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Pétain proteste, et n’ordonne rien

Au lendemain de l’entrée de la Wehrmacht en zone sud, le Maréchal a fait diffuser hier une protestation officielle contre la rupture de l’armistice de juin 1940. Aucun ordre de résistance n’a suivi : la voix de la radio de Vichy s’est élevée, les armes sont restées au repos. Seul un général, à Montpellier, a fait mouvement — et il a été arrêté.

Étienne Vasseur 12 novembre 1942 6 min de lecture

Les colonnes allemandes ont franchi hier la ligne de démarcation et roulé vers le sud ; à la tombée du jour, leurs blindés avaient atteint la Méditerranée. La zone dite libre, celle que l’armistice de juin 1940 avait laissée hors de l’occupation directe, a cessé d’exister en quelques heures. Devant cette rupture, le gouvernement de Vichy a parlé. Il n’a fait que parler.

Par la radio, le Maréchal a fait connaître hier une protestation officielle. Vichy y dénonce la violation de l’armistice signé en juin 1940 et conteste solennellement le passage des troupes du Reich en zone sud. Nous rapportons cette prise de position telle qu’elle nous est parvenue, sans pouvoir en garantir mot pour mot la teneur : les versions qui circulent ne concordent pas toutes, et nous nous gardons d’en fixer le texte là où nos sources hésitent.

Ce qui, en revanche, ne souffre aucune incertitude, c’est ce que cette protestation ne contient pas. Aucun appel aux armes. Aucun ordre donné à l’armée d’armistice de s’opposer à l’avance allemande. Aucune consigne de défense des villes, des ports ou des dépôts. La protestation s’arrête à la parole : elle proteste, et elle s’en tient là.

Aussi, sur le terrain, les troupes françaises de la zone sud n’ont pas combattu. Là où les Allemands se sont présentés, ils sont passés. Les garnisons sont demeurées dans leurs casernes, les canons sous leurs bâches. C’est un fait que nous constatons, sans le commenter : entre la protestation diffusée et le silence des armes, il n’y a eu aucun ordre pour faire le pont.

Une exception, une seule, est venue rompre ce mutisme militaire. À Montpellier, le général de Lattre de Tassigny, qui commande la 16e division militaire de la région, aurait donné à ses hommes l’ordre de faire mouvement et de s’opposer au passage allemand. Le geste est resté isolé : nul autre chef de la zone sud ne l’a imité. Le général de Lattre, nous dit-on, a été arrêté pour avoir désobéi aux instructions du gouvernement. Nous rapportons cette nouvelle sous réserve, l’information nous parvenant par bribes en cette journée de confusion.

Ainsi se dessine, ce 12 novembre, le visage de la réponse française. D’un côté, une protestation officielle, portée par la radio, qui maintient au moins en paroles l’existence d’un désaccord. De l’autre, une armée qui n’a pas reçu l’ordre de se battre et qui ne s’est pas battue. Entre les deux, le cas solitaire d’un général qui a fait l’inverse de ce que prescrivait Vichy, et qu’on a mis aux arrêts. Il n’appartient pas à ce journal de juger ces choix ; il lui revient de les constater, et de les distinguer les uns des autres.

Le pays, lui, demeure dans l’attente. Que vaudra une protestation que ne soutient aucune arme ? Quel sort attend l’armée d’armistice désormais privée de la zone qu’elle était censée garder ? Que feront les forces et les bâtiments réunis dans le grand port du sud ? Ces questions, ce matin, restent entières. Nous ne savons pas y répondre, et nous nous garderons d’en inventer la réponse.

Le contexte

L’armistice signé le 22 juin 1940 avait partagé la France en deux : une zone nord occupée par l’Allemagne et une zone sud, dite « libre », laissée à l’administration du gouvernement de Vichy et défendue par une armée d’armistice aux effectifs et à l’armement strictement limités par les vainqueurs.

Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord française, le 8 novembre, a précipité les événements : c’est en réponse à cette opération que le Reich a décidé d’occuper à son tour la zone sud, mettant fin à la fiction d’une moitié du territoire soustraite à l’occupation.

Le gouvernement du Maréchal, installé à Vichy, dispose de la radio comme principal canal officiel pour s’adresser aux Français. C’est par ce moyen qu’a été diffusée la protestation du 11 novembre.

L’armée d’armistice, héritière de la défaite de 1940, n’a jamais reçu pour mission de combattre les forces de l’Axe ; sa subsistance même dépendait du respect des clauses de l’armistice désormais rompu.

État des informations

Nous écrivons au matin du 12 novembre, alors que les colonnes allemandes achèvent leur marche vers le sud. Nous rapportons une protestation officielle datable et l’absence d’ordre de résistance qui l’accompagne, en distinguant ce qui est établi de ce qui demeure incertain. Nous citons la position de Vichy sans l’endosser, et nous nous gardons de prêter au gouvernement des intentions que nous ne pouvons établir.

Ce que l’on sait

  • Le 11 novembre 1942, après l’entrée de la Wehrmacht en zone sud, le gouvernement de Vichy a fait diffuser par la radio une protestation officielle contre la violation de l’armistice de juin 1940.
  • Cette protestation n’a été assortie d’aucun ordre de résistance armée : c’est la seule réponse publique de Vichy à l’invasion de la zone sud.
  • Les troupes françaises de la zone sud n’ont, dans l’ensemble, pas combattu l’avance allemande ; les garnisons sont restées dans leurs casernes.
  • À Montpellier, le général de Lattre de Tassigny a fait exception en ordonnant à ses troupes de s’opposer aux Allemands ; il a été arrêté pour ce motif.

Ce que l’on ignore

  • La teneur exacte, mot pour mot, de la protestation radiodiffusée du Maréchal : les versions rapportées ne concordent pas entièrement.
  • Le sort qui sera réservé à l’armée d’armistice et aux forces stationnées dans le sud, désormais privées de la zone qu’elles gardaient.
  • Les suites de l’arrestation du général de Lattre et l’étendue exacte de l’ordre qu’il aurait donné.

Sources historiques utilisées

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Invasion de la zone libre

Synthèse encyclopédique : faits des 10-12 novembre 1942, réaction de Vichy limitée à des émissions radiophoniques dénonçant la violation de l’armistice, absence d’ordre de résistance, cas isolé du général de Lattre à Montpellier.

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Opération Anton

Déroulé de l’occupation de la zone sud par le Reich (progression des 1re et 7e armées, atteinte de la Méditerranée le 11 novembre), réaction de Vichy, arrestation de de Lattre, occupation italienne de la Côte d’Azur et de la Corse.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — « Les Échos du Passé »

Les formulations « à chaud » de cet article imitent un journal du 12 novembre 1942, écrit sans connaissance de la suite (rien du sabordage de Toulon du 27 n’est anticipé). La protestation radiodiffusée du Maréchal est rapportée comme position publique datable, sans en fixer le verbatim, son texte exact étant incertain selon les sources. Vichy est cité, non endossé.

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