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Alexandre Ier, le jeune tsar qui a voulu la bataille

Présent en personne à Austerlitz, l'empereur Alexandre Ier n'a pas encore vingt-huit ans. Les cercles diplomatiques de Paris lui prêtent d'avoir imposé le combat contre l'avis de son vieux commandant Koutouzov, sur la foi du plan de l'Autrichien Weyrother. Portrait — forcément à distance — d'un souverain que l'on dit séduisant, libéral et prompt à en découdre, aujourd'hui replié vers ses frontières.

Notre correspondant diplomatique 19 décembre 1805 4 min de lecture

On ne fait pas aisément, depuis Paris, le portrait d'un souverain qui règne à plus de cinq cents lieues d'ici, sur un empire dont les usages de cour demeurent une énigme pour l'Occident. Ce que l'on croit savoir d'Alexandre Ier de Russie nous vient de trois sources : les bulletins de la Grande Armée, qui sont ceux du vainqueur ; les propos des voyageurs et des diplomates rentrés de l'Est ; et cette rumeur de salon qui, à Paris, habille toujours l'événement plus vite que la vérité ne l'établit.

De cet assemblage se dégage la silhouette d'un prince jeune — il entre dans sa vingt-huitième année —, que l'on dit d'un abord charmant, féru d'idées nouvelles, et que sa présence au milieu des armées coalisées, sur le champ d'Austerlitz, vient de placer au premier rang des adversaires de la France. C'est ce visage-là, celui que Paris se figure, que l'on tente ici de dessiner.

Un prince élevé pour le trône

Alexandre Pavlovitch est né à Saint-Pétersbourg à la fin de l'année 1777. Sa grand-mère, la fameuse impératrice Catherine, l'écarta très tôt de ses parents pour le former elle-même à régner, et l'on assure qu'elle le destinait à lui succéder par-dessus son propre fils. À ses côtés veilla un précepteur venu du pays de Vaud, M. Frédéric-César de La Harpe, homme des Lumières et de conviction républicaine, à qui le jeune prince aurait dû, dit-on, son goût pour les idées libérales dont on le crédite aujourd'hui.

Il est monté sur le trône au printemps de 1801, voici bientôt cinq années, à la mort de l'empereur Paul, son père. Sur les circonstances de cette mort pèse, dans toutes les chancelleries d'Europe, un bruit tenace que rien n'a jamais tranché : on murmure que le vieux souverain ne serait pas mort de sa seule apoplexie, et l'on s'interroge tout bas sur ce que le fils sut, ou ne sut pas, du complot de palais qui emporta le père. Nul n'est en mesure d'y voir clair.

Ce qui semble mieux assuré, c'est que le jeune tsar s'est entouré dès son avènement d'un cercle de familiers de son âge, gagnés comme lui aux réformes : on cite le prince polonais Czartoryski, MM. de Novossiltsev, Stroganov et Kotchoubeï. De ce petit conseil intime on dit grand bien de l'esprit et grand mal de l'expérience. Le portrait qui revient est toujours le même : un souverain séduisant, généreux d'intentions, mais que l'on juge impressionnable, prompt à s'enflammer et lent à s'arrêter à une résolution ferme.

Le tsar sur le champ, ou la volonté d'en découdre

C'est ce prince-là qui a voulu se trouver en personne au milieu de ses armées, en Moravie, aux côtés de l'empereur d'Autriche. Sur ce point les bulletins et la rumeur s'accordent : Alexandre était présent, et le combat s'est livré parce qu'il l'a voulu. Le reste — le détail des délibérations, le partage exact des responsabilités — nous parvient par le seul récit du vainqueur.

Selon la version qui court dans les milieux favorables à l'Empereur, le vieux général Koutouzov, qui commandait les Russes, plaidait pour l'attente : reculer, laisser venir les renforts, et ne pas offrir la bataille à Napoléon sur un terrain choisi par lui. Contre cet avis se serait dressé le parti des jeunes officiers ardents de l'entourage du tsar, pressés d'en finir avec l'usurpateur, et l'on met en avant le nom du prince Dolgorouki. Le plan de manœuvre suivi ne fut pas celui de Koutouzov, mais celui de l'Autrichien Weyrother, dont on dit aujourd'hui à Paris qu'il a mené les coalisés à leur ruine.

À ce parti pressé se rattache un épisode que l'on ne rapporte ici que pour ce qu'il est — un récit venu du camp français. Quelques jours avant la bataille, le prince Dolgorouki aurait été dépêché auprès de Napoléon pour parlementer. L'Empereur, dans cette version, aurait feint l'embarras et l'inquiétude, laissant l'envoyé du tsar repartir persuadé de tenir l'adversaire à sa merci, et le jugeant, dit-on, plein de morgue.

