens.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable le 18 juin 1815 sur le maréchal Grouchy et sa mission, et ne préjuge pas du résultat de sa poursuite.

Ce que l’on sait

  • Emmanuel de Grouchy, général de cavalerie, a été élevé au maréchalat en avril 1815.
  • Il commande l’aile droite de l’armée française, détachée le 17 juin à la poursuite des Prussiens battus à Ligny.
  • Ce détachement rassemble plusieurs corps d’infanterie et de cavalerie, chargés d’éclairer la marche prussienne et d’empêcher une jonction avec Wellington.

Ce que l’on ignore

  • La position exacte de Grouchy et de ses colonnes reste incertaine depuis Paris.
  • La direction réelle prise par les Prussiens après Ligny n’est pas établie.
  • L’esprit précis des ordres transmis au maréchal, entre instructions orales et écrites, ne peut être vérifié.
  • L’effet réel de la poursuite sur la campagne ne peut être mesuré pendant les combats.

Sources historiques utilisées

secondary

The Campaigns of Napoleon

David G. Chandler · 1966

Ouvrage de synthèse utilisé pour vérifier la chronologie générale des opérations.

secondary

1815

Henry Houssaye · 1893

Récit détaillé des Cent-Jours, consulté pour les acteurs et les débats de l’époque.

primary

The Dispatches of Field Marshal the Duke of Wellington

Arthur Wellesley · 1838

Correspondances et dépêches utiles pour restituer la perspective britannique.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les formulations à chaud sont écrites comme un média du moment, sans annoncer la suite historique.

secondary

Le marché financier français au XIXe siècle

Publications de la Sorbonne

Repère utilisé pour éviter de projeter une Bourse moderne sur un marché alors surtout dominé par les effets publics et les rentes.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent à l’édition de Waterloo

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

11 commentaires
VieuxGrognard 18 juin 1815, 16h52

Encore un article qui doute. Ceux qui ont vu l’Empereur en Italie savent qu’une position forte n’est forte que jusqu’au moment où il décide de la prendre.

👍 184 · 🚩 12
PatrioteInquiet 18 juin 1815, 16h58

On peut respecter l’Empereur et demander des nouvelles vérifiées. Les Prussiens ne disparaissent pas parce que vous tapez plus fort sur votre table.

👍 93 · 🚩 5
VieuxGrognard 18 juin 1815, 17h00

Je maintiens : la Garde décidera si on lui demande. Vous verrez.

👍 71 · 🚩 9
Rente5pourCent 18 juin 1815, 17h04

Tout le monde parle de Hougoumont mais personne ne dit quoi faire lundi matin sur les rentes. Voilà la vraie question pour les familles sérieuses.

👍 132 · 🚩 18
LysDuFaubourg 18 juin 1815, 17h06

La France aspire seulement au repos. Certains confondent encore gloire et agitation perpétuelle.

👍 87 · 🚩 44
VieuxGrognard 18 juin 1815, 17h08

Traduction : vous attendez les fourgons de l’étranger en prétendant aimer le calme.

👍 146 · 🚩 31
PatrioteInquiet 18 juin 1815, 17h11

La rédaction a raison de distinguer faits et rumeurs. Depuis midi on a déjà “confirmé” trois fois des nouvelles contradictoires.

👍 201 · 🚩 2
VieuxGrognard 18 juin 1815, 17h14

Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.

👍 66 · 🚩 27
VieuxGrognard 18 juin 1815, 17h14

Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.

👍 14 · 🚩 8
VieuxGrognard 18 juin 1815, 17h15

Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.

👍 9 · 🚩 6
LysDuFaubourg 18 juin 1815, 17h20

👍 0 · 🚩 51

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