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De Blois vers Orléans : une armée de vivres et d’hommes

Sur les bords de Loire, à Blois, gens d’armes, chariots de vivres et bêtes de boucherie se rassemblent depuis la mi-avril pour porter secours à Orléans assiégée. La Pucelle, dit-on, marche à l’avant-garde. Mais pourra-t-elle seulement entrer dans la place, et de quel poids pèsera-t-elle sur les armes ?

Notre bureau de la cour 24 avril 1429 5 min de lecture
Jeanne d'Arc en armure dorée sur un cheval blanc, tenant son étendard, devant une cité médiévale fortifiée.
Jean Pichore, « Jeanne d'Arc à cheval devant Orléans », enluminure sur vélin tirée des Vies des femmes célèbres d'Antoine Dufour (1504-1506), Musée Dobrée, Nantes (ms. 17, fol. 76v) — Domaine public (Wikimedia Commons).

Depuis quelques jours, le château et les abords de Blois bruissent du remue-ménage d’une armée en formation. On y rassemble, sur l’ordre venu de Bourges, ce qu’il faut pour secourir Orléans, que les Anglais et leurs alliés bourguignons tiennent en étau depuis l’automne. Gens d’armes, gens de trait, voituriers et marchands de vivres y affluent ; les chroniqueurs de la cour parlent de plusieurs milliers d’hommes, sans qu’on puisse en arrêter le compte exact, tant les compagnies se rejoignent par bandes.

Le convoi qui se prépare n’est pas seulement une troupe : c’est, autant que de fer, une affaire de pain et de chair. On charge sur les chariots blé, sel et provendes, et l’on rassemble un grand bétail destiné aux Orléanais, dont la disette inquiète. Conduire pareil train de vivres jusque sous les murs assiégés, en gardant l’escorte serrée, voilà la première gageure : on ne sait encore par quelle rive ni par quel chemin l’on tentera d’approcher la ville.

Au milieu de cet appareil, tous les regards vont à la fille venue de Lorraine, que l’on nomme la Pucelle. On la dit montée, armée, portant sa bannière, et placée à l’avant-garde de l’armée de secours. On rapporte qu’elle a voulu chasser de la troupe les ribaudes et les jureurs, et faire marcher les compagnies derrière les prêtres et les bannières, comme à une procession. Ce qu’elle apporte aux armes, nul ne le sait encore : meneuse qui décide du combat, ou ressort de courage et d’élan pour des soldats las de reculer ?

Car le commandement, lui, demeure aux capitaines. Devant Orléans, c’est le bâtard d’Orléans, messire Jean que l’on nomme Dunois, qui tient la défense avec le gouverneur Raoul de Gaucourt ; au-dehors, La Hire et Poton de Xaintrailles sont de ceux qui mènent les hommes d’armes. La Pucelle marche avec eux, non au-dessus d’eux : c’est aux gens de guerre qu’il revient de décider du jour et de l’heure.

On répète aussi, de bouche en bouche, qu’elle aurait fait porter aux Anglais des sommations de lever le siège et de s’en retourner en leur pays. La teneur en court diversement selon ceux qui prétendent l’avoir vue ou entendue : elle y parlerait au nom du Roi du ciel, s’adressant au roi d’Angleterre, au duc de Bedford et aux chefs qui se disent ses lieutenants, leur enjoignant de quitter leurs bastilles. De pareils défis n’ébranlent guère, dit-on, ceux qui campent devant Orléans, et l’on ne saurait jurer du texte exact d’une lettre qui a couru de main en main.

Reste l’essentiel, qui demeure inconnu. L’armée de Blois pourra-t-elle gagner Orléans sans être arrêtée en chemin ? Le convoi de vivres entrera-t-il dans la place, ou seulement une partie des hommes ? Et si l’on entre, sera-ce pour soulager la ville quelques jours, ou pour rompre l’étreinte des assiégeants ? Nul, à la cour de Bourges, ne se hasarde à le promettre. On prie, on charge les chariots, et l’on attend des nouvelles de la Loire.

Le contexte

Orléans, place de la Loire tenue par le parti du roi de Bourges, est investie par les Anglais et leurs alliés bourguignons depuis l’automne dernier ; ceux-ci l’enserrent d’une ceinture de bastilles.

