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La rive sud forcée : les Augustins enlevés

Au matin du 6 mai, les gens du roi de Bourges sont passés en force sur la rive gauche de la Loire. Saint-Jean-le-Blanc trouvé vide, ils ont emporté de haute lutte le couvent des Augustins. Les Anglais se sont repliés sur leur dernier réduit du sud, le fort des Tourelles, qui commande encore le pont.

Notre envoyé à Orléans 7 mai 1429 4 min de lecture
Enluminure médiévale : assaut d'une ville fortifiée au bord d'un fleuve — archers et hommes d'armes franchissent vers les remparts et les tours défendues par des soldats.
Loyset Liédet, « La prise de Caen » (1346), enluminure des Chroniques de Jean Froissart, vers 1470-1475, BnF, ms. Français 2643 — Domaine public (Wikimedia Commons).

Le vent a tourné sur la Loire. Hier 6 mai, dès la pointe du jour, une forte troupe de la garnison et des compagnies entrées dans la ville a quitté Orléans pour passer sur la rive gauche, du côté du midi, là où l'ennemi tient ses bastilles depuis l'automne. À ce qu'on rapporte, le passage s'est fait par bateaux et barges jusqu'à l'île, puis par un pont de bateaux jeté vers la berge sud. L'audace est grande : c'est porter le fer chez l'assiégeant, sur la rive même où il s'était cru maître.

Le premier objectif était la place de Saint-Jean-le-Blanc, que les Anglais avaient fortifiée en avant de leurs autres ouvrages. Nos gens l'ont trouvée vide : à ce qu'on dit, la garnison, se voyant menacée et coupée du gros, l'avait abandonnée pour se replier en hâte sur les positions plus solides, vers le couvent des Augustins et le fort des Tourelles. On rapporte qu'elle se serait retirée en désordre.

Restait le couvent des Augustins, changé en bastille et garni de palissades, qui couvre l'approche des Tourelles. Là, l'affaire fut tout autre. L'ennemi s'y défendit âprement, et l'on dit qu'un premier élan des nôtres fut d'abord repoussé et qu'il fallut se reformer. Le combat dura, dit-on, une grande partie du jour. Au soir, après bien des morts de part et d'autre, la place fut emportée et les Anglais qui s'y tenaient encore chassés ou taillés en pièces.

On raconte qu'au plus fort du désarroi, comme l'ennemi tentait une sortie pour profiter du flottement de nos rangs, la Pucelle et le capitaine La Hire firent front, la lance au poing, et tinrent bon assez pour rallier les hommes. La part exacte qu'il faut faire à chacun dans ce coup de main, nul ici ne saurait la trancher au juste : ce qu'on s'accorde à dire, c'est que la présence de la fille venue de Lorraine a porté les courages, et que l'assaut fut conduit par les capitaines — le Bâtard d'Orléans, La Hire et leurs compagnons —, le gouverneur Gaucourt tenant la place.

Le couvent pris, les nôtres y ont, à ce qu'on rapporte, mis le feu pour ne pas le laisser servir une seconde fois à l'ennemi, et se sont établis sur la rive sud. Au crépuscule, on a vu repasser vers la ville une partie des combattants, las et chargés de blessés ; on dit même que la Pucelle aurait été atteinte dans la mêlée, mais on ne sait rien de sûr sur la gravité de la chose.

Au terme de cette journée, les Anglais ne tiennent plus, au sud, que le fort des Tourelles et son boulevard, à la tête du pont. C'est leur dernier réduit de cette rive, et le plus fort. L'élan est aux gens du roi de Bourges, mais qu'on ne s'y trompe pas : les Tourelles tiennent encore, et tant qu'elles tiennent, le passage du pont reste fermé. Rien n'est joué.

