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Côte d’Azur, Alpes, Corse : l’autre occupant est italien

À l’est du Rhône, ce ne sont pas les Allemands qui s’installent mais la IVᵉ armée italienne, de la frontière des Alpes jusqu’aux abords de Toulon ; en Corse, des troupes ont débarqué le 11 novembre. Toulon, Marseille, Lyon et Avignon, elles, restent au Reich. Sur le tracé exact de cette zone, ses effectifs et ce que Rome en veut faire, on en est encore aux annonces.

Marcel Aubanel 13 novembre 1942 8 min de lecture

Depuis avant-hier, la moitié méridionale de la France est occupée ; mais elle ne l’est pas partout par les mêmes soldats. Tandis que les blindés du Reich descendaient la vallée du Rhône et gagnaient Marseille et Toulon, une autre armée s’avançait à l’est du fleuve : celle de l’Italie. De la frontière des Alpes à la Provence, et jusqu’en Corse où des troupes ont débarqué le 11 novembre, c’est l’uniforme italien qui paraît. Les deux occupants sont alliés dans la guerre ; ils ne se confondent pas pour autant, et le Français de la Côte d’Azur qui voit entrer l’étranger n’a pas devant lui le même que celui de Lyon ou d’Avignon.

Il faut ici lever une confusion. L’Italie n’arrive pas dans le Sud-Est : elle y était déjà, sur une mince bande. Depuis l’armistice franco-italien signé fin juin 1940, elle occupe une petite zone le long de la frontière — Menton et quelques poches de montagne, une portion de territoire qui se comptait en centaines de kilomètres carrés et en quelques dizaines de milliers d’habitants. Menton, tenue et administrée depuis deux ans, en était le morceau le plus notable. Ce qui a changé le 11 novembre, ce n’est donc pas la venue des Italiens, mais le passage de cette occupation-croupion à tout l’est du Rhône.

Sur l’étendue précise de ce nouvel espace, ses effectifs et les intentions de Rome, on en est encore, ce 13 novembre, aux annonces et aux mouvements de colonnes. L’emprise se met en place à mesure que les troupes avancent ; le tracé qui doit séparer les deux zones de l’Axe n’est pas figé, et plus d’un détail se règle, dit-on, entre états-majors allemand et italien. Ce que l’on peut décrire aujourd’hui, c’est une ligne générale et un commandement — non une frontière arrêtée.

Un occupant qui n’est pas l’allemand

La force qui s’installe à l’est du Rhône est la IVᵉ armée italienne, avec son commandement propre, ses carabiniers, sa police. À sa tête, le général Mario Vercellino, dont on situe le quartier général à Menton, tout près de la frontière. Sur ses effectifs, les chiffres qui circulent ne concordent pas : on parle de l’ordre de cent trente mille hommes, certaines sources en donnant un peu moins, d’autres un peu plus. Retenons l’ordre de grandeur, à défaut d’un compte exact que nul, à cette heure, n’est en mesure de fournir.

Que l’occupant soit italien et non allemand n’est pas un détail de nuance. L’Italie de M. Mussolini est un allié de l’Axe qui fait la guerre pour son compte, et non un auxiliaire du Reich ; la zone qu’elle prend, elle la tient en son nom. On observe d’ailleurs que le partage ne lui a pas donné les grands ports : ni Toulon, ni Marseille ne passent sous son contrôle, alors même que ces villes se trouvent, pour partie, du côté oriental des choses. À qui revient quoi, sur la carte de l’Axe, semble avoir fait l’objet de tractations dont le résultat penche du côté allemand pour l’essentiel du littoral et des points d’appui.

