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Le siège s’installe : Suffolk, Talbot, et un anneau de bastilles

Le comte de Salisbury n’est plus. Le commandement anglais passe au comte de Suffolk, que rejoignent Talbot et le sire de Scales. Faute d’hommes pour fermer le cercle, l’ennemi se met à dresser, fort après fort, une ceinture de bastilles autour d’Orléans — un blocus encore plein de trous.

Notre envoyé à Orléans 12 novembre 1428 5 min de lecture
Enluminure du siège d'Orléans — soldats en armure s'affrontant au pied d'une bastille anglaise avec tour cylindrique et palissade.
Anonyme, « Les Vigiles de Charles VII » de Martial d'Auvergne (vers 1484), folio 57 verso — Bibliothèque nationale de France, ms. Français 5054. Domaine public (Wikimedia Commons).

Le chef est tombé, et la guerre n’en finit pas pour autant. Depuis que le comte de Salisbury, frappé au visage à la fenêtre des Tournelles, a été emporté hors du combat, le parti anglais s’est donné un nouveau maître devant nos murs : Guillaume de la Pole, comte de Suffolk, a repris en main les gens d’armes qui nous tiennent assiégés. On le dit secondé par le sire Talbot, capitaine de grand renom, et par messire Thomas, sire de Scales. Le commandement a changé de mains ; le dessein, lui, demeure : réduire Orléans.

Mais réduire une ville comme la nôtre demande des bras que l’ennemi, à ce qu’on voit, n’a pas en nombre suffisant. On les compte par quelques milliers, peut-être davantage avec les renforts venus du côté bourguignon ; c’est beaucoup pour ravager le plat pays, c’est trop peu pour enserrer de toutes parts une cité de cette étendue, baignée par la Loire. Aussi l’Anglais ne peut-il fermer son étreinte tout autour : il y a, dans sa ligne, des brisures par où l’on entre et l’on sort encore.

Pour suppléer au nombre, voici la besogne qu’il a entreprise : bâtir des forts. Sur les hauteurs et aux abords des portes, ses gens dressent des bastilles — ouvrages de bois et de terre, palissadés, garnis d’hommes et de couleuvrines — d’où surveiller les chemins et barrer le ravitaillement. On dit que c’est une douzaine de ces ouvrages dont il veut ceinturer la ville, de proche en proche, jusqu’à l’étouffer. Le travail est commencé, non achevé : la ceinture a des manques, et l’hiver qui vient ne facilitera pas l’ouvrage.

Le gros des troupes ennemies, du reste, ne campe pas seulement sous nos murs. Une part s’est répandue dans les bonnes villes du voisinage — Meung, Beaugency, Jargeau — d’où elle tient la Loire et d’où elle reviendra, sans doute, quand les forts seront en état. C’est dire si le siège, pour l’heure, tient autant du blocus qui se met en place que de l’assaut.

Dans la ville, on jauge cette accalmie pour ce qu’elle est : un répit, non une délivrance. Le gouverneur, messire Raoul de Gaucourt, fait veiller aux portes et garnir les boulevards ; chacun sait qu’à chaque fort qui s’élève, c’est une route de vivres qui se ferme. Combien de temps la place tiendra-t-elle ainsi serrée ? L’ennemi recevra-t-il les renforts qu’on lui prête ? Verra-t-on paraître, du côté du roi de Bourges, l’armée de secours que l’on espère ? Nul, ici, ne saurait le dire.

Le contexte

Les Anglais ont mis le siège devant Orléans dans le courant du mois d’octobre, après avoir pris les places de la Loire en amont et en aval.

Le fort des Tournelles, qui commande le pont au sud, est tombé entre leurs mains : c’est en l’inspectant que le comte de Salisbury fut atteint au visage par un trait d’artillerie tiré de la ville.

Orléans tient pour le parti du dauphin Charles, dit le roi de Bourges ; en face, l’Anglais combat avec l’appui de ses alliés bourguignons.

État des informations

Au 12 novembre 1428, nous tenons pour assurés la mort de Salisbury et la relève de Suffolk, mais ni la date exacte du décès, ni le nombre des assiégeants, ni l’issue du siège ne sont connus : nous nous gardons d’en rien préjuger.

Ce que l’on sait

  • Le comte de Salisbury, frappé au visage à la fenêtre des Tournelles, a été mortellement atteint et l’on tient qu’il est mort depuis, du côté de Meung.
  • Le comte de Suffolk, Guillaume de la Pole, a repris le commandement des assiégeants ; on le dit appuyé par le sire Talbot et le sire de Scales.
  • Les Anglais édifient des bastilles autour de la ville et répartissent une part de leurs forces dans les villes voisines (Meung, Beaugency, Jargeau).

Ce que l’on ignore

  • Le jour exact de la mort de Salisbury : on le dit frappé le 24 ou le 27 octobre et trépassé à Meung peu après, sans que l’on s’accorde sur la date.
  • Le nombre précis des assiégeants : on parle de quelques milliers d’hommes, chiffre incertain et sans doute grossi dans les bouches.
  • Le nombre final de bastilles et le moment où la ceinture sera close : l’ouvrage est en cours, le cercle n’est pas fermé.
  • Combien de temps la ville pourra tenir, et si des renforts — anglais d’un côté, secours du roi de Bourges de l’autre — viendront peser sur le siège.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

6 commentaires
VieilleLance 12 novembre 1428, au matin

Voilà l’aveu qu’ils ne sont pas assez nombreux : on n’élève des forts que faute de bras pour fermer le cercle. Une douzaine de bastilles autour d’une ville de cette étendue, avec quelques milliers d’hommes ? Le cercle aura des trous tout l’hiver. Qui sait s’en servir passera.

👍 77 · 🚩 1
PourLeGentilDauphin 12 novembre 1428, à midi

Bien parlé. Tant que la porte de Bourgogne, à l’est, n’a pas sa bastille, on entre et on sort. Qu’on en profite pour rentrer des vivres pendant qu’il en est temps.

👍 41 · 🚩 0
AuPrixDuBoisseau 12 novembre 1428, à midi

À chaque fort qui s’élève, c’est une route de blé qui se ferme, l’article le dit et je le sens à mon panier. On parle d’un répit ; moi je compte les jours de farine qui restent au coffre, et ils ne sont pas nombreux.

👍 64 · 🚩 2
MarionDeLaTourNeuve 12 novembre 1428, à vêpres

Ils bâtissent, bâtissent, et le froid vient. Dieu défera leurs bastilles comme il a défait leur Salisbury. Ayez foi, gens d’Orléans !

👍 48 · 🚩 3
MaistreEnDivinité 13 novembre 1428, au matin

Talbot et Scales avec Suffolk : ce ne sont pas des noms de rien. On aurait tort de prendre l’accalmie pour la délivrance. La question n’est pas qui commande en face, mais qui, du roi de Bourges, songe à nous secourir. J’attends d’en voir l’armée, pas d’en entendre la promesse.

👍 55 · 🚩 4
PourLeGentilDauphin 13 novembre 1428, à midi

Le secours viendra. Monseigneur le dauphin ne laissera pas tomber le verrou de son royaume. Tenez bon, on ne nous abandonne pas.

👍 59 · 🚩 8

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