Le comte de Salisbury, qui avait conduit le siège, a été frappé d’un éclat à la fenêtre des Tourelles à la fin d’octobre, et on le dit mort des suites de sa blessure peu après ; le commandement anglais est passé à d’autres capitaines.

Cet hiver, une tentative de convoi vers le camp anglais a tourné à l’affaire dite des Harengs, près de Rouvray, au désavantage de ceux qui voulaient l’intercepter.

La fille venue de Lorraine, reçue à Chinon par le dauphin Charles puis examinée par les clercs à Poitiers, a été jointe au train de secours qui se forme à Blois.

État des informations

Au 24 avril 1429, on tient pour sûr le rassemblement d’une armée de secours à Blois et la présence de la Pucelle à l’avant-garde ; on ne préjuge ni de la route, ni de l’entrée dans Orléans, ni de l’issue du siège, et l’on ne donne les sommations aux Anglais que comme propos rapportés.

Ce que l’on sait

  • Une armée de secours et un convoi de vivres et de bétail se rassemblent à Blois en vue de porter secours à Orléans assiégée.
  • La Pucelle, venue de Lorraine, a été reçue à Chinon par le dauphin Charles et jointe à cette armée.
  • Le commandement militaire reste tenu par les capitaines : Dunois et Gaucourt dans la place, La Hire et Xaintrailles parmi les hommes d’armes.

Ce que l’on ignore

  • Le compte exact des hommes et des chariots rassemblés à Blois.
  • Par quelle rive et par quel chemin l’armée tentera d’atteindre Orléans, et si elle y parviendra sans encombre.
  • Si le convoi pourra entrer dans la place assiégée, et avec quel effet sur le sort du siège.
  • Le rôle réel de la Pucelle aux armes : meneuse effective du combat ou surtout ressort de moral et d’élan.

Sources historiques utilisées

secondary

Jeanne d’Arc — Wikipédia

Origine, départ de Vaucouleurs, réception à Chinon, examen de Poitiers, présence au siège d’Orléans.

primary

Journal du siège d’Orléans

Chronique au jour le jour du siège, côté assiégé ; témoignage partial et de rédaction un peu postérieure, à manier avec prudence.

Les lecteurs réagissent

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Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

5 commentaires
AuPrixDuBoisseau 24 avril 1429, à midi

Du blé, du sel, du bétail sur les chariots : voilà les mots que je relis trois fois. Depuis Rouvray je n’osais plus espérer. Pourvu, mon Dieu, pourvu que le convoi entre et que le passage tienne.

👍 86 · 🚩 1
VieilleLance 24 avril 1429, à vêpres

Bien noté que l’article le dit clair : le commandement reste aux capitaines, la Pucelle marche AVEC eux, non AU-DESSUS. Dunois, La Hire, Xaintrailles mènent. Que la fille porte la bannière et échauffe les cœurs, tant mieux ; qu’elle laisse ranger la bataille à ceux qui savent, et tout ira.

👍 68 · 🚩 6
MarionDeLaTourNeuve 24 avril 1429, à la nuit

Elle a chassé les ribaudes et les jureurs de l’ost et fait marcher l’armée derrière les prêtres et les bannières, comme à une procession. Une armée qui va vers Dieu, comment perdrait-elle ? Orléans, tiens encore un peu !

👍 72 · 🚩 4
PourLeGentilDauphin 25 avril 1429, au matin

On dit qu’elle a fait porter aux Anglais sommation de lever le siège et de s’en retourner chez eux, au nom du Roi du ciel. Qu’ils en rient tant qu’ils voudront dans leurs bastilles ; on verra qui rit quand l’armée de Blois paraîtra.

👍 63 · 🚩 5
MaistreEnDivinité 25 avril 1429, à midi

Une armée qui marche vaut mieux qu’une prophétie qu’on récite : sur ce point, je suis avec vous tous. Reste la vraie question, que la ferveur oublie : par quelle rive fera-t-on entrer ce convoi sous les yeux de Talbot ? C’est là que tout se jouera, non dans les sommations.

👍 47 · 🚩 3

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