Nos soldats ont passé la frontière : l’armée française avance en territoire allemand
Depuis quelques jours, des unités du 2e groupe d’armées ont franchi la frontière et progressent en territoire allemand, dans la région de la Sarre. C’est la première action offensive de notre armée à l’ouest depuis la déclaration de guerre. Mesure limitée ou début d’une grande poussée ? À cette heure, rien ne permet de trancher.
Pour la première fois depuis que la France et l’Allemagne sont en guerre, nos soldats combattent sur le sol ennemi. Des unités du 2e groupe d’armées ont franchi la frontière et s’enfoncent, depuis le début de la semaine, dans la région de la Sarre. La nouvelle, longtemps tenue dans la réserve qui sied aux opérations en cours, se confirme aujourd’hui de plusieurs côtés : l’armée française a porté le combat au-delà de la frontière, en plein pays allemand.
Selon les éléments que nous avons pu recouper, les premières patrouilles auraient passé la frontière dès la nuit du 5 au 6 septembre, en avant-garde. C’est toutefois le 7 que le mouvement aurait pris son ampleur, plusieurs divisions s’ébranlant ensemble vers le nord-est, en direction de la Sarre. On parle de neuf divisions engagées dans cette première poussée, sous le commandement du général Prételat, qui tient le 2e groupe d’armées, l’ensemble relevant du généralissime, le général Gamelin.
Les indications qui nous parviennent du front font état d’une progression menée avec méthode, à travers bois et villages, l’ennemi se dérobant plutôt qu’il ne tient ferme. Des localités allemandes seraient déjà tombées entre nos mains. Nos hommes avanceraient à présent à quelques heures de marche de cette ligne fortifiée que les Allemands ont élevée le long de leur frontière, et dont on dit grand bien de la solidité, sans qu’aucun assaut d’envergure paraisse, à cette heure, engagé contre elle.
Reste la question que chacun se pose et que nul, au soir de cette première semaine, ne peut résoudre : que veut-on faire ? S’agit-il d’une reconnaissance armée, d’une démonstration destinée à fixer l’adversaire et à soulager la Pologne, ou bien du premier pas d’une offensive générale appelée à se développer ? Le commandement, comme il est d’usage, ne dévoile pas ses desseins. Nous nous garderons donc de prêter à l’état-major des intentions qu’il n’a pas dites, et de présager jusqu’où, et pour combien de temps, nos troupes pousseront leur avantage.
Une chose paraît sûre : l’engagement, à terre, est jusqu’ici le fait de la seule armée française. De nos alliés britanniques, dont les premiers contingents commencent à débarquer sur le continent, on n’annonce aucune participation à cette action de Sarre. La part qu’ils prendront aux opérations terrestres, et le moment où ils la prendront, demeurent, à cette heure, hors de notre connaissance.
Il convient enfin de mesurer ses mots. Une frontière franchie, des villages occupés, ce n’est pas encore une bataille gagnée ni une stratégie dévoilée. La prudence du communiqué, l’absence de tout objectif proclamé, la rapidité même d’un ennemi qui recule sans se rompre : tout invite à la mesure. Nous rapportons ce qui est : que pour la première fois depuis la déclaration de guerre, le drapeau français flotte sur quelques arpents du sol allemand. Pour le reste — l’ampleur, le but, les lendemains —, nous attendrons, comme le pays, que les faits parlent.