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Catherine de France, fille de roi et gage de paix entre deux couronnes

Elle a dix-huit ans, elle est née fille de France à l’hôtel Saint-Pol, et la voici, depuis le 2 de ce mois, épouse du roi d’Angleterre. Autour de cette jeune princesse, dixième enfant de notre sire Charles et de la reine Isabeau, se nouent depuis des années les fils d’une paix tant espérée. Portrait de celle dont la main aura été, sa vie durant, l’enjeu de bien des ambassades.

La rédaction 12 juin 1420, 08h00 7 min de lecture

On la connaît peu, et pour cause : les filles de roi grandissent loin du bruit, et celle-ci a vu le jour dans des années où la cour avait d’autres soucis que de montrer ses enfants. Pourtant, depuis le dimanche 2 juin, le nom de Catherine de France court sur toutes les lèvres : c’est elle que le roi d’Angleterre, Henri, a épousée en l’église Saint-Jean de Troyes, scellant par ce mariage la paix conclue onze jours plus tôt entre les deux couronnes.

Qui est cette princesse dont la main aura tant fait écrire et négocier ? Une enfant de Paris, née à l’hôtel Saint-Pol, élevée pour partie dans la retraite d’un cloître, et que les ambassades anglaises réclamaient déjà du vivant du précédent roi d’Angleterre. Nous avons recueilli ce qu’on en sait, sans rien y ajouter que l’on ne puisse tenir pour sûr.

Une enfant de l’hôtel Saint-Pol

Catherine est née à Paris, en l’hôtel Saint-Pol, le 27 octobre de l’an 1401. Elle est la dixième enfant et la sixième fille du roi notre sire Charles, sixième du nom, et de la reine Isabeau de Bavière. Elle a donc, à cette heure, dix-huit ans.

Elle vient au monde dans des années sombres pour la maison de France. Le roi son père est, chacun le sait, sujet depuis longtemps à ces accès de mal qui le retirent du gouvernement des semaines durant, depuis le jour funeste où, voici près de trente ans, la folie le prit dans la forêt du Mans. Autour du trône vacillant, les grands du royaume se disputent l’autorité, et les enfants royaux grandissent au milieu de ces orages.

De sa première enfance, on dit qu’elle fut confiée, comme il sied aux filles de roi, à l’éducation que dispense le prieuré royal de Poissy, où sa sœur aînée Marie a pris le voile. On la veut instruite des lettres et de la piété, dans la manière qui convient à une fille de France. Ceux qui prétendent qu’on l’aurait laissée à l’abandon parlent sans savoir : une princesse de ce sang ne manque ni de soin ni d’entour.

Une fratrie marquée par les deuils

Catherine n’est pas seule : nombreux furent les enfants du roi et de la reine, mais la mort en a fauché plusieurs, et de cruelle façon ces dernières années. Sa sœur aînée Isabelle, qui fut jadis reine d’Angleterre par son mariage d’enfant avec le roi Richard, puis rendue à la France et remariée au jeune duc d’Orléans, est morte voici une dizaine d’années.

Ses frères aînés, les dauphins, ont disparu coup sur coup : Louis, duc de Guyenne, puis Jean, duc de Touraine, emportés tous deux dans la fleur de l’âge à quelques années d’intervalle. De ce deuil répété est sorti le dauphin Charles, le plus jeune des frères de Catherine, sur qui repose aujourd’hui l’espérance — et la discorde — du parti qui lui demeure fidèle.

Sa sœur Michelle, enfin, a épousé le duc de Bourgogne, ce qui n’est pas un mince détail en ces temps où l’alliance bourguignonne pèse de tout son poids dans les affaires du royaume. Voilà la maison dont sort la nouvelle reine d’Angleterre : une famille où chaque mariage est une pièce sur l’échiquier des couronnes.

Une main longtemps disputée

Il y a beau temps que les Anglais convoitent cette alliance. Du vivant même du précédent roi d’Angleterre, Henri quatrième, on parlait déjà de donner Catherine à son fils ; mais l’affaire en resta là. C’est le roi Henri, cinquième du nom, qui, sitôt monté sur le trône de son père, reprit la chose avec ardeur, et fit de la main de notre princesse l’un des prix qu’il entendait tirer de la France.

On se souvient des ambassades d’il y a quelques années, où les envoyés d’Angleterre, en demandant Catherine, réclamaient avec elle une dot prodigieuse — on parlait de deux millions de couronnes — et, par-dessus le marché, qu’on leur abandonnât la Normandie, l’Anjou, la Touraine et la Guyenne en pleine souveraineté. Exigences si lourdes que la cour de France les rejeta, n’offrant qu’une somme bien moindre et quelques agrandissements en Guyenne. Faute d’accord, les pourparlers tombèrent, et l’on sait ce qui suivit : la guerre reprit, dure, et les armes anglaises ne nous furent pas clémentes.

Aujourd’hui, ce que les ambassades n’avaient pu obtenir, c’est la guerre qui l’a donné. La main que l’on marchandait jadis à coups de couronnes et de provinces est désormais accordée — et, à ce que l’on rapporte, la dot promise serait cette fois de bien moindre montant que celle d’autrefois, le mariage valant surtout par ce qui l’accompagne. Mais sur ce chiffre, comme sur le détail des conventions, les bruits diffèrent, et nous attendons d’en savoir plus avant d’en rien arrêter.