Après la défaite, ce que Paris ignore

Depuis la convention d'armistice signée le 6 de ce mois entre la France et l'Autriche, on tient pour acquis que l'empereur Alexandre, dont l'armée n'était pas partie à cet accord, a néanmoins repris avec ses troupes le chemin de ses frontières. L'armée russe, ébranlée, reflue vers l'est ; le tsar l'accompagne.

Car sur l'homme lui-même, sur ce qu'il éprouve, sur les comptes qu'il demandera à ses généraux et sur les desseins qu'il forme à présent, Paris est réduit aux conjectures. La cour de Saint-Pétersbourg demeure, pour les observateurs occidentaux, une place close, où les nouvelles arrivent tard, filtrées, souvent contradictoires. On ignore quelle part de la défaite le tsar s'attribue, quelle part il fait porter à Weyrother ou à ses jeunes conseillers, et ce qu'il adviendra du vieux Koutouzov écarté.

On y devine un prince encore jeune, plein d'allant et d'ambition, qui a cru pouvoir arrêter Napoléon et s'est heurté à plus fort que lui.

Le contexte

Alexandre Ier (1777-), petit-fils de l'impératrice Catherine II, est monté sur le trône de Russie en mars 1801 à la mort de son père Paul Ier. Formé par le précepteur vaudois Frédéric-César de La Harpe, il passe pour acquis aux idées libérales et s'est entouré à son avènement d'un cercle de jeunes réformateurs (Czartoryski, Novossiltsev, Stroganov, Kotchoubeï).

Lors de la campagne de 1805, il a rejoint en personne les armées coalisées en Moravie, aux côtés de l'empereur François II d'Autriche. La bataille d'Austerlitz, livrée le 2 décembre 1805, dite « bataille des Trois Empereurs », s'est soldée par la défaite des coalisés face à Napoléon.

Le plan de bataille adopté par les alliés fut celui du général autrichien Franz von Weyrother, contre l'avis prêté au général russe Koutouzov, qui prônait l'attente et le repli. Une convention d'armistice a été signée le 6 décembre ; l'armée russe et le tsar se sont ensuite repliés vers leurs frontières.

État des informations

Ce portrait est dressé à distance, depuis Paris, au 19 décembre 1805, d'après les seuls bulletins de la Grande Armée — qui sont ceux du vainqueur — et la rumeur diplomatique. La cour de Russie demeure opaque aux observateurs occidentaux ; ce qui touche aux délibérations internes du commandement coalisé et à la personne du tsar relève largement de la conjecture, et est signalé comme tel. Aucun fait postérieur à cette date n'est avancé.

Ce que l’on sait

  • Alexandre Ier, empereur de Russie, était présent en personne aux côtés de ses armées lors de la bataille d'Austerlitz du 2 décembre 1805.
  • Il est monté sur le trône en 1801 à la mort de son père Paul Ier et n'a pas encore trente ans.
  • Il a été formé sous l'autorité de sa grand-mère Catherine II et par le précepteur vaudois Frédéric-César de La Harpe.
  • Le plan de manœuvre suivi par les coalisés était celui de l'Autrichien Weyrother, et non celui de Koutouzov.
  • Une convention d'armistice a été signée le 6 décembre 1805 et l'armée russe s'est repliée vers ses frontières.

Ce que l’on ignore

  • Le degré réel de la responsabilité personnelle d'Alexandre dans la décision d'engager la bataille contre l'avis de Koutouzov.
  • La teneur exacte des délibérations du conseil de guerre tenu la nuit précédant la bataille.
  • La disposition d'esprit du tsar après la défaite et les suites qu'il entend donner à ses généraux, à commencer par Koutouzov.
  • La part que le tsar attribue à Weyrother, à son entourage ou à lui-même dans le désastre.

Sources historiques utilisées

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Wikipédia — Alexandre Ier (empereur de Russie)

Naissance en 1777, éducation par Catherine II et par le précepteur Frédéric-César de La Harpe, avènement en 1801 à la mort de Paul Ier, entourage de jeunes réformateurs, présence à Austerlitz. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Ier_(empereur_de_Russie))

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Wikipédia — Bataille d'Austerlitz

Déroulement de la bataille des Trois Empereurs, présence et rôle d'Alexandre Ier, conseil de guerre, adoption du plan Weyrother contre l'avis de Koutouzov, épisode Dolgorouki, armistice du 6 décembre. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz)

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Wikipédia — Franz von Weyrother

Général autrichien auteur du plan de manœuvre suivi par les coalisés à Austerlitz. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_von_Weyrother)

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Portrait rédigé en immersion dans le point de vue d'un correspondant diplomatique parisien du 19 décembre 1805. Il est établi « à distance », d'après les bulletins impériaux et la rumeur de salon, seules sources disponibles à Paris ; il ne contient aucun fait postérieur au 19 décembre 1805 et signale nettement ce qui relève de la conjecture ou de la version française.

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