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Clément VIII, le pape qui arbitre

Tandis que les plénipotentiaires de France et d'Espagne s'accordent à Vervins sous l'œil de son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, le regard se porte sur celui qui a voulu cette paix : Ippolito Aldobrandini, monté sur le siège de Rome sous le nom de Clément VIII. Le même qui, voici trois ans, releva le roi de France de son excommunication, contre le gré de l'Espagne.

Adrien Le Coigneux, chroniqueur aux affaires de la chrétienté 2 mai 1598 4 min de lecture

On parle beaucoup, ces jours-ci, du traité qui se conclut à Vervins entre les couronnes de France et d'Espagne. On parlerait moins de paix, peut-être, sans l'homme qui l'a poussée de Rome : le pape Clément VIII. C'est son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, qui a tenu la conférence depuis son ouverture, le neuvième jour de février, s'employant à traiter les deux rois sur un pied d'égalité et à ménager les partis.

Le pape régnant se nomme Ippolito Aldobrandini, d'une maison de Florence. Il fut fait cardinal du temps de Sixte, cinquième du nom, et porté au siège de saint Pierre voici six ans, au commencement de l'an 1592. Ceux qui suivent les choses de Rome le tiennent pour un homme de gouvernement, appliqué et rompu aux affaires, moins prompt que d'autres à se ranger sous la main de l'Espagne.

De sa personne, on dit un pontife laborieux, attentif aux consultes, et vers qui se tournent déjà les regards à l'approche de l'année sainte : le cycle accoutumé fait attendre pour l'an 1600 un jubilé, où l'on espère à Rome un immense concours de pèlerins de toute la chrétienté. Mais c'est par les deux couronnes qu'il occupe aujourd'hui les esprits.

L'absolution du roi de France, contre le gré de l'Espagne

On n'a pas oublié la longue affaire de l'absolution. Le roi Henri s'était fait recevoir catholique à Saint-Denis, voici près de cinq ans, mais il demeurait sous la censure de Rome, frappé jadis comme relaps et hérétique. Il fallait que le pape le relevât pour qu'il fût pleinement reçu au giron de l'Église. L'Espagne, qui faisait la guerre à ce prince et lui disputait la couronne, pressait Rome de n'en rien faire.

Le pape ne céda pas à cette pression. Après de longues instances, et une fois posées les conditions qu'il jugeait requises, il accorda l'absolution du roi de France en l'automne de l'an 1595, par la voix de ses procureurs devant Saint-Pierre. Beaucoup, alors, tinrent la chose pour un affront fait au Roi Catholique, et l'on murmura fort à Madrid. Le pape, lui, entendait garder les mains libres entre les deux princes.

Se poser en arbitre des couronnes catholiques

C'est ce même dessein qui le fait paraître aujourd'hui à Vervins par son légat. Depuis que le roi de France a déclaré la guerre à l'Espagne, voici trois ans, la chrétienté catholique se voit divisée par les armes de ses deux plus grands princes. Le pape a tenu que ce partage ne pouvait durer et s'est offert pour médiateur, dépêchant le cardinal de Médicis pour conduire l'accommodement.

Ceux qui l'approchent disent qu'il tient la paix des princes chrétiens pour l'affaire propre du siège de Rome, et qu'il aimerait les voir tourner leurs forces ailleurs qu'à s'entre-déchirer. Reste à savoir ce que vaudra cet accord une fois signé, et si les deux couronnes s'y tiendront. Le pape aura fait, du moins, ce qu'un arbitre pouvait faire : rapprocher les parties et prêter à la conférence le poids de son nom.

Le contexte

Ippolito Aldobrandini, d'une famille florentine, fut créé cardinal sous Sixte V et servit comme légat en Pologne avant son pontificat ; il fut élu pape sous le nom de Clément VIII au début de l'an 1592.

En l'automne 1595, il accorda l'absolution au roi Henri IV, malgré l'opposition de l'Espagne, alors en guerre ouverte contre la France depuis le début de cette même année.

Les négociations de Vervins entre France et Espagne se sont ouvertes le 9 février 1598 sous la conduite du légat pontifical, le cardinal Alexandre de Médicis.

Le cycle accoutumé des années saintes fait attendre pour l'an 1600 un jubilé, qui doit attirer à Rome les pèlerins de toute la chrétienté.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 2 mai 1598 : la personne du pape, sa part à l'absolution du roi en 1595 et sa médiation à Vervins par son légat. Nous ne préjugeons pas de la solidité de la paix qui se conclut, ni des suites que le siège de Rome donnera à son arbitrage.

Ce que l’on sait

  • Le pape régnant est Clément VIII, de son nom Ippolito Aldobrandini, d'une maison de Florence, élu au début de l'an 1592.
  • Il a accordé l'absolution au roi de France Henri IV en l'automne 1595, contre l'opposition de l'Espagne.
  • Il s'est fait médiateur entre les couronnes de France et d'Espagne et a dépêché son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, qui préside depuis le 9 février 1598 la conférence de Vervins.
  • Le cycle des années saintes fait de l'an 1600 une année de jubilé attendue à Rome.

Ce que l’on ignore

  • On ne peut dire si l'accord qui se conclut à Vervins sera durable, ni si les deux couronnes s'y tiendront de bonne foi.
  • Les intentions dernières de l'Espagne à l'égard de la France ne sont pas connues.
  • Ce que le pape entend faire des rapports entre les deux couronnes une fois la paix signée reste à voir.

Sources historiques utilisées

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Clément VIII

Notice Wikipédia (FR) consultée pour la biographie d'Ippolito Aldobrandini connaissable en 1598 : origine florentine, création cardinalice sous Sixte V, légation en Pologne, élection au pontificat au début de 1592, absolution d'Henri IV à l'automne 1595 malgré l'opposition espagnole, échéance du jubilé de 1600 selon le cycle des années saintes.

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Paix de Vervins

Article Wikipédia (FR) consulté pour le rôle médiateur du pape et de son légat le cardinal Alexandre de Médicis, l'ouverture de la conférence le 9 février 1598 et l'égalité de traitement des deux couronnes durant les pourparlers.

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Henri IV (roi de France)

Notice Wikipédia (FR) consultée pour recouper l'affaire de l'absolution de 1595 (roi relevé de la censure après l'abjuration de Saint-Denis, opposition de l'Espagne alors en guerre contre la France depuis 1595).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Portrait à la date de la paix de Vervins

Le portrait est composé au présent du 2 mai 1598 à partir des sources ci-dessus. Les propos prêtés au pape et le murmure de Madrid sont donnés comme rapportés, non comme faits établis ; aucune conjecture sur la suite du pontificat ou la durée de la paix n'est avancée.

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