La Pologne sous le choc de l’offensive allemande
Depuis le matin du 1er septembre, les armées du Reich ont franchi la frontière polonaise sur toute son étendue. Les dépêches qui nous parviennent, partielles et en retard, dessinent une attaque d’une rapidité et d’une violence inhabituelles, où l’aviation et les chars tiennent le premier rôle. La France et la Grande-Bretagne ont, depuis, déclaré la guerre à l’Allemagne. De la résistance que la Pologne pourra opposer, il est trop tôt pour rien dire.
C’est par bribes, et avec le retard qu’impose la distance et la confusion des combats, que nous parviennent les nouvelles de l’Est. Une chose, du moins, ne fait plus de doute : depuis le matin du vendredi 1er septembre, l’Allemagne a porté la guerre sur le territoire de la Pologne. L’attaque a été lancée à l’aube, vers cinq heures, sans déclaration préalable, et non sur un point mais sur toute l’étendue de la frontière à la fois.
Les renseignements qui filtrent s’accordent sur un trait : la soudaineté et la méthode de l’assaut. Les armées du Reich auraient franchi la frontière par trois directions principales — depuis la Poméranie au nord, depuis la Prusse-Orientale, et depuis la Silésie au sud, le concours du territoire slovaque étant signalé sur l’aile méridionale. Ce n’est pas une poussée locale, mais une offensive d’ensemble, conduite, semble-t-il, pour enfoncer plusieurs lignes en même temps.
Le rôle de l’aviation paraît, dans cette affaire, considérable. Dès les premières heures, les escadres allemandes auraient frappé les terrains d’aviation polonais, cherchant à clouer au sol une aviation moins nombreuse, et porté leurs bombes sur des villes. On cite parmi les premières atteintes la localité de Wieluń, en Silésie polonaise, dont le bourg aurait été en grande partie détruit par un bombardement aérien matinal. Ces récits, qu’il faut accueillir avec la prudence due aux nouvelles de guerre, donnent à penser que le Reich a voulu, d’emblée, la maîtrise du ciel.
À cette guerre de l’air répond, au sol, une guerre de mouvement. Les colonnes blindées allemandes sont décrites comme l’instrument principal de la manœuvre : on les dit lancées en avant des fantassins, perçant et débordant plutôt que s’arrêtant à réduire chaque résistance. Une division cuirassée venue de Poméranie aurait, dès les premiers jours, poussé en direction de la Vistule. La rapidité de ces avances, si elle se confirme, marquerait une manière de combattre où la vitesse compte autant que le nombre.
Du côté polonais, on sait l’armée mobilisée et résolue à se défendre. Sur le littoral, près de Dantzig, une poignée d’hommes retranchés à la Westerplatte tiendrait encore tête, sous le feu d’un navire de guerre allemand, à des assauts répétés — symbole, déjà, d’une volonté de résistance. Mais l’ampleur des forces engagées contre elle, la perte annoncée de positions frontières et la pression exercée en plusieurs points laissent mal augurer de la facilité de la tâche. Jusqu’où, et combien de temps, l’armée polonaise pourra-t-elle contenir le choc ? Nul, à cette heure, ne saurait l’affirmer.
L’événement, cependant, a déjà débordé les frontières de la Pologne. Le dimanche 3 septembre, après l’expiration de leurs sommations à Berlin, la Grande-Bretagne d’abord, dans la matinée, puis la France à dix-sept heures, ont déclaré l’état de guerre avec l’Allemagne, en exécution de leurs engagements envers Varsovie. M. Daladier, président du Conseil, en a informé le pays. Ce que sera, concrètement, le concours militaire des Alliés à la Pologne attaquée, et sous quelle forme il s’exercera, demeure pour l’heure entier : aucune opération d’envergure n’est, à notre connaissance, engagée à l’ouest.
Nous en sommes donc là : une grande nation agressée, une attaque menée au pas accéléré par l’air et le fer, et deux puissances entrées en guerre à ses côtés. Le reste — la résistance qu’opposera la Pologne, le tour que prendront les opérations, la suite des événements — appartient aux jours qui viennent. Nous nous bornons à rapporter ce qui est établi, en signalant ce qui ne l’est pas.