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La journée des Harengs : l’échec devant un convoi de carême

L’armée de secours du roi de Bourges a tenté d’intercepter, près de Rouvray en Beauce, un grand convoi de vivres que les Anglais menaient vers le camp d’Orléans. La rencontre a tourné au désastre : plusieurs centaines de morts dans nos rangs, le Bâtard d’Orléans blessé, le chef des Écossais tué. Dans la ville assiégée, les nouvelles sont accablantes.

Notre bureau de la cour 18 février 1429 5 min de lecture
Enluminure médiévale représentant la bataille de Rouvray : cavaliers en armure autour de chariots chargés de tonneaux, armes jonchant le sol.
Anonyme, « Bataille de Rouvray-Saint-Denis » (dit « Journée des Harengs »), dans Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, folio 53v, vers 1484, BnF ms. Français 5054 — Domaine public (Wikimedia Commons).

Les dépêches qui remontent de Beauce jusqu’à Orléans et jusqu’à la cour, depuis quelques jours, disent toutes la même chose, et c’est une nouvelle amère. Le dimanche 12 de ce mois de février, l’armée que le roi de Bourges avait fait sortir pour secourir les assiégés s’est jetée sur un grand convoi anglais du côté de Rouvray, en pleine campagne de la Beauce, à quelques lieues au nord d’Orléans. Elle en est revenue rompue, laissant sur le terrain plusieurs centaines des siens.

Le convoi, on le savait depuis plusieurs jours, montait de Chartres vers le camp qui tient Orléans investie. On parle de quelque trois cents chariots, chargés de vivres pour le ravitaillement des gens du siège, et notamment de harengs et de poisson salé, dont les Anglais ont grand besoin pour les jours maigres du carême qui approche. C’est cette cargaison qui a déjà fait nommer la rencontre, dans la bouche des soldats, « la journée des Harengs ». L’escorte, forte d’environ quinze cents hommes selon ce qui se rapporte, était commandée par le chevalier anglais Jean Fastolf, assisté du prévôt de Paris, Simon Morhier, gagné au parti anglo-bourguignon.

Du côté du roi de Bourges, l’ost était de loin le plus nombreux : on l’évalue à plusieurs milliers d’hommes, Français et Écossais mêlés. S’y trouvaient le comte de Clermont, Charles de Bourbon, le Bâtard d’Orléans que l’on nomme ici Dunois, le chef des Écossais Jean Stuart de Darnley, ainsi que les capitaines La Hire et Poton de Xaintrailles, des routiers aguerris. Avec un tel avantage de nombre, on tenait pour assuré, dans nos rangs, que le convoi serait pris et le camp anglais privé de pain et de poisson au plus dur de l’hiver.

Il n’en a rien été. Surpris en rase campagne, les Anglais ont eu le temps de ranger leurs chariots en cercle et d’en faire une enceinte hérissée de pieux fichés en terre, contre quoi la cavalerie ne pouvait charger sans s’éventrer. Les nôtres, à ce qu’on rapporte, avaient d’abord l’avantage en harcelant cette barricade à distance ; mais l’assaut, mal concerté, s’est lancé trop tôt et en désordre, et l’effet de surprise s’est perdu. Les Écossais de Darnley, dit-on, mirent pied à terre et se portèrent en avant sans attendre, tandis que d’autres voulaient combattre à cheval : la querelle des chefs sur la manière de donner aura coûté cher.

Quand les Anglais, voyant le flottement, sortirent de leur cercle pour charger à leur tour, la déroute fut rapide. On compte parmi les nôtres de l’ordre de cinq à six cents tués, ce qui est lourd. Jean Stuart de Darnley, qui menait les Écossais, est resté sur le champ, et avec lui plusieurs capitaines, dont, à ce qu’on assure, le sire Guillaume d’Albret. Le Bâtard d’Orléans lui-même, blessé dès le premier choc, n’a été tiré de la mêlée qu’à grand-peine et a regagné Orléans en mauvais état. Le comte de Clermont, lui, n’aurait pas donné, et son armée s’est dispersée.

Dans la ville investie, l’effet de ces nouvelles est pesant. Ce secours-là, on l’attendait comme une délivrance ; il a tourné à l’humiliation. Les vivres que l’on voulait enlever aux assiégeants leur parviendront, et les assiégés se retrouvent seuls, leur principal capitaine blessé et leur armée des champs dissoute. Beaucoup, ici, ne cachent plus leur découragement, et l’on entend dire que la place est perdue. Ce que l’hiver et le printemps réservent, nul ne le sait ; mais au lendemain de Rouvray, l’horizon paraît bien sombre derrière les murailles d’Orléans.

