Clément VIII, le pape qui arbitre
Tandis que les plénipotentiaires de France et d'Espagne s'accordent à Vervins sous l'œil de son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, le regard se porte sur celui qui a voulu cette paix : Ippolito Aldobrandini, monté sur le siège de Rome sous le nom de Clément VIII. Le même qui, voici trois ans, releva le roi de France de son excommunication, contre le gré de l'Espagne.
On parle beaucoup, ces jours-ci, du traité qui se conclut à Vervins entre les couronnes de France et d'Espagne. On parlerait moins de paix, peut-être, sans l'homme qui l'a poussée de Rome : le pape Clément VIII. C'est son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, qui a tenu la conférence depuis son ouverture, le neuvième jour de février, s'employant à traiter les deux rois sur un pied d'égalité et à ménager les partis.
Le pape régnant se nomme Ippolito Aldobrandini, d'une maison de Florence. Il fut fait cardinal du temps de Sixte, cinquième du nom, et porté au siège de saint Pierre voici six ans, au commencement de l'an 1592. Ceux qui suivent les choses de Rome le tiennent pour un homme de gouvernement, appliqué et rompu aux affaires, moins prompt que d'autres à se ranger sous la main de l'Espagne.
De sa personne, on dit un pontife laborieux, attentif aux consultes, et vers qui se tournent déjà les regards à l'approche de l'année sainte : le cycle accoutumé fait attendre pour l'an 1600 un jubilé, où l'on espère à Rome un immense concours de pèlerins de toute la chrétienté. Mais c'est par les deux couronnes qu'il occupe aujourd'hui les esprits.
L'absolution du roi de France, contre le gré de l'Espagne
On n'a pas oublié la longue affaire de l'absolution. Le roi Henri s'était fait recevoir catholique à Saint-Denis, voici près de cinq ans, mais il demeurait sous la censure de Rome, frappé jadis comme relaps et hérétique. Il fallait que le pape le relevât pour qu'il fût pleinement reçu au giron de l'Église. L'Espagne, qui faisait la guerre à ce prince et lui disputait la couronne, pressait Rome de n'en rien faire.
Le pape ne céda pas à cette pression. Après de longues instances, et une fois posées les conditions qu'il jugeait requises, il accorda l'absolution du roi de France en l'automne de l'an 1595, par la voix de ses procureurs devant Saint-Pierre. Beaucoup, alors, tinrent la chose pour un affront fait au Roi Catholique, et l'on murmura fort à Madrid. Le pape, lui, entendait garder les mains libres entre les deux princes.
Se poser en arbitre des couronnes catholiques
C'est ce même dessein qui le fait paraître aujourd'hui à Vervins par son légat. Depuis que le roi de France a déclaré la guerre à l'Espagne, voici trois ans, la chrétienté catholique se voit divisée par les armes de ses deux plus grands princes. Le pape a tenu que ce partage ne pouvait durer et s'est offert pour médiateur, dépêchant le cardinal de Médicis pour conduire l'accommodement.
Ceux qui l'approchent disent qu'il tient la paix des princes chrétiens pour l'affaire propre du siège de Rome, et qu'il aimerait les voir tourner leurs forces ailleurs qu'à s'entre-déchirer. Reste à savoir ce que vaudra cet accord une fois signé, et si les deux couronnes s'y tiendront. Le pape aura fait, du moins, ce qu'un arbitre pouvait faire : rapprocher les parties et prêter à la conférence le poids de son nom.