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Le comte de Salisbury frappé d’un coup parti de la ville

Maîtres depuis quelques jours du fort des Tourelles, à la tête du pont, les Anglais y ont perdu leur chef. À une fenêtre de la forteresse conquise, Thomas Montagu, comte de Salisbury, a été atteint au visage par un tir venu d’Orléans. On le dit perdu.

Notre envoyé à Orléans 30 octobre 1428 4 min de lecture
Enluminure du siège d'Orléans : un canon (bombarde) tire depuis la ville, soldats aux remparts.
Martial d'Auvergne, « Vigiles de Charles VII », fol. 53r — Siège d'Orléans (1428), BnF, Manuscrit Français 5054 (vers 1484). Domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle court la ville et l’on n’ose encore y croire tout à fait : le comte de Salisbury, qui mène les Anglais devant Orléans depuis qu’ils sont parus sous nos murs, aurait été frappé à mort. Le coup serait parti de la ville même, et l’aurait atteint au plus mauvais endroit — au visage —, alors qu’il regardait notre cité depuis une fenêtre des Tourelles, cette forteresse de la tête du pont dont les siens venaient de se rendre maîtres.

Rappelons les faits, autant qu’on les tient pour sûrs. Les gens du parti anglais et bourguignon ont poussé leur assaut contre le boulevard et les tours qui commandent l’entrée du pont, au midi de la Loire. Après plusieurs jours d’efforts, nos capitaines ont jugé la position des Tourelles intenable et l’ont fait évacuer ; on a même rompu une arche du pont, derrière, pour que l’ennemi ne pût s’en servir comme d’un passage vers la ville. Les Anglais y sont donc entrés, mais sur des décombres, et la Loire les sépare toujours de nous.

C’est là, dans cette place à peine prise, que le malheur les a trouvés. À ce qu’on rapporte, le comte montait observer Orléans depuis une croisée des Tourelles quand un tir lâché de notre côté — de la tour qui regarde le pont — vint l’atteindre. On parle d’un boulet, ou d’un éclat de pierre arraché à l’embrasure par le coup ; les récits ne s’accordent pas. Tous disent en revanche que le visage du comte fut emporté, et qu’on le releva baigné de sang, sans connaissance.

Depuis, les bruits se croisent et se contredisent. Les uns assurent qu’il a déjà rendu l’âme, à Meung, où on l’aurait porté pour le soigner loin du siège ; les autres le disent encore vivant, mais à toute extrémité, le mal s’étant mis dans la plaie. Du jour même de sa fin, si fin il y a, on n’a rien de certain : tel le tient pour mort sitôt après le coup, tel autre lui accorde encore quelques jours. Nous ne savons.

Une chose est sûre, et de bon augure pour la ville : ce Salisbury était l’âme de l’entreprise anglaise. C’est lui qui avait conduit la prise des places de la Loire et amené ses gens jusqu’ici. Le perdre, à peine le siège entamé, n’est pas une petite affaire pour le parti d’en face. Qui le remplacera dans la conduite des opérations, nul ne le sait encore avec assurance ; on prononce le nom du comte de Suffolk, mais rien n’est arrêté que l’on sache.

On murmure déjà, dans Orléans, qu’il y a là un signe. Le chef ennemi abattu d’un trait venu de nos murs, comme par une main qui n’était pas tout à fait celle d’un homme : chacun en tire l’augure qui lui plaît. La place tient, c’est l’essentiel ; et l’ennemi, ce matin, est sans tête.

Le contexte

Les Anglais ont paru devant Orléans à la mi-octobre, après s’être emparés des villes et châteaux de la Loire qui couvrent la ville en amont et en aval.

Les Tourelles commandent l’entrée méridionale du pont sur la Loire : qui les tient menace l’accès direct à la ville depuis le sud.

Le comte de Salisbury, Thomas Montagu, passait pour le plus aguerri des capitaines anglais et conduisait le siège depuis son commencement.

