← Retour à l’édition Portrait

Philippe, l’enfant resté près du roi

Le plus jeune fils de Jean II, à peine quatorze ans, n’a pas quitté son père quand l’armée se défaisait. On dit qu’il combattait encore à ses côtés lors de la dernière mêlée, et qu’il y a gagné un surnom : « le Hardi ».

Geoffroy d’Argences 22 septembre 1356, 14h00 3 min de lecture

De tous les noms qui reviennent depuis Nouaillé, il en est un que l’on n’attendait pas dans le récit d’une telle journée : celui d’un enfant. Philippe, dernier fils du roi Jean, n’a guère plus de quatorze ans. Trois de ses frères — le Dauphin Charles, Louis et Jean — ont été éloignés du champ avant la fin, mis à l’abri tandis que la bataille tournait. Lui est demeuré.

On rapporte qu’il se tenait auprès du roi son père dans la dernière bataille, celle que Jean II mena à pied sous l’oriflamme, parmi les chevaliers qui avaient juré de ne point reculer. C’est là, dit-on, que le roi et son cadet furent pris ensemble, au soir, quand l’oriflamme tomba et que la mêlée fut rompue par les cavaliers du Captal de Buch surgis sur l’arrière.

Un cadet là où l’on attendait des hommes faits

Que faisait un garçon de cet âge au plus épais d’un combat ? La question se pose, et nul ici ne sait y répondre avec certitude. Il n’est pas rare qu’un fils de roi soit mené à l’armée pour s’y former aux armes et y voir comment se gouverne une bataille ; il l’est davantage qu’il y demeure quand tout cède autour de lui. Les uns y voient le devoir d’un prince tenu de ne pas abandonner son père ; les autres, la confusion d’une déroute où l’on ne choisit plus toujours sa place.

On ne saurait dire non plus s’il prit part aux coups ou s’il fut seulement le témoin, serré contre le roi, de la chute des derniers fidèles. Ce qui se murmure au camp tient pour l’heure du récit que l’on se transmet de bouche en bouche, non du fait dûment constaté. Nous le rapportons comme tel.

Le surnom de « Hardi »

De cette conduite, on lui prête déjà un nom : Philippe le Hardi. Le mot court parmi les gens d’armes, qui s’étonnent qu’un enfant soit resté quand des bannerets pliaient. Faut-il y voir l’honneur d’une vaillance avérée ou la pitié d’une armée vaincue, trop heureuse de tirer du désastre une figure à louer ? Il est trop tôt pour le trancher ; le surnom, lui, est déjà sur les lèvres.

On raconte aussi — et nous le donnons pour ce qu’il vaut, une parole de tradition et non un propos recueilli — que le garçon, durant la presse, criait à son père pour le garder des coups : « Père, gardez-vous à gauche !… Père, gardez-vous à droite ! » Belle image, si elle est vraie. Nul d’entre nous ne l’a entendue ; elle nous vient comme tant d’autres de ce jour, par ceux qui prétendent y avoir été.

Un captif parmi les captifs

Le voici donc, comme son père et tant de grands du royaume, aux mains du prince anglais. On ignore le sort qu’on réserve à l’un et à l’autre. Un fils de France si jeune entre les mains de l’ennemi : c’est, après la prise du roi, la seconde blessure de cette journée, et de celle-là on ne sait quand le royaume guérira.

Le contexte

Jean II avait mené ses quatre fils à l’armée : le Dauphin Charles, Louis, Jean et le cadet Philippe.

Trois d’entre eux furent éloignés du champ avant la fin de la bataille, le 19 septembre, près de Nouaillé-Maupertuis.

La dernière bataille fut conduite à pied par le roi en personne, sous l’oriflamme, avec des chevaliers de l’Ordre de l’Étoile.

Le roi et son plus jeune fils furent pris ensemble au soir, après la manœuvre de débordement du Captal de Buch.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 22 septembre 1356. Le verbatim et le surnom sont donnés comme tradition rapportée, non comme faits constatés ; nous n’augurons rien du sort des captifs ni de la suite des événements.

Ce que l’on sait

  • Philippe, plus jeune fils de Jean II, âgé d’environ quatorze ans, est demeuré auprès du roi alors que ses trois frères avaient été mis à l’abri.
  • Le roi et Philippe ont été capturés ensemble au soir du 19 septembre.

Ce que l’on ignore

  • On ignore quelle part exacte le garçon prit aux combats : combattant ou témoin serré contre le roi.
  • On ne sait pour quelle raison il resta quand ses frères furent éloignés (devoir filial, ordre, ou confusion de la déroute).
  • Le sort réservé au roi et à son fils par le prince anglais n’est pas connu.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille de Poitiers (1356) — Wikipédia

Présence de Philippe auprès du roi dans la dernière bataille, surnom de « le Hardi », et paroles « Père, gardez-vous à gauche / à droite » données comme tradition.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Le portrait imite le regard d’un chroniqueur du moment ; le surnom et le verbatim sont restitués comme paroles de tradition, jamais comme faits avérés. Aucune connaissance postérieure au 22 septembre 1356 n’est mobilisée.

Articles liés