Le contexte

Orléans est assiégée depuis octobre dernier par les Anglais et leurs alliés bourguignons. Le pont sur la Loire est coupé : l'ennemi en tient l'extrémité sud par le fort des Tourelles, après avoir frappé à mort, dit-on, le comte de Salisbury à la fenêtre de cet ouvrage à l'automne.

Avant-hier 4 mai, les nôtres avaient déjà emporté la bastille de Saint-Loup, à l'est de la ville. La prise des Augustins est le deuxième coup porté aux assiégeants en trois jours.

La Pucelle, cette fille venue de Lorraine qui se dit envoyée pour secourir la ville, est entrée dans Orléans la semaine passée avec un convoi de vivres. Sa présence enflamme la garnison et le peuple ; les capitaines, eux, gardent la conduite des opérations.

État des informations

Article daté du 7 mai 1429, sur les faits de la veille : nous tenons pour assuré le passage sur la rive sud et la prise des Augustins, mais l'ennemi tient encore les Tourelles et nous ne préjugeons en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • Le 6 mai, une troupe sortie d'Orléans est passée sur la rive gauche de la Loire et a attaqué les positions anglaises du sud.
  • Saint-Jean-le-Blanc a été trouvée évacuée ; le couvent des Augustins a été emporté après un dur combat le même jour.
  • Les Anglais se sont repliés sur le fort des Tourelles, qui demeure aux mains de l'ennemi et commande le pont.
  • La bastille de Saint-Loup avait été prise deux jours plus tôt, le 4 mai.

Ce que l’on ignore

  • L'issue du siège : les Tourelles tiennent toujours et le pont reste fermé.
  • La part réelle de la Pucelle dans la conduite de l'assaut, par rapport à celle des capitaines, fait débat.
  • La gravité d'une blessure qu'aurait reçue la Pucelle dans la mêlée n'est pas connue.
  • Les effectifs engagés et les pertes exactes de part et d'autre : on n'a que des estimations en plusieurs centaines.

Sources historiques utilisées

primary

Journal du siège d’Orléans

Chronique au jour le jour du siège, côté assiégé ; témoignage partial et de rédaction un peu postérieure, à manier avec prudence.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

5 commentaires
PourLeGentilDauphin 7 mai 1429, au matin

Passés sur la rive sud, chez eux, sur la berge où ils se croyaient maîtres ! Saint-Jean-le-Blanc abandonné, les Augustins emportés de haute lutte. Il ne leur reste que les Tourelles. Le vent a tourné sur la Loire, l’article a raison de le dire.

👍 97 · 🚩 2
AuPrixDuBoisseau 7 mai 1429, à midi

On m’a dit qu’elle aurait été blessée dans la mêlée. Est-ce vrai ? Est-ce grave ? On répète tout et son contraire dans les rues. Pourvu que ce ne soit rien. Cette enfant, on la voudrait bien gardée à présent.

👍 74 · 🚩 1
MarionDeLaTourNeuve 7 mai 1429, à vêpres

On dit qu’elle et La Hire ont fait front la lance au poing quand l’ennemi sortait, et qu’ils ont tenu bon. Une égratignure ne l’arrêtera pas, elle est gardée d’en haut. Priez pour elle, ne vous alarmez pas.

👍 49 · 🚩 3
VieilleLance 7 mai 1429, à vêpres

Beau coup de main, franchement : passer la rivière en barques et sur un pont de bateaux, sous le nez de l’ennemi, il fallait de l’estomac. Mais tant que les Tourelles tiennent, le pont reste coupé et rien n’est fini. C’est demain, sur ce fort-là, que tout se dira.

👍 58 · 🚩 2
MaistreEnDivinité 7 mai 1429, à la nuit

Trois positions en trois jours : je l’avoue de bonne grâce, l’élan est réel, et je ne suis pas homme à nier ce que je vois. Reste le plus dur pour la fin. Ménageons nos gens et nos cris pour l’assaut des Tourelles ; c’est là qu’il faudra tout donner.

👍 45 · 🚩 4

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