État des informations

Au 30 octobre 1428, nous tenons pour sûr que Salisbury a été frappé d’un tir venu de la ville et qu’on le donne pour mort ou mourant ; mais le jour de sa blessure comme celui de sa mort restent incertains, et nous nous gardons d’en fixer aucun.

Ce que l’on sait

  • Les Anglais se sont rendus maîtres du fort des Tourelles, à la tête du pont, vers le 23-24 octobre, après en avoir chassé ou fait évacuer la garnison orléanaise.
  • Une arche du pont, derrière les Tourelles, a été rompue du côté de la ville pour empêcher l’ennemi de s’en servir.
  • Le comte de Salisbury a été grièvement atteint au visage par un tir parti d’Orléans alors qu’il observait la ville depuis une fenêtre des Tourelles.

Ce que l’on ignore

  • Le jour exact où le comte a été frappé : on cite le 24, certains le 27 octobre.
  • S’il est déjà mort à l’heure où nous écrivons : les uns le donnent pour trépassé, d’autres le disent encore vivant mais à l’agonie.
  • Le jour précis de sa mort, s’il est mort : du 27 octobre au 3 novembre, les bruits diffèrent.
  • Qui prendra désormais la conduite du siège du côté anglais.

Sources historiques utilisées

primary

Journal du siège d’Orléans

Chronique au jour le jour du siège, côté assiégé ; témoignage partial et de rédaction un peu postérieure, à manier avec prudence.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

8 commentaires
MarionDeLaTourNeuve 30 octobre 1428, au matin

Le chef ennemi abattu d’un trait parti de nos murs, à la fenêtre même qu’il venait de nous prendre ! Qui ne verrait là un signe ? Dieu regarde Orléans, je vous le dis.

👍 118 · 🚩 4
MaistreEnDivinité 30 octobre 1428, au matin

Un boulet bien tiré n’est pas un miracle, ma bonne dame, c’est de la bonne artillerie. Rendons grâce à Dieu, soit, mais aussi au canonnier de la tour. Et le comte n’est peut-être pas encore mort qu’on l’enterre déjà.

👍 52 · 🚩 18
PourLeGentilDauphin 30 octobre 1428, à midi

Signe ou boulet, l’Anglais est sans tête ce matin et c’est tout ce que je veux savoir. Un chef de moins pour venir affamer nos enfants.

👍 74 · 🚩 2
VieilleLance 30 octobre 1428, au matin

On dit que le coup serait parti pendant qu’un enfant avait mis le feu à la pièce, les servants étant sortis. Vrai ou faux, je n’en sais rien. Mais un capitaine qui monte se montrer à une croisée en pays assiégé, il cherche le carreau. Il l’a trouvé.

👍 63 · 🚩 1
AuPrixDuBoisseau 30 octobre 1428, à midi

Qu’on ne se réjouisse pas trop fort. Ils ont les Tourelles, ils ont le pont, et un autre viendra prendre la place du mort. Le boisseau de fèves a encore monté au marché ce matin. Voilà ma nouvelle à moi.

👍 57 · 🚩 3
PourLeGentilDauphin 30 octobre 1428, à vêpres

On nomme déjà Suffolk pour le remplacer. Qu’ils en changent tant qu’ils voudront : chacun trouvera son carreau sous nos murs. La ville tient.

👍 69 · 🚩 2
AmiDeLaPaix 30 octobre 1428, à vêpres

Se réjouir de la mort d’un homme d’armes de renom, fût-il anglais, ne me paraît guère chrétien. Ce Montagu était un vaillant capitaine. La paix vaudrait mieux que ces liesses de sang.

👍 6 · 🚩 39
PourLeGentilDauphin 30 octobre 1428, à la nuit

Vous plaignez le vaillant capitaine qui venait raser nos faubourgs. On sait de quel côté penche votre « paix », l’ami. Rentrez chez vous avant qu’on vous y aide.

👍 84 · 🚩 3

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