Blücher, le vieil entêté dont personne ne sait vraiment où finit la défaite
Battu à Ligny, le maréchal prussien reste l’ombre portée de la journée. Sa capacité à revenir, même diminué, obsède les calculs français.
On parle de Blücher comme on parle d’un cheval lancé trop vite : avec admiration, inquiétude et un peu d’incrédulité. Le maréchal prussien a plus de soixante-dix ans, un tempérament qui n’a jamais beaucoup ressemblé à la prudence, et une réputation d’obstination qui survit aux revers. C’est cette réputation qui empêche aujourd’hui Paris de ranger trop vite son armée parmi les forces écartées.
Ligny a été un choc. Les bulletins français y voient la preuve que Napoléon a retrouvé sa capacité à séparer ses adversaires. Mais entre battre une armée et la rendre inutile, il existe toute la distance des routes, des ordres et du moral. Les Prussiens ont reculé ; on ne sait pas encore s’ils se sont dispersés.
Blücher compte moins par ce que l’on sait de lui que par ce que l’on ignore. Où sont exactement ses colonnes ? Dans quel état marchent-elles ? Ses officiers peuvent-ils maintenir la cohésion après la bataille précédente ? Ces questions, posées dans les bureaux comme dans les cafés, reviennent toujours au même point : un adversaire dont on ne connaît pas la position exacte est déjà présent dans la bataille.
Le maréchal prussien n’a pas la réputation d’un calculateur élégant. Sa force est ailleurs : dans la pression, l’élan, la capacité à faire avancer des hommes fatigués par la seule certitude qu’il faut avancer. Cette qualité peut être dangereuse pour ses propres troupes ; elle peut l’être plus encore pour un adversaire qui le croit hors jeu.
Du côté français, on veut croire que le détachement envoyé à sa poursuite suffira à le contenir. Là encore, le conditionnel s’impose. Les routes de Belgique ne sont pas des lignes droites tracées sur une carte de cabinet. Elles absorbent les hommes, brouillent les horaires, déforment les intentions.
Blücher est donc, en ce 18 juin, moins un personnage qu’une question en marche. Si la bataille de Waterloo se joue aussi contre le temps, alors le vieux Prussien en est l’une des aiguilles invisibles.
Les lecteurs réagissent à l’édition de Waterloo
Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.
Encore un article qui doute. Ceux qui ont vu l’Empereur en Italie savent qu’une position forte n’est forte que jusqu’au moment où il décide de la prendre.
On peut respecter l’Empereur et demander des nouvelles vérifiées. Les Prussiens ne disparaissent pas parce que vous tapez plus fort sur votre table.
Je maintiens : la Garde décidera si on lui demande. Vous verrez.
Tout le monde parle de Hougoumont mais personne ne dit quoi faire lundi matin sur les rentes. Voilà la vraie question pour les familles sérieuses.
La France aspire seulement au repos. Certains confondent encore gloire et agitation perpétuelle.
Traduction : vous attendez les fourgons de l’étranger en prétendant aimer le calme.
La rédaction a raison de distinguer faits et rumeurs. Depuis midi on a déjà “confirmé” trois fois des nouvelles contradictoires.
Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.
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