Grouchy, le cavalier tout juste fait maréchal à qui revient l’aile droite
Bâton de maréchal reçu en avril, vingt ans de charges derrière lui : c’est à Emmanuel de Grouchy qu’a été confiée l’aile droite de l’armée et la poursuite des Prussiens battus à Ligny. Un commandement tenu à l’écart du gros des forces, dont on peine, depuis Paris, à mesurer ce qu’il donne.
On connaissait Grouchy comme un homme de cheval avant de le connaître comme maréchal. Le bâton lui a été remis en avril, il y a deux mois à peine ; les charges, elles, remontent à vingt ans. C’est un cavalier que Napoléon a placé à la droite de son armée, et c’est de ce côté-là, aujourd’hui, que se joue une part de la journée dont on ne sait presque rien à Paris.
À quarante-huit ans, Emmanuel de Grouchy porte une trajectoire qui résume à elle seule les basculements de l’âge. Né dans la haute noblesse en octobre 1766, il a rallié la Révolution, puis servi l’Empire sans jamais quitter longtemps la selle. Ceux qui l’ont vu manœuvrer parlent d’un officier méthodique, attentif à ses ordres, plus soucieux d’exécuter juste que de briller.
Vingt ans de cavalerie, d’Hohenlinden à la campagne de France
Son nom revient dans presque toutes les grandes affaires de cavalerie de l’Empire. Hohenlinden en 1800, Eylau et Friedland en 1807, où ses charges sont restées dans la mémoire des régiments. En Russie, en 1812, il est à Borodino, puis reçoit, pendant la retraite, le commandement de cet « escadron sacré » formé des officiers démontés pour protéger l’Empereur. Deux ans plus tard, dans la campagne de France, il est blessé à Craonne.
Ces états de service disent un homme rompu à la manœuvre montée, aux éclaireurs, à la poursuite. Colonel général des chasseurs à cheval de la Garde, il a fait de la cavalerie sa langue propre. Ce n’est pas un général de position ni un tacticien de crête ; c’est un homme qu’on lance en avant et dont on attend qu’il aille vite.
Le dernier maréchal fait par l’Empereur
Quand Napoléon reparaît en mars, Grouchy se range aussitôt sous ses aigles. La récompense vient peu après : en avril, il reçoit le bâton de maréchal, le dernier que l’Empereur ait distribué à ce jour ; au début de juin, il est fait pair de France. La distinction est haute ; elle est aussi récente. Elle place sur les épaules d’un homme neuf au maréchalat une responsabilité que d’autres, plus anciens dans le grade, n’ont jamais portée seuls.
C’est là ce qui nourrit, dans les bureaux et les cafés, une curiosité mêlée d’attente. Grouchy a prouvé ce qu’il valait à la tête d’une cavalerie sous les yeux de l’Empereur. On le voit aujourd’hui pour la première fois commander à part, loin du regard de celui qui le dirigeait.
Une aile droite détachée à la poursuite
La campagne s’est ouverte vite. Charleroi passé le 15 juin, Ligny livrée le 16, où Blücher a été battu. Le 17, vers le milieu du jour, l’Empereur a détaché Grouchy avec l’aile droite de l’armée : de l’ordre de trente-trois mille hommes et une centaine de canons, les corps de Vandamme et de Gérard, la cavalerie de Pajol et d’Exelmans. Sa tâche est claire dans son principe : poursuivre les Prussiens, éclairer leur marche, les empêcher de rejoindre Wellington.
Le principe est une chose, le terrain en est une autre. La pluie de la nuit a détrempé les chemins de Belgique. Une colonne qui poursuit avance à la vitesse de ses pires passages, non de ses cartes. Localiser un ennemi battu mais non dispersé, deviner où il porte ses pas, tenir le contact sans se laisser distancer : voilà une mission de cavalier, exactement le métier de Grouchy, et pourtant l’une des plus difficiles qui soit.
On rapporte que les ordres reçus tiendraient à la fois du mot pressant et de l’écrit prudent. Nul ne peut, à Paris, en établir la lettre. Ce que l’on sait, c’est qu’un homme se trouve quelque part du côté de Gembloux ou de Walhain, chargé d’une partie des forces, tandis que le gros de l’armée s’est porté au contact de Wellington. Où sont au juste ses colonnes, et vers où marchent réellement les Prussiens battus, vers l’est ou vers le nord, personne ici ne saurait le dire.
Reste l’homme et sa charge. Grouchy n’a pas la réputation d’un audacieux ni d’un brouillon. On le décrit consciencieux, soucieux de ne pas outrepasser ce qu’on lui a prescrit. C’est une qualité quand les ordres sont nets ; c’est une épreuve quand ils laissent une marge, et que la marge se remplit de boue, de distances et de silence. De sa poursuite dépend en partie ce que redoutent les états-majors : le retour d’une armée qu’on croyait écartée. Ce qu’il en advient, à cette heure, échappe encore à toute nouvelle sûre.
Les lecteurs réagissent à l’édition de Waterloo
Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.
Encore un article qui doute. Ceux qui ont vu l’Empereur en Italie savent qu’une position forte n’est forte que jusqu’au moment où il décide de la prendre.
On peut respecter l’Empereur et demander des nouvelles vérifiées. Les Prussiens ne disparaissent pas parce que vous tapez plus fort sur votre table.
Je maintiens : la Garde décidera si on lui demande. Vous verrez.
Tout le monde parle de Hougoumont mais personne ne dit quoi faire lundi matin sur les rentes. Voilà la vraie question pour les familles sérieuses.
La France aspire seulement au repos. Certains confondent encore gloire et agitation perpétuelle.
Traduction : vous attendez les fourgons de l’étranger en prétendant aimer le calme.
La rédaction a raison de distinguer faits et rumeurs. Depuis midi on a déjà “confirmé” trois fois des nouvelles contradictoires.
Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.
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