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Le camp de Pompée est tombé, mais Pompée court encore

Au lendemain du choc, le retranchement pompéien est aux mains de César et ses lignes se sont vidées. Cnaeus Pompeius Magnus, lui, a quitté le champ : on le dit passé par Larissa, puis parti vers la mer. Sa route reste inconnue.

La rédaction 11 Sextilis 48 av. J.-C. 6 min de lecture
Médaillon gravé représentant Cnaeus Pompeius Magnus, légendé « CN. POMPEIVS. MAGNVS », en frontispice d’une édition des œuvres de Cicéron.
Egidius (II) Verhelst, portrait gravé de Cnaeus Pompeius Magnus, frontispice de M. Tullii Ciceronis Opera, vol. IV (Zweibrücken, 1781) — domaine public (Wikimedia Commons).

Deux jours après la bataille rangée livrée dans la plaine près de Pharsale, le camp de Cnaeus Pompeius Magnus est pris. Nous écrivons ces lignes depuis l’enceinte conquise, au milieu des tentes que les vaincus ont abandonnées. La déroute d’avant-hier s’est achevée ici : l’aile de cavalerie rompue, puis l’infanterie refoulée, les fuyards ont reflué sur leur propre retranchement, et celui-ci n’a pas tenu jusqu’au soir.

Ce que nous voyons dans le camp raconte la journée mieux qu’aucune dépêche. Beaucoup, ici, s’attendaient à festoyer en vainqueurs : on a trouvé des tables dressées, des tentes garnies de verdure, de la vaisselle sortie, comme si la victoire avait été tenue pour acquise avant le combat. La déconvenue n’en paraît que plus lourde. Nous rapportons ce que nos yeux relèvent sur place, sans préjuger de ce qu’on en dira à Rome.

Pompée, dit-on, est rentré à cheval dans son camp au moment où tout cédait, puis en est reparti aussitôt. On le dit gagné vers Larissa, puis vers la côte. Au-delà, nul ne sait. Aucun de ceux que nous avons interrogés au camp ne peut dire vers quel port, quelle province ou quel appui il se dirige. Son sort demeure entier.

Un camp qui se rend et une armée qui se disperse

La prise du retranchement n’a pas mis fin à tout. Une partie des vaincus s’est repliée sur les hauteurs voisines ; on parle de tractations, de soldats qui déposent les armes et se remettent à la merci du vainqueur. César, à ce qu’on entend au camp, aurait fait épargner les Romains qui se rendaient. Nous rapportons ces gestes de clémence tels qu’on nous les donne, sans pouvoir encore en mesurer l’étendue.

Les pertes restent impossibles à chiffrer avec certitude. Les corps sont nombreux du côté pompéien, moins du côté de César, mais les comptes qui circulent varient du simple à plusieurs fois selon la bouche qui les avance — et les chiffres les plus élevés viennent du camp même du vainqueur. Nous nous garderons d’en arrêter un. On prête à des officiers présents, tel Asinius Pollion, des estimations plus mesurées que celles qu’on colporte déjà de tente en tente.

Parmi les chefs pompéiens, plusieurs manquent, plusieurs ont fui. Domitius Ahenobarbus, lui, a péri dans la fuite, abattu par les cavaliers de César ; Metellus Scipion et Titus Labienus, l’ancien lieutenant de César passé à l’ennemi et qui commandait la cavalerie brisée, en revanche, ont disparu, nul ne sait où. Chacun de ces noms, dispersé sur les routes de Thessalie, est une part de la guerre qui continue.

Une victoire décisive n’est pas une guerre finie

Il faut le dire nettement, contre la griserie qui gagne ce camp : la bataille est gagnée, la guerre ne l’est pas. Le parti rassemblé autour de Pompée gardait, avant Pharsale, bien plus qu’une armée dans cette plaine.

La mer, d’abord, ne lui a pas échappé. Les flottes qui nous ont affamés devant Dyrrachium croisent toujours ; ce sont elles qui rendent possible la fuite de Pompée et qui pourraient, demain, porter ailleurs les vaincus d’aujourd’hui. Tant que la côte et les détroits obéissent aux siens, un chef qui a perdu une bataille n’a pas perdu le moyen d’en préparer une autre.