Le contexte

Orléans est assiégée par les Anglais et leurs alliés bourguignons depuis l’automne dernier ; la ville tient encore, mais les vivres et les renforts y entrent difficilement.

Le comte de Salisbury, qui menait le siège, a été frappé d’un coup à la fenêtre des Tourelles en octobre et l’on dit qu’il en est mort depuis ; le commandement anglais est passé à d’autres capitaines.

Le carême approchant, le poisson salé et les harengs deviennent un ravitaillement de première importance pour les armées, qui doivent s’abstenir de viande durant les jours maigres.

Le « roi de Bourges » désigne le dauphin Charles, dont le parti tient le centre et le sud du royaume face aux Anglais et aux Bourguignons.

État des informations

Édition du 18 février 1429 : nous rapportons l’échec de Rouvray d’après les dépêches qui remontent de Beauce, en distinguant ce qui est tenu pour sûr de ce qui n’est encore que rapporté ; les chiffres restent approximatifs et nous ne préjugeons en rien de la suite du siège.

Ce que l’on sait

  • Une rencontre a eu lieu le 12 février près de Rouvray, en Beauce, autour d’un convoi de vivres anglais venu de Chartres vers le camp d’Orléans.
  • Le convoi comprenait notamment des harengs et du poisson destinés au carême ; l’escorte anglaise, d’environ quinze cents hommes, était commandée par Jean Fastolf et le prévôt de Paris Simon Morhier.
  • L’armée du roi de Bourges, plus nombreuse, a été défaite ; les Anglais s’étaient retranchés derrière leurs chariots disposés en cercle et garnis de pieux.
  • Jean Stuart de Darnley, chef des Écossais, a été tué ; le Bâtard d’Orléans (Dunois) a été blessé.

Ce que l’on ignore

  • Le chiffre exact des pertes : on parle de cinq à six cents morts dans nos rangs, sans certitude.
  • La part de responsabilité de chacun dans l’échec — désaccord des chefs, assaut prématuré, abstention du comte de Clermont — fait l’objet de récits contradictoires.
  • L’issue du siège d’Orléans et le sort de la ville, que rien ne permet de préjuger à cette date.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

Les lecteurs réagissent

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Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

10 commentaires
VieilleLance 18 février 1429, au matin

Plus nombreux, en rase campagne, et battus par des chariots rangés en cercle avec des pieux : voilà ce que coûte la querelle des chefs. Les Écossais ont mis pied à terre et chargé sans attendre, d’autres voulaient donner à cheval, personne ne commandait. On ne perd pas cinq cents hommes autrement.

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PourLeGentilDauphin 18 février 1429, à midi

Et le comte de Clermont qui n’a pas donné, qui a regardé les siens se faire tailler en pièces et remballé son armée ! Qu’on me le nomme partout, celui-là. Le Bâtard, lui, y a laissé son sang.

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AuPrixDuBoisseau 18 février 1429, à midi

Ainsi les harengs et le poisson salé du carême entreront tout droit dans le camp qui nous affame, et nous, nous rongerons nos ongles. Ce secours, on l’attendait comme le pain de Pâques. Que Dieu ait pitié des enfants de cette ville.

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MarionDeLaTourNeuve 18 février 1429, à vêpres

Seigneur, pourquoi nous abandonnes-tu ?! Miséricorde pour Orléans !!

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AmiDeLaPaix 18 février 1429, à vêpres

Rouvray le prouve : cette guerre est perdue et l’on fait tuer nos gens pour rien. Le roi d’Angleterre est reconnu de Paris à la Normandie ; une ville sage traiterait avant la disette. Ouvrez les yeux, ouvrez les portes, on épargnera bien du sang.

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PourLeGentilDauphin 18 février 1429, à la nuit

Voilà donc où tu voulais en venir depuis le début. Semer le découragement dans une ville assiégée, c’est le métier de l’ennemi, pas d’un bon Orléanais. On te connaît, à présent.

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AmiDeLaPaix 19 février 1429, au matin

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AmiDeLaPaix 19 février 1429, à midi

Mon propos a derechef été rayé. Belle franchise, dans une ville qui se dit libre.

👍 3 · 🚩 40
AmiDeLaPaix 19 février 1429, à vêpres

Mon propos a derechef été rayé. Belle franchise, dans une ville qui se dit libre.

👍 1 · 🚩 22
MaistreEnDivinité 19 février 1429, à la nuit

Gardons-nous des deux excès : ni le désespoir de celui qu’on vient de rayer, ni les fanfaronnades. Une armée mal conduite a été battue ; cela s’est vu cent fois et n’emporte pas la ville. Reformez le commandement, un seul chef qui commande, et l’on reparlera de secours.

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