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Saint-Loup enlevée : la première bastille tombe

Le gros de l'armée de secours est entré dans la ville hier ; le même jour, vers midi, les gens du roi de Bourges ont donné l'assaut à la bastille Saint-Loup, à l'orient, et l'ont emportée. Pour la première fois depuis l'automne, une position anglaise est tombée. La prudence reste de mise : ce n'est qu'un fort sur une douzaine.

Notre envoyé à Orléans 5 mai 1429 5 min de lecture
Enluminure du XVe siècle figurant l'assaut d'une place forte : tour de pierre prise d'assaut, défenseurs aux créneaux, assaillants à l'arbalète et à la pique au pied des remparts.
Enluminure du XVe siècle (Les Vigiles de Charles VII, BnF, ms. Français 5054, fol. 78 v°, vers 1484) figurant l'assaut d'une place forte. Domaine public (Wikimedia Commons).

Orléans a connu hier une de ces journées dont on parlera longtemps sur les remparts. Au matin, le gros de l'armée de secours rassemblée par le Bâtard d'Orléans est entré dans la ville, descendue de la Beauce et grossie des renforts venus de Montargis et de Gien. Les vivres et les hommes que l'on attendait depuis des semaines sont passés, et l'on dit que les Anglais, postés sur la rive nord, ont jugé le convoi trop fort pour l'inquiéter et l'ont laissé entrer sans coup férir.

L'élan ne s'est pas arrêté là. Sur le coup de midi, le Bâtard et les capitaines ont résolu de frapper du côté de l'orient, là où la ceinture anglaise est la plus mince. Leur objet : la bastille Saint-Loup, qui ferme l'approche de la Loire par l'est et gêne le passage des convois. Plusieurs centaines d'hommes d'armes ont marché sur le fort, où tenait garnison une troupe anglaise que l'on dit de quelques centaines de combattants.

L'affaire fut chaude et dura plusieurs heures. La garnison se défendit derrière ses retranchements, mais les assaillants, plus nombreux, finirent par forcer la place. Quand le bruit en parvint au camp de Talbot, qui avait fait mine de sortir par le nord pour soulager les siens, le capitaine anglais renonça à pousser plus avant et se retira. Au soir, Saint-Loup était aux mains du parti du roi de Bourges, la première des bastilles à tomber depuis le début du siège.

On compte côté anglais plusieurs morts et un nombre de prisonniers ; les chiffres qui courent en ville varient d'une bouche à l'autre et l'on s'en tiendra à la prudence. On rapporte que des défenseurs, réfugiés dans les ruines d'une église voisine, ont eu la vie sauve : à ce qu'on dit, la Pucelle aurait demandé qu'on les épargnât.

Car la fille venue de Lorraine était de la fête, et c'est là le récit que toute la ville se répète ce matin. À ce qu'on rapporte, elle ne savait rien de l'assaut et reposait quand son page la réveilla en sursaut ; elle aurait aussitôt couru au-devant, son étendard à la main, et sa venue aurait redonné cœur aux combattants. Faut-il y voir la main d'une meneuse de guerre ou le ressort d'un moral qu'elle échauffe ? Les capitaines, eux, tiennent fermement le commandement : le Bâtard, Gaucourt qui garde la ville, La Hire et Xaintrailles conduisent les hommes. La part exacte de la Pucelle dans la décision, nul ici ne saurait la trancher.

Il convient de ne pas se griser. Saint-Loup n'est qu'un fort parmi la douzaine de bastilles dont les Anglais et leurs alliés bourguignons ont entouré Orléans. Les Tourelles, sur la rive sud, et les ouvrages de l'occident tiennent toujours, et avec eux les capitaines Glasdale, Scales et Suffolk. La ville respire mieux ce matin qu'hier ; elle n'est pas délivrée pour autant. Rien n'est joué.

Le contexte

Orléans est assiégée depuis l'automne dernier par les Anglais et leurs alliés bourguignons, qui ont dressé autour de la ville une ceinture de bastilles et de boulevards.

