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Marc Antoine, le lieutenant qui a forcé la mer

Tribun bafoué au Sénat l’an dernier, Marcus Antonius a franchi l’Adriatique avec le reste des légions malgré la flotte de Pompée. Au camp, on le donne pour l’un des bras droits de César.

La rédaction 10 Quintilis 48 av. J.-C. 6 min de lecture

On le croise à cheval le long des lignes, la voix haute, familier des soldats jusqu’à la rudesse. Marcus Antonius n’a pas quarante ans et il tient déjà, dans l’entourage de César, une place que beaucoup lui envient. Le proconsul lui a confié le reste de ses légions, restées en Italie ; il les a amenées jusqu’ici en trompant la flotte pompéienne, quand tout le monde le disait bloqué à Brindes. Depuis, son nom court dans le camp.

Nous rassemblons ce qui se dit et ce qui se sait d’un homme dont la fortune, encore récente, tient tout entière à la faveur de César et à la guerre qui se joue en Épire.

Un nom, des dettes et la Gaule

Antonius appartient à une vieille maison plébéienne. Son grand-père, l’orateur Marcus Antonius, comptait parmi les voix les plus écoutées du Sénat au temps de nos pères. Sa mère, Julia, tient aux Julii ; c’est par elle qu’il approche de la parenté de César, ce qui n’est pas rien dans la carrière d’un jeune Romain.

Sa jeunesse, on ne la lui ménage guère au forum. On lui prête des fréquentations agitées, celles de Curion et de Clodius, un goût coûteux du faste et des dettes qui ont fait jaser. Il est allé, dit-on, étudier la parole et la philosophie à Athènes, comme il sied à qui veut plaider et commander.

C’est en Orient qu’il s’est fait la main sur les armes, sous Gabinius, dans la cavalerie ; on cite sa conduite lors du rétablissement du roi d’Égypte sur son trône. Puis vinrent les années de Gaule, aux côtés de César : questeur, il y a gagné l’expérience des grandes campagnes et la confiance d’un chef qui distingue vite ceux qui servent bien.

Le tribun dont on a bafoué le veto

On ne l’a pas oublié à Rome : l’an dernier, Antonius était tribun de la plèbe, revêtu de la sacro-sainteté qui protège ceux qui parlent au nom du peuple. Augure aussi, choisi peu avant. À ce titre, il a opposé son veto aux mesures que le Sénat pressait contre César.

Ce veto, on l’a écarté de force. Antonius et son collègue Quintus Cassius ont dû quitter la Curie et fuir la Ville, dit-on déguisés, pour rejoindre César. Le proconsul en a fait l’un des motifs affichés de sa marche : la personne des tribuns violée, les droits du peuple foulés. Sur ce point, les partisans de Pompée répondent que c’est là prétexte, non cause. Chacun jugera ; nous rapportons les deux versions.

Pendant que César courait à l’Espagne, c’est à Antonius, entre autres, qu’a été laissé le soin de l’Italie et de Rome. Servir aux avant-postes, puis garder les arrières : le proconsul lui a confié tour à tour l’un et l’autre.

Celui qui a « forcé la mer »

Le fait qui fait sa réputation présente est tout frais. César avait passé l’Adriatique au cœur de l’hiver avec une partie de ses forces, laissant l’autre à Brindes. La mer, elle, appartenait à Pompée : ses escadres tenaient le détroit, guettaient chaque voile, brûlaient les transports isolés. Longtemps le reste de l’armée n’a pu bouger, et l’on redoutait au camp que César ne restât en Épire à demi désarmé.

Antonius a fini par embarquer et par passer, profitant du vent, échappant aux navires ennemis avant d’aborder plus au nord que prévu. La jonction s’est faite du côté de Lissus. On ne saurait dire ce qu’il y eut d’audace et ce qu’il y eut de fortune dans ce coup de main ; le résultat, lui, est là : les légions manquantes ont rejoint, et le rapport des forces terrestres s’en est trouvé changé.

Depuis Dyrrachium, où César a essuyé le revers que l’on sait, Antonius est de ceux sur qui le proconsul s’appuie pour la suite. On le dit destiné à tenir une aile le jour où l’on en viendrait à la bataille rangée. Rien n’est arrêté, et nul au camp ne sait si Pompée acceptera le choc ou continuera de temporiser.

Un homme que l’on suit

Les soldats l’aiment. Il partage la fatigue, la table grossière, la plaisanterie de corps de garde ; sa haute taille et sa force lui valent, chez les Grecs du pays, la comparaison flatteuse avec les images d’Hercule. Ses détracteurs y ajoutent le goût du vin et de la dépense, et rappellent qu’un tel homme se ruine aussi vite qu’il commande.

Ce que l’on retient au camp, c’est un lieutenant de trente-cinq ans environ, monté vite, tenu par la faveur d’un seul et par la fortune des armes. Reste à savoir ce qu’il vaudra au jour où l’on en découdra.

Le contexte

Tribun de la plèbe : magistrat élu pour un an, chargé de défendre les intérêts de la plèbe ; sa personne est réputée sacro-sainte et il peut opposer son veto aux décisions du Sénat.

Augure : membre du collège sacerdotal qui interprète les auspices ; charge à vie, prestigieuse, souvent recherchée par les hommes politiques.

Le passage de l’Adriatique : la flotte de Pompée domine la mer et sépare les deux moitiés de l’armée de César, l’une déjà en Épire, l’autre retenue à Brindes en Italie.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qui est connaissable au camp de César en Quintilis 48 : la carrière passée d’Antonius et son rôle présent. Il ne préjuge en rien de la suite de la campagne ni de la place qu’il y prendra.

Ce que l’on sait

  • Marcus Antonius, ancien tribun de la plèbe et augure, est l’un des lieutenants de César dans la guerre en cours.
  • Il a amené par mer le reste des légions de César d’Italie en Épire, malgré la maîtrise pompéienne de l’Adriatique ; la jonction s’est faite vers Lissus.
  • Petit-fils de l’orateur Marcus Antonius, il a servi en Orient sous Gabinius puis en Gaule sous César.

Ce que l’on ignore

  • La part de l’audace et celle du hasard dans la réussite de sa traversée.
  • Le commandement précis qui lui reviendra si l’on en vient à une bataille rangée.
  • La suite de la campagne, que le camp de César n’anticipe pas.

Sources historiques utilisées

primary

Vie d’Antoine

Plutarque · 100

Jeunesse, physique (comparaison à Hercule), dettes, service sous Gabinius, tribunat de 49 et fuite de Rome. Source postérieure, à recouper.

primary

La Guerre civile, Livre III

Jules César · -45

Passage de l’Adriatique par Antoine avec les légions restées en Italie, jonction vers Lissus, opérations autour de Dyrrachium. Récit de première main, apologétique.

secondary

Marc Antoine

Wikipédia (FR) · 2026

Naissance vers 83 av. J.-C., famille (grand-père orateur, mère Julia), augurat de 50, tribunat de 49, service en Gaule et en Orient, rôle dans la guerre civile jusqu’à Pharsale.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations « à chaud » imitent un chroniqueur embarqué au camp de César ; les reproches sur la jeunesse d’Antoine sont donnés comme rumeurs attribuées, non comme faits.

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