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Les Anglais s’en vont : le siège d’Orléans est levé

Ce dimanche, l’armée anglaise est sortie de ses bastilles, s’est rangée en bataille devant la ville, puis s’est retirée sans livrer combat. La veille, le fort des Tourelles était tombé. Après près de sept mois, Orléans est délivrée.

Notre envoyé à Orléans 8 mai 1429 5 min de lecture
Enluminure médiévale : les troupes françaises lèvent le siège d'Orléans en mai 1429, assaut de la ville et déroute des Anglais.
Anonyme, « Prise d'Orléans » (1429), Vigiles de Charles VII de Martial d'Auvergne, fol. 57v, vers 1484, Bibliothèque nationale de France (ms. Français 5054) — Domaine public (Wikimedia Commons).

Orléans est libre de son siège. Ce dimanche 8 mai, au matin, les capitaines anglais ont fait sortir leurs gens des bastilles qu’ils tenaient depuis l’automne sur la rive nord, du côté de Saint-Laurent. L’armée s’est rangée en ordre de bataille dans les champs, devant la ville. Les gens du roi de Bourges sont sortis à leur tour et se sont alignés face à elle. Mais l’affrontement attendu n’a pas eu lieu : après s’être tenus quelque temps en présence, les Anglais ont rompu leurs rangs et pris le chemin du retrait, sans qu’on en vienne aux mains.

On rapporte que la Pucelle a défendu qu’on les poursuivît, parce que c’était jour du Seigneur. Les Anglais se sont éloignés vers leurs places de la Loire, du côté de Meung, de Beaugency et de Jargeau, qu’ils tiennent encore. Leurs bastilles, déjà démantelées par eux avant de partir, ne barrent plus la ville. Les vivres peuvent désormais entrer librement.

Ce départ couronne une journée décisive : celle d’hier, samedi 7 mai, qui a vu tomber le fort des Tourelles, la dernière et la plus forte des positions anglaises au sud de la Loire, à la tête du pont.

L’assaut avait commencé dès le point du jour, après la messe. On rapporte que la Pucelle fut blessée tôt dans l’action, atteinte à l’épaule par un trait — les uns disent un carreau d’arbalète. Le bruit de sa mort courut un moment dans les rangs et y jeta le découragement. Mais elle reparut, la blessure pansée, et l’on dit qu’elle revint d’elle-même mener l’assaut, ce qui ranima les assaillants.

Sur le soir, après une journée d’efforts acharnés des deux rives, la défense anglaise céda. Le capitaine qui tenait les Tourelles, William Glasdale — que beaucoup ici nomment Glacidas —, tomba dans la Loire au moment où la place était forcée, et s’y noya. Le fort, déjà la proie des flammes, fut emporté. La tête du pont reprise, plus rien ne retenait Orléans assiégée.

Voilà donc le siège levé, après près de sept mois. Les Anglais étaient venus mettre le blocus devant la ville à l’automne dernier, après la prise des places voisines. Leur premier chef, le comte de Salisbury, frappé à une fenêtre des Tourelles dès les premiers jours, est mort peu après de sa blessure. Aujourd’hui, ses successeurs s’en retournent. Dans la ville délivrée, on sonne les cloches et l’on rend grâces.

Ce que sera la suite de la guerre, nul ne saurait le dire. Les Anglais demeurent maîtres de plusieurs places sur la Loire, et leurs alliés bourguignons tiennent une large part du royaume. Mais pour aujourd’hui, Orléans respire : la ville que beaucoup tenaient pour perdue n’est plus assiégée.

Le contexte

Le siège durait depuis l’automne dernier : les Anglais avaient mis le blocus devant Orléans en octobre 1428, après s’être emparés des places de la Loire en amont.

Le comte de Salisbury, premier commandant du siège, fut frappé à une fenêtre des Tourelles dans les tout premiers jours et mourut peu après de sa blessure.

La Pucelle, cette fille venue de Lorraine, était entrée dans Orléans à la fin d’avril avec un convoi de vivres, envoyée par la cour du roi de Bourges. Le commandement des gens d’armes restait tenu par les capitaines — le bâtard d’Orléans, Gaucourt, La Hire, Xaintrailles.

Les Tourelles, fort posté à la tête du pont sur la rive sud, étaient la position anglaise la plus forte au midi de la Loire.

État des informations

Au 8 mai 1429, nous tenons pour sûr le départ des Anglais et la délivrance de la ville ; nous ne préjugeons en rien de la suite de la guerre, ni du sort des places que l’ennemi tient encore sur la Loire.

