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Portrait | Jean-Baptiste Drouet, le maître de poste qui aurait reconnu un roi

Il n’est ni général, ni député, ni noble. C’est un homme des relais, habitué aux chevaux et aux courriers, dont le nom court soudain dans tout le royaume. Portrait d’un inconnu que la nuit de Varennes a placé au centre de l’Histoire.

La rédaction 23 juin 1791 6 min de lecture

On ne savait rien de lui il y a trois jours, et voici que son nom se répète d’un bout à l’autre du pays. Jean-Baptiste Drouet tient le relais de poste de Sainte-Menehould : un métier de mouvement, fait de chevaux qu’on change, de courriers qu’on presse, de voyageurs qu’on jauge d’un coup d’œil. C’est peut-être ce coup d’œil, exercé par le métier, qui aurait tout changé.

Les récits le présentent comme un homme du commun, mais point sot : de ceux qui lisent les gazettes, suivent les affaires publiques, et savent à quoi ressemble le profil du roi pour l’avoir vu sur les monnaies et les assignats qui passent entre leurs mains. Reconnaître un visage qu’on n’a jamais rencontré, à partir d’une effigie : voilà qui dit quelque chose d’une époque où l’image du souverain circule désormais dans toutes les poches.

Ce qui force l’attention, c’est moins la reconnaissance que ce qui aurait suivi. Avoir un soupçon est une chose ; agir sur ce soupçon, contre un roi, en est une autre. Là où beaucoup auraient baissé les yeux et laissé filer la voiture, cet homme aurait pris sur lui de devancer la berline et de donner l’alerte. Il a fallu, pour cela, une certitude — et une idée neuve de ce qu’un citoyen peut, et doit, faire.

Car c’est bien d’un citoyen qu’il s’agit, au sens que la Révolution donne à ce mot depuis deux ans. Drouet n’a pas agi au nom du roi ni d’un seigneur, mais au nom d’une loi et d’une nation dont il se sentait responsable. Qu’un maître de poste de province se croie comptable du sort du royaume, voilà qui aurait paru insensé sous l’ancien ordre. C’est aujourd’hui presque banal — et c’est cette banalité-là qui est révolutionnaire.

Nous écrivons son nom avec prudence : les récits le grandissent peut-être, d’autres mains ont sans doute compté autant que les siennes dans cette nuit confuse. L’Histoire, qui aime les figures simples, lui fera peut-être plus de place qu’il n’en a tenu. Mais il restera, quoi qu’il arrive, le symbole d’un fait nouveau : un roi de France arrêté non par une armée, mais par un homme qui n’était rien, et qui s’est cru quelqu’un.

Le contexte

Le profil du roi circulait largement via les monnaies et les assignats.

La notion de citoyen responsable de la chose publique s’est diffusée depuis 1789.

Le détail des actes de chacun durant la nuit de Varennes reste partiellement reconstitué.

Sources historiques utilisées

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Le roi s’enfuit (When the King Took Flight)

Timothy Tackett

Étude moderne de référence sur la fuite et son onde de choc politique ; utilisée pour la chronologie et la prudence sur les rumeurs.

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Fuite de Varennes — encyclopédie Wikipédia

Notice tertiaire employée comme instrument de recherche et recoupée pour l’itinéraire, les acteurs (Drouet, Sauce, Destez, Choiseul, Deslon) et la chronologie de la nuit ; les faits qu’elle porte sont, quand c’est possible, adossés à la Déclaration du roi et aux études sous-jacentes.

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Reconstitution éditoriale de juin 1791

Les scènes de rédaction et de rue sont plausibles, mais reconstituées : l’événement n’est connu en détail que par des récits postérieurs.

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