Le comte de Salisbury, qui dirigeait le siège, a été frappé d'un coup au visage à la fenêtre des Tourelles dès les premiers jours ; on le dit mort depuis, à Meung, sans que la date en soit certaine.

La Pucelle, la fille venue de Lorraine, est entrée dans Orléans il y a quelques jours, conduite par le Bâtard d'Orléans, porteuse, dit-elle, d'une mission au nom du roi de Bourges.

La défense est tenue par le Bâtard d'Orléans, par Raoul de Gaucourt, gouverneur de la place, et par les capitaines La Hire et Poton de Xaintrailles.

État des informations

Écrit au matin du 5 mai 1429, à chaud, sur la foi de témoins encore essoufflés : nous tenons pour sûre la prise de Saint-Loup, mais gardons la mesure sur les chiffres et ne préjugeons en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • Le gros de l'armée de secours est entré dans Orléans au matin du 4 mai, sans que les Anglais s'y opposent.
  • La bastille Saint-Loup, à l'orient de la ville, a été prise d'assaut le même jour, vers midi, et emportée au terme de plusieurs heures de combat.
  • C'est la première position anglaise enlevée depuis le début du siège.
  • Le commandement de l'opération est tenu par le Bâtard d'Orléans et les capitaines.

Ce que l’on ignore

  • Le décompte exact des morts et des prisonniers anglais : les chiffres rapportés varient et ne sont pas vérifiables.
  • La part réelle de la Pucelle dans la conduite de l'assaut : meneuse tactique ou ressort de moral ? Nul ne saurait le trancher.
  • La date et le lieu précis de la mort de Salisbury, frappé aux Tourelles : on le dit mort, à Meung, sans certitude.
  • La suite des opérations et l'issue du siège, encore entière.

Sources historiques utilisées

secondary

Jeanne d’Arc — Wikipédia

Origine, départ de Vaucouleurs, réception à Chinon, examen de Poitiers, présence au siège d’Orléans.

primary

Journal du siège d’Orléans

Chronique au jour le jour du siège, côté assiégé ; témoignage partial et de rédaction un peu postérieure, à manier avec prudence.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

Les lecteurs réagissent

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Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

5 commentaires
PourLeGentilDauphin 5 mai 1429, au matin

La première bastille tombée depuis l’automne ! Saint-Loup est à nous, et Talbot qui voulait sortir a rentré ses cornes. Sept mois qu’on attendait de voir plier une seule de leurs positions. Ce matin, on a plié la leur. Enfin !

👍 113 · 🚩 2
VieilleLance 5 mai 1429, à midi

Un fort sur la douzaine, ne l’oublions pas, et pas le plus dur. Les Tourelles tiennent, et avec elles Glasdale, Scales, Suffolk. C’était bien mené, je le dis franchement : on a frappé à l’orient là où la ceinture était la plus mince. Mais rien n’est joué.

👍 66 · 🚩 3
MarionDeLaTourNeuve 5 mai 1429, à midi

On dit qu’elle dormait, que son page l’a réveillée en sursaut, et qu’elle a couru à l’assaut son étendard à la main, et que les cœurs se sont relevés à sa venue ! Et qu’elle a fait épargner les Anglais réfugiés dans l’église. Voilà la sainte que le Ciel nous envoie.

👍 91 · 🚩 5
MaistreEnDivinité 5 mai 1429, à vêpres

Qu’elle ait demandé grâce pour des vaincus, cela, je le loue de bon cœur : c’est chrétien, et rare à la guerre. Sur le reste, l’article est honnête : la part qu’elle a prise à la décision, nul ne saurait la trancher. Attribuons à Dieu ce qui est à Dieu, et aux capitaines ce qui est aux capitaines.

👍 52 · 🚩 8
AuPrixDuBoisseau 5 mai 1429, à vêpres

Le gros de l’armée est entré au matin, les vivres avec. Une bastille prise, le ventre un peu moins creux : voilà deux bonnes nouvelles en un jour, on n’en avait pas eu deux en six mois. Je rallume l’âtre ce soir.

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