Ce que l’on sait

  • Ce dimanche 8 mai, l’armée anglaise est sortie de ses bastilles, s’est rangée en bataille devant la ville, puis s’est retirée sans combattre, vers Meung, Beaugency et Jargeau.
  • La veille, samedi 7 mai, le fort des Tourelles, à la tête du pont, est tombé après un assaut d’une journée.
  • Le capitaine anglais des Tourelles, William Glasdale, est tombé dans la Loire et s’y est noyé au moment de la prise du fort.
  • Le siège durait depuis l’automne 1428, soit près de sept mois.

Ce que l’on ignore

  • Si les Anglais reviendront mettre le siège, et ce que deviendra la guerre, demeure inconnu.
  • La part exacte qu’a tenue la Pucelle dans la conduite de l’assaut — meneuse effective ou surtout ressort du moral des troupes — reste discutée parmi ceux qui y étaient.
  • Le compte exact des morts et des pertes de part et d’autre n’est pas établi.

Sources historiques utilisées

secondary

Jeanne d’Arc — Wikipédia

Origine, départ de Vaucouleurs, réception à Chinon, examen de Poitiers, présence au siège d’Orléans.

primary

Journal du siège d’Orléans

Chronique au jour le jour du siège, côté assiégé ; témoignage partial et de rédaction un peu postérieure, à manier avec prudence.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

11 commentaires
MarionDeLaTourNeuve 8 mai 1429, au matin

ILS S’EN VONT !! Les cloches sonnent à toute volée et je pleure comme une fontaine ! La ville que tous tenaient pour perdue est délivrée ! Je l’avais dit, je l’avais dit : Dieu nous l’avait envoyée. Te Deum laudamus !

👍 156 · 🚩 3
MaistreEnDivinité 8 mai 1429, à midi

Vous l’aviez dit, c’est vrai, et je vous l’accorde de tout cœur — je ne suis pas de ceux qui ravalent leurs paroles. Éprouver n’était pas refuser de croire ; c’était attendre les fruits. Les fruits sont là. Je me réjouis avec vous, et je rends grâce.

👍 88 · 🚩 2
PourLeGentilDauphin 8 mai 1429, à midi

Rangés en bataille dans les champs, et repartis sans oser donner ! Les voilà, les fiers Anglais, filant vers Meung et Beaugency. Salisbury mort sous nos murs, Glasdale noyé dans la Loire, et le reste en fuite. Sept mois de siège balayés. Qu’on s’en souvienne longtemps.

👍 121 · 🚩 2
AuPrixDuBoisseau 8 mai 1429, à vêpres

Le pont va rouvrir, les vivres vont entrer librement, mes enfants mangeront à leur faim. Je n’ai pas de grands mots, moi : je dis merci à la Pucelle, merci aux capitaines, merci à Dieu, et j’allume un cierge pour chacun d’eux ce soir.

👍 94 · 🚩 1
VieilleLance 8 mai 1429, à vêpres

Je serai franc, moi qui doutais : je me suis trompé. Elle a été blessée d’un carreau à l’épaule au matin des Tourelles, le bruit de sa mort a couru, et elle est revenue d’elle-même mener l’assaut. Ça, c’est du courage, et le courage j’y connais quelque chose. Chapeau bas à la fille.

👍 108 · 🚩 3
PourLeGentilDauphin 8 mai 1429, à la nuit

Il en aura fallu, du temps, pour te l’entendre dire ! Mais je te sais gré de le dire quand même. On avait besoin de tes bras autant que de sa bannière.

👍 52 · 🚩 1
MarionDeLaTourNeuve 8 mai 1429, à la nuit

Et elle a défendu qu’on les poursuive parce que c’était dimanche, le jour du Seigneur. Voilà comme elle est : la victoire dans une main, la messe dans l’autre. Sainte fille d’Orléans, priez pour nous.

👍 87 · 🚩 4
AmiDeLaPaix 9 mai 1429, au matin

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AmiDeLaPaix 9 mai 1429, à midi

Encore rayé. On fête donc ici la vérité comme on fête tout : à condition qu’elle plaise.

👍 3 · 🚩 47
AmiDeLaPaix 9 mai 1429, à vêpres

Encore rayé. On fête donc ici la vérité comme on fête tout : à condition qu’elle plaise.

👍 1 · 🚩 20
MaistreEnDivinité 9 mai 1429, à la nuit

Un mot pour tempérer la liesse, non pour la gâter : l’article le dit sagement, les Anglais tiennent encore Meung, Beaugency, Jargeau, et les Bourguignons une large part du royaume. Orléans respire ; la guerre, elle, n’est pas finie. Réjouissons-nous ce soir, et remettons-nous à l’ouvrage demain.

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