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Nos soldats ont passé la frontière : l’armée française avance en territoire allemand

Depuis quelques jours, des unités du 2e groupe d’armées ont franchi la frontière et progressent en territoire allemand, dans la région de la Sarre. C’est la première action offensive de notre armée à l’ouest depuis la déclaration de guerre. Mesure limitée ou début d’une grande poussée ? À cette heure, rien ne permet de trancher.

La rédaction 9 septembre 1939, 07h00 6 min de lecture
Un soldat français du 151e régiment d’infanterie examine une affiche dans un bâtiment du village allemand de Lauterbach, occupé pendant l’offensive de la Sarre, le 9 septembre 1939.
Service Cinématographique des Armées, soldat français à Lauterbach (Sarre), 9 septembre 1939. Domaine public (PD-anon-70-EU), Wikimedia Commons.

Pour la première fois depuis que la France et l’Allemagne sont en guerre, nos soldats combattent sur le sol ennemi. Des unités du 2e groupe d’armées ont franchi la frontière et s’enfoncent, depuis le début de la semaine, dans la région de la Sarre. La nouvelle, longtemps tenue dans la réserve qui sied aux opérations en cours, se confirme aujourd’hui de plusieurs côtés : l’armée française a porté le combat au-delà de la frontière, en plein pays allemand.

Selon les éléments que nous avons pu recouper, les premières patrouilles auraient passé la frontière dès la nuit du 5 au 6 septembre, en avant-garde. C’est toutefois le 7 que le mouvement aurait pris son ampleur, plusieurs divisions s’ébranlant ensemble vers le nord-est, en direction de la Sarre. On parle de neuf divisions engagées dans cette première poussée, sous le commandement du général Prételat, qui tient le 2e groupe d’armées, l’ensemble relevant du généralissime, le général Gamelin.

Les indications qui nous parviennent du front font état d’une progression menée avec méthode, à travers bois et villages, l’ennemi se dérobant plutôt qu’il ne tient ferme. Des localités allemandes seraient déjà tombées entre nos mains. Nos hommes avanceraient à présent à quelques heures de marche de cette ligne fortifiée que les Allemands ont élevée le long de leur frontière, et dont on dit grand bien de la solidité, sans qu’aucun assaut d’envergure paraisse, à cette heure, engagé contre elle.

Reste la question que chacun se pose et que nul, au soir de cette première semaine, ne peut résoudre : que veut-on faire ? S’agit-il d’une reconnaissance armée, d’une démonstration destinée à fixer l’adversaire et à soulager la Pologne, ou bien du premier pas d’une offensive générale appelée à se développer ? Le commandement, comme il est d’usage, ne dévoile pas ses desseins. Nous nous garderons donc de prêter à l’état-major des intentions qu’il n’a pas dites, et de présager jusqu’où, et pour combien de temps, nos troupes pousseront leur avantage.

Une chose paraît sûre : l’engagement, à terre, est jusqu’ici le fait de la seule armée française. De nos alliés britanniques, dont les premiers contingents commencent à débarquer sur le continent, on n’annonce aucune participation à cette action de Sarre. La part qu’ils prendront aux opérations terrestres, et le moment où ils la prendront, demeurent, à cette heure, hors de notre connaissance.

Il convient enfin de mesurer ses mots. Une frontière franchie, des villages occupés, ce n’est pas encore une bataille gagnée ni une stratégie dévoilée. La prudence du communiqué, l’absence de tout objectif proclamé, la rapidité même d’un ennemi qui recule sans se rompre : tout invite à la mesure. Nous rapportons ce qui est : que pour la première fois depuis la déclaration de guerre, le drapeau français flotte sur quelques arpents du sol allemand. Pour le reste — l’ampleur, le but, les lendemains —, nous attendrons, comme le pays, que les faits parlent.

Le contexte

L’Allemagne a envahi la Pologne le 1er septembre 1939 ; la France et le Royaume-Uni lui ont déclaré la guerre le 3 septembre, en vertu de leurs engagements envers Varsovie.

Depuis l’armistice de 1918, la France a édifié le long de sa frontière du Nord-Est un puissant système fortifié, la ligne Maginot, tenu pour un rempart sûr contre toute invasion.

L’Allemagne a, de son côté, fortifié sa propre frontière occidentale par une ligne de défense que l’on dit redoutable.

La région de la Sarre, frontalière, est un pays de bois, de collines et de villages, propice à une guerre de positions.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au matin du 9 septembre 1939 : une frontière franchie, une avance en cours, un commandement nommé. Elle ne préjuge ni du but de l’opération, ni de son ampleur, ni de ses suites, que le commandement n’a pas dévoilés. Les chiffres et les noms de lieux, encore mal assurés, sont donnés sous réserve.

Ce que l’on sait

  • Depuis le début de la semaine, des unités françaises du 2e groupe d’armées ont franchi la frontière et progressent en territoire allemand, dans la région de la Sarre.
  • C’est la première action offensive de l’armée française à l’ouest depuis la déclaration de guerre du 3 septembre 1939.
  • Le mouvement aurait pris son ampleur le 7 septembre, des patrouilles d’avant-garde ayant passé la frontière dès la nuit du 5 au 6.
  • L’opération est conduite par le général Prételat, commandant le 2e groupe d’armées, sous l’autorité du généralissime, le général Gamelin.
  • Des localités allemandes auraient été occupées ; nos troupes progressent à courte distance de la ligne fortifiée allemande, sans assaut d’envergure annoncé contre elle.

Ce que l’on ignore

  • On ignore s’il s’agit d’une reconnaissance armée limitée ou du début d’une offensive générale : aucun objectif n’a été proclamé.
  • On ignore jusqu’où nos troupes pousseront leur avance, et pour combien de temps.
  • Le nombre exact de divisions engagées (on avance le chiffre de neuf) n’est pas officiellement établi.
  • La part que prendront nos alliés britanniques aux opérations terrestres, et le moment où ils la prendront, ne sont pas connus.

Sources historiques utilisées

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Offensive de la Sarre — Wikipédia

Article consulté pour le déclenchement (7 septembre 1939, patrouilles dès le 3-6 septembre), le 2e groupe d’armées du général Prételat (3e, 4e, 5e armées), neuf divisions engagées sur cent deux, la direction de la Sarre, l’avance à faible distance de la ligne Siegfried et l’absence d’assaut majeur. Tout fait postérieur au 9 septembre (poursuite de l’avance, repli, bilans) a été écarté.

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Maurice Gamelin — Wikipédia

Article consulté pour le titre et les fonctions du général Gamelin en septembre 1939 : généralissime, général d’armée, chef d’état-major général, commandant en chef des forces françaises à l’entrée en guerre.

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1er septembre 1939 : la Wehrmacht envahit la Pologne — Herodote.net

Notice consultée pour le contexte d’ensemble de l’entrée en guerre : invasion de la Pologne (1er septembre), déclarations de guerre franco-britanniques (3 septembre), offensive française engagée en Sarre et rôle de la ligne Maginot, rempart de la frontière du Nord-Est.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une dépêche du matin du 9 septembre 1939, alors que l’avance en Sarre est en cours et que ni son but ni son ampleur n’ont été dévoilés. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date.

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