L’Afrique, ensuite, reste un foyer entier du parti sénatorial, avec des forces et des rois pour appui. Ajoutez les provinces d’Orient, les rois clients qui ont fourni argent, cavaliers et navires : rien de tout cela n’a été rangé dans la plaine de Pharsale. Une seule journée a défait une seule armée.

Nous n’écrirons donc pas que la République est sauvée, ni qu’elle est perdue : ce serait, dans les deux cas, dire plus que nous ne savons. Ce que nous savons tient en peu de mots. Un camp est pris. Une armée est dispersée. Le chef vaincu est vivant, en fuite, hors d’atteinte. Et la guerre entre citoyens, ouverte au passage du Rubicon, n’a pas trouvé ici son terme.

Le contexte

La bataille rangée a été livrée l’avant-veille, le 9 Sextilis 48 av. J.-C., dans la plaine près de Pharsale, en Thessalie. César, numériquement inférieur, y a brisé la cavalerie pompéienne par une réserve d’infanterie cachée, puis emporté l’aile et le centre.

La campagne avait commencé mal pour César : après le passage de l’Adriatique et l’attente d’Antoine, il avait subi un revers sérieux devant Dyrrachium, la flotte pompéienne tenant la mer et affamant son camp, avant de décrocher vers la Thessalie.

Cnaeus Pompeius Magnus, « Pompée le Grand », est l’homme de trois triomphes, vainqueur des pirates et de Mithridate. Il fut lié à César par sa fille Julia, morte en 54. Sa fuite laisse ouvert le sort de la guerre civile.

État des informations

Nous écrivons depuis le camp pris, deux jours après le choc. Nous séparons ce que nous voyons (le camp conquis, les tables dressées, les vaincus qui se rendent) de ce que l’on nous rapporte (les chiffres de pertes, la clémence, l’itinéraire de Pompée). Le sort de Pompée et l’issue de la guerre restent inconnus ; nous ne les préjugeons pas.

Ce que l’on sait

  • La bataille rangée près de Pharsale s’est soldée par une victoire décisive de César.
  • Le camp pompéien a été pris ; une partie des vaincus s’est rendue.
  • Pompée a quitté le champ vivant : on le donne passé par Larissa puis parti vers la côte.

Ce que l’on ignore

  • La destination de Pompée : ni le port, ni la province, ni l’appui qu’il gagne ne sont connus au camp.
  • Le chiffre exact des pertes des deux camps, les comptes qui circulent variant fortement.
  • Le sort et la route des autres chefs pompéiens en fuite (Metellus Scipion, Labienus) ; Domitius Ahenobarbus, lui, est mort, tué par la cavalerie de César dans la fuite.
  • La suite de la guerre, les forces pompéiennes d’Afrique et la flotte demeurant intactes.

Sources historiques utilisées

primary

De Bello Civili, Livre III

Jules César · -45

Récit de première main, apologétique : prise du camp, tables dressées des Pompéiens, fuite de Pompée, reddition des vaincus. Chiffres de pertes à manier avec prudence, la source étant partie prenante.

primary

Vie de Pompée

Plutarque · 110

Fuite de Pompée du champ à cheval, passage vers Larissa puis la mer ; cite Asinius Pollion pour des chiffres de pertes plus modérés.

secondary

Guerres civiles, Livre II

Appien · 160

Récit d’ensemble de la journée et de ses lendemains : assaut du camp, dispersion des chefs pompéiens, redditions.

secondary

Bataille de Pharsale — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Consultée pour recouper la prise du camp, la fuite de Pompée par Larissa vers la côte, les redditions, les fourchettes de pertes et le maintien des fronts pompéiens (Afrique, la flotte, l’Orient).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent un correspondant embarqué au camp au lendemain de la bataille, tenu au seul savoir du 11 Sextilis 48 av. J.-C. ; l’issue de la guerre et le sort de Pompée y sont laissés ouverts.

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