Les Anglais s’en vont : le siège d’Orléans est levé
Ce dimanche, l’armée anglaise est sortie de ses bastilles, s’est rangée en bataille devant la ville, puis s’est retirée sans livrer combat. La veille, le fort des Tourelles était tombé. Après près de sept mois, Orléans est délivrée.
Orléans est libre de son siège. Ce dimanche 8 mai, au matin, les capitaines anglais ont fait sortir leurs gens des bastilles qu’ils tenaient depuis l’automne sur la rive nord, du côté de Saint-Laurent. L’armée s’est rangée en ordre de bataille dans les champs, devant la ville. Les gens du roi de Bourges sont sortis à leur tour et se sont alignés face à elle. Mais l’affrontement attendu n’a pas eu lieu : après s’être tenus quelque temps en présence, les Anglais ont rompu leurs rangs et pris le chemin du retrait, sans qu’on en vienne aux mains.
On rapporte que la Pucelle a défendu qu’on les poursuivît, parce que c’était jour du Seigneur. Les Anglais se sont éloignés vers leurs places de la Loire, du côté de Meung, de Beaugency et de Jargeau, qu’ils tiennent encore. Leurs bastilles, déjà démantelées par eux avant de partir, ne barrent plus la ville. Les vivres peuvent désormais entrer librement.
Ce départ couronne une journée décisive : celle d’hier, samedi 7 mai, qui a vu tomber le fort des Tourelles, la dernière et la plus forte des positions anglaises au sud de la Loire, à la tête du pont.
L’assaut avait commencé dès le point du jour, après la messe. On rapporte que la Pucelle fut blessée tôt dans l’action, atteinte à l’épaule par un trait — les uns disent un carreau d’arbalète. Le bruit de sa mort courut un moment dans les rangs et y jeta le découragement. Mais elle reparut, la blessure pansée, et l’on dit qu’elle revint d’elle-même mener l’assaut, ce qui ranima les assaillants.
Sur le soir, après une journée d’efforts acharnés des deux rives, la défense anglaise céda. Le capitaine qui tenait les Tourelles, William Glasdale — que beaucoup ici nomment Glacidas —, tomba dans la Loire au moment où la place était forcée, et s’y noya. Le fort, déjà la proie des flammes, fut emporté. La tête du pont reprise, plus rien ne retenait Orléans assiégée.
Voilà donc le siège levé, après près de sept mois. Les Anglais étaient venus mettre le blocus devant la ville à l’automne dernier, après la prise des places voisines. Leur premier chef, le comte de Salisbury, frappé à une fenêtre des Tourelles dès les premiers jours, est mort peu après de sa blessure. Aujourd’hui, ses successeurs s’en retournent. Dans la ville délivrée, on sonne les cloches et l’on rend grâces.
Ce que sera la suite de la guerre, nul ne saurait le dire. Les Anglais demeurent maîtres de plusieurs places sur la Loire, et leurs alliés bourguignons tiennent une large part du royaume. Mais pour aujourd’hui, Orléans respire : la ville que beaucoup tenaient pour perdue n’est plus assiégée.
Les lecteurs réagissent
Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.
ILS S’EN VONT !! Les cloches sonnent à toute volée et je pleure comme une fontaine ! La ville que tous tenaient pour perdue est délivrée ! Je l’avais dit, je l’avais dit : Dieu nous l’avait envoyée. Te Deum laudamus !
Vous l’aviez dit, c’est vrai, et je vous l’accorde de tout cœur — je ne suis pas de ceux qui ravalent leurs paroles. Éprouver n’était pas refuser de croire ; c’était attendre les fruits. Les fruits sont là. Je me réjouis avec vous, et je rends grâce.
Rangés en bataille dans les champs, et repartis sans oser donner ! Les voilà, les fiers Anglais, filant vers Meung et Beaugency. Salisbury mort sous nos murs, Glasdale noyé dans la Loire, et le reste en fuite. Sept mois de siège balayés. Qu’on s’en souvienne longtemps.
Le pont va rouvrir, les vivres vont entrer librement, mes enfants mangeront à leur faim. Je n’ai pas de grands mots, moi : je dis merci à la Pucelle, merci aux capitaines, merci à Dieu, et j’allume un cierge pour chacun d’eux ce soir.
Je serai franc, moi qui doutais : je me suis trompé. Elle a été blessée d’un carreau à l’épaule au matin des Tourelles, le bruit de sa mort a couru, et elle est revenue d’elle-même mener l’assaut. Ça, c’est du courage, et le courage j’y connais quelque chose. Chapeau bas à la fille.
Il en aura fallu, du temps, pour te l’entendre dire ! Mais je te sais gré de le dire quand même. On avait besoin de tes bras autant que de sa bannière.
Et elle a défendu qu’on les poursuive parce que c’était dimanche, le jour du Seigneur. Voilà comme elle est : la victoire dans une main, la messe dans l’autre. Sainte fille d’Orléans, priez pour nous.
Encore rayé. On fête donc ici la vérité comme on fête tout : à condition qu’elle plaise.
Encore rayé. On fête donc ici la vérité comme on fête tout : à condition qu’elle plaise.
Un mot pour tempérer la liesse, non pour la gâter : l’article le dit sagement, les Anglais tiennent encore Meung, Beaugency, Jargeau, et les Bourguignons une large part du royaume. Orléans respire ; la guerre, elle, n’est pas finie. Réjouissons-nous ce soir, et remettons-nous à l’ouvrage demain.