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Sous les murs de Poitiers, la dernière tuerie du jour

Au déclin du jour, des gens de pied et des cavaliers en débandade auraient été rejoints et taillés en pièces jusque sous les remparts de Poitiers. On rapporte que les portes de la ville seraient demeurées closes ; rien, à cette heure, ne permet d’en faire un fait certain.

Geoffroy d’Argences 20 septembre 1356, 18h00 3 min de lecture

On ne saura sans doute jamais le nom de la plupart des morts. Quand, hier au soir, la bataille engagée près de Nouaillé eut tourné contre les nôtres, une partie de l’ost française rompit et se jeta vers le nord, cherchant le couvert des murs de Poitiers. Les chemins, dit-on, étaient encombrés d’hommes à pied jetant leurs armes pour mieux courir, et de cavaliers qui n’épargnaient ni les leurs ni leurs montures.

Ce qui suivit, plusieurs voix du camp le racontent d’une même horreur, sans qu’aucune autorité ne l’ait encore confirmé. Les gens du Prince, montés et frais, auraient donné la chasse jusqu’aux abords de la ville. Là, contre les fossés et les portes, la presse des fuyards se serait amassée, sans ordre ni défense, et les poursuivants les auraient abattus à loisir. On parle d’hommes égorgés au pied même des remparts, dans la nuit qui tombait.

Un bruit, plus cruel encore, court de bouche en bouche : les portes de Poitiers seraient restées fermées. Les habitants, craignant que l’ennemi n’entrât dans la cohue, auraient garni les murailles et refusé l’entrée aux leurs. Ce propos, nous le rapportons pour ce qu’il vaut. Nul échevin, nul homme de la ville n’est venu jusqu’ici en répondre, et la peur d’une nuit pareille fait dire beaucoup de choses qu’il faudra plus tard peser.

S’il faut en croire ce qu’on murmure, ceux qui périrent ainsi sous les murs n’étaient pour la plupart ni bannerets ni hommes d’armes de prix. On ne demanda point leur rançon ; on ne leur offrit nulle merci. C’est le sort des humbles que de tomber sans qu’on les compte : les valets, les sergents, les piétons levés dans les campagnes, dont les maisons, ce matin, ne savent rien encore.

Combien furent-ils ? Nul ne le dit, et quiconque avancerait un chiffre mentirait. Les chemins entre le champ et la ville, à ce qu’on assure, en sont jonchés. Au lever du jour, des religieux et des gens de la ville iraient relever les corps. Nous tiendrons pour suspect tout dénombrement tant que les yeux ne l’auront pas vérifié, et tout récit de cette débâcle tant qu’une bouche plus sûre que la rumeur du camp ne l’aura confirmé.

Le contexte

La bataille s’est livrée le 19 septembre au sud de Poitiers, près de Nouaillé-Maupertuis, entre l’armée du roi Jean II et celle du prince de Galles, fils aîné du roi d’Angleterre.

Au soir, la dernière bataille française, menée à pied sous l’oriflamme, a cédé après une manœuvre de l’ennemi sur ses arrières ; une partie de l’ost s’est défaite avant ce dernier choc.

Poitiers est une ville close de murailles ; en pareille alarme, il est d’usage que les bourgeois ferment les portes et garnissent les murs pour se garder d’un coup de main.

Il y a dix ans, après la déconfiture de Crécy, on avait déjà vu les archers du roi d’Angleterre faire grand carnage des piétons en déroute.

État des informations

Cet article s’en tient à ce qu’on peut savoir au matin du 20 septembre 1356. La scène de la chasse sous les murs repose pour partie sur la rumeur du camp ; nous distinguons ce qui est établi de ce qui est seulement rapporté, et n’avançons aucun bilan chiffré.

Ce que l’on sait

  • L’armée française a été défaite le 19 septembre près de Poitiers et une partie de l’ost s’est débandée vers le nord.
  • La poursuite par la cavalerie victorieuse est l’ordinaire d’une déroute : c’est dans la fuite que se font le plus de morts.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre des fuyards tués sous les murs : aucun dénombrement vérifié n’existe à ce jour.
  • L’identité des morts, en majorité des gens de pied et valets non recensés.
  • L’ampleur exacte de la poursuite jusqu’aux abords de Poitiers et l’heure précise des faits.

Sources historiques utilisées

secondary

Battle of Poitiers — Wikipedia (EN)

Récit de la poursuite des fuyards jusqu’aux portes de Poitiers, fermées par les habitants, et du massacre des gens de pied sans quartier — détail d’origine chroniqueuse, rapporté ici en rumeur.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations à chaud imitent la prose d’un chroniqueur du temps. Les faits non vérifiables au 20 septembre 1356 sont donnés comme rumeurs de camp ; aucun bilan chiffré n’est avancé.

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