Ce que vaut cette union pour les deux couronnes

Ce mariage n’est pas une affaire de cœur, et personne, à la cour, ne feint de le croire. Il est le sceau du traité juré à Troyes le 21 mai, par lequel le roi d’Angleterre se trouve reconnu héritier de la couronne de France après notre sire, et chargé dès maintenant du gouvernement du royaume, à raison du mal qui tient le roi. La reine Isabeau et le duc de Bourgogne ont prêté la main à cet accord, conclu dans l’amertume qui a suivi le meurtre du précédent duc, l’an passé, sur le pont de Montereau.

Le traité, dit-on, écarte de la succession le dauphin Charles, que ses tenants jugent dépouillé de son droit, et que le parti adverse tient pour chargé du sang de Montereau. Ainsi la couronne de France passerait, par ce mariage, dans la maison d’Angleterre — du moins est-ce le dessein que l’acte affiche. On devine quelle tempête de protestations cela soulève déjà chez ceux qui demeurent au dauphin.

Au milieu de ces grands intérêts, la personne de Catherine compte moins que ce qu’elle représente : par elle, deux couronnes prétendent n’en plus faire qu’une, et la fille de France devient le lien vivant de cette prétention. Reine d’Angleterre par son époux, fille de France par son sang, elle porte sur ses jeunes épaules une paix que beaucoup, ici, espèrent sans trop y croire, et que d’autres récusent les armes à la main. Quel sort lui réserve cette double charge, nul ne le sait.

Le contexte

La guerre entre les deux couronnes dure depuis 1337 ; le roi d’Angleterre Henri V a repris les armes et remporté de grands succès, dont la conquête de la Normandie ces dernières années.

Le roi de France, Charles VI, est sujet depuis 1392 à des accès de folie qui le retirent par intervalles du gouvernement, livrant le royaume aux luttes des princes.

L’assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur sur le pont de Montereau, en septembre 1419, a jeté le parti bourguignon dans l’alliance anglaise contre le dauphin Charles.

Le traité de Troyes, juré le 21 mai 1420, reconnaît Henri V comme héritier et régent du royaume de France et prévoit son mariage avec Catherine de Valois.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qui peut être connu à la date du 12 juin 1420, dix jours après le mariage de Troyes. Nous distinguons les faits assurés des bruits de cour, donnons les chiffres avec prudence, et ne préjugeons en rien de ce que l’avenir réserve à la princesse ni aux deux couronnes.

Ce que l’on sait

  • Catherine de France est née à Paris, en l’hôtel Saint-Pol, le 27 octobre 1401 ; elle est fille de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, et a dix-huit ans.
  • Elle a été confiée pour son éducation au prieuré royal de Poissy, où sa sœur Marie est religieuse.
  • Les Anglais ont brigué sa main de longue date : dès le règne d’Henri IV, puis avec insistance sous Henri V, qui en fit l’une de ses conditions de paix.
  • Elle a épousé le roi d’Angleterre Henri V le 2 juin 1420 en l’église Saint-Jean de Troyes, en exécution du traité juré le 21 mai.

Ce que l’on ignore

  • Le montant exact de la dot accordée à ce mariage, sur lequel les bruits diffèrent et que nous ne pouvons arrêter.
  • L’ordre religieux précis et le détail de l’éducation reçue à Poissy.
  • Le sort que cette double appartenance — fille de France, reine d’Angleterre — réserve à la jeune princesse comme aux deux royaumes.

Sources historiques utilisées

secondary

Catherine de Valois (1401-1437) — Wikipédia (FR)

Naissance le 27 octobre 1401 à l’hôtel Saint-Pol, filiation et rang dans la fratrie, éducation au prieuré de Poissy auprès de sa sœur Marie, projets de mariage antérieurs (Bourbon en 1403, mention sous Henri IV), négociations d’avril 1414 (dot de 2 millions de couronnes, exigences territoriales, contre-offre française), mariage du 2 juin 1420 à l’église Saint-Jean de Troyes.

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Catherine of Valois — Wikipedia (EN)

Éducation à Poissy et réfutation moderne de la thèse de l’abandon, reprise des négociations par Henri V en 1414 avec reconnaissance de ses droits sur la France, traité de Troyes du 21 mai 1420 et mariage du 2 juin 1420.

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Traité de Troyes — Wikipédia (FR)

Termes du traité juré le 21 mai 1420 : Henri V reconnu héritier et régent de France, déshéritement du dauphin Charles, rôle de la reine Isabeau et du duc de Bourgogne après l’assassinat de Montereau (1419), mariage avec Catherine de Valois.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Ce portrait imite la prose d’un média de Troyes au 12 juin 1420, dix jours après le mariage. Les chiffres sont donnés avec prudence, les propos douteux signalés comme bruits, et aucune information postérieure à cette date — ni la descendance de la princesse, ni la suite de la guerre — n’y est introduite.

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