La ligne du Rhône

La règle que l’on donne pour cadre est simple à énoncer : le Rhône sépare les deux occupants, l’Allemand à l’ouest, l’Italien à l’est, la Savoie fermant la zone au nord. Passent ainsi sous l’œil italien les Alpes-Maritimes, une partie du Var, les Basses-Alpes et les Hautes-Alpes, la Savoie et la Haute-Savoie, l’Isère, la Drôme, avec des portions de l’Ain, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Nice, Menton, Cannes, Antibes, Grasse d’un côté ; Chambéry, Annecy, Grenoble, Gap, Digne de l’autre : autant de villes qui voient désormais patrouiller le soldat italien.

Mais l’énoncé se complique dès qu’on regarde de près. Plusieurs villes situées à l’est du fleuve demeurent aux mains des Allemands : Marseille, Aix, Avignon, et Lyon plus haut, restent au Reich. Toulon fait un cas à part, dont on mesure la délicatesse : l’arsenal, où mouille toujours la flotte française, n’a pas été investi ; il demeure sous pavillon et commandement français, au titre de la neutralité fixée par l’armistice de 1940, tandis que les forces de l’Axe en tiennent les abords. Ce qu’il adviendra de ce statu quo, nul ne le sait. C’est dire que la ligne du Rhône, commode à tracer sur une carte, souffre en réalité quantité d’exceptions, et que le partage, commune par commune, n’est pas encore lisible pour qui veut savoir de quel occupant il relèvera demain.

La Corse

Au large, l’événement a son pendant insulaire. Le 11 novembre, des troupes italiennes ont débarqué en Corse, à Bastia surtout et à Bonifacio. On les dit relever du VIIᵉ corps d’armée, sous les ordres du général Mondino, qui se serait installé à Bastia, avec les divisions d’infanterie Friuli et Cremona. Les arrivants se présentent d’abord comme des « troupes d’opérations » — l’expression est d’eux. Le débarquement est en cours : on annonce des dizaines de milliers d’hommes, sans que le total soit arrêté, et les chiffres les plus élevés qui courent demandent à être tenus pour ce qu’ils sont, des rumeurs.

L’enjeu de cette prise se lit sur la carte de la Méditerranée. Depuis que l’Afrique du Nord est passée aux Alliés, la Corse devient une pièce recherchée : une île d’où l’on tient la mer et le ciel du bassin occidental. Faire de Bastia et de ses ports une base aéronavale de l’Axe, face aux côtes désormais adverses : voilà ce que paraît viser l’occupation de l’île. Ce qu’il en sortira, et le nombre d’hommes qui s’y trouveront à demeure, restent à voir.

Une revendication ancienne

Reste une question que le débarquement en Corse et l’entrée à Nice ne peuvent manquer de soulever : que veut Rome de ces terres ? S’agit-il d’une occupation de guerre, provisoire et liée aux circonstances, ou du premier pas vers autre chose ? Nul ne peut le trancher aujourd’hui. Mais on ne saurait feindre d’ignorer que le fascisme italien réclame de longue date, et publiquement, Nice, la Savoie et la Corse — Menton avec elles — comme des « terres irrédentes » à ramener dans le giron de l’Italie. Le mot d’ordre « Nizza, Savoia, Corsica » n’a rien d’un secret : la presse et les orateurs du régime le répètent depuis des années.

On se souvient qu’en novembre 1938, à la Chambre des faisceaux, à Montecitorio, des députés fascistes lancèrent, pendant un discours du comte Ciano, des cris de revendication — « Tunisi ! Corsica ! » et, selon les témoins, Nice et la Savoie, les termes rapportés variant d’une version à l’autre. La Corse, alors, avait répondu par de grandes manifestations d’attachement à la France. Ces prétentions, des mots du fascisme italien, sont donc connues et anciennes. Savoir si l’occupation d’aujourd’hui les prolonge ou s’en tient à la guerre, c’est ce que nul ne peut dire à cette date.

Dans la presse d’ici, tout cela paraît drapé dans le langage de la défense de l’Empire et de la riposte au débarquement anglo-américain. Le lecteur du Sud-Est, sous censure, en apprendra donc l’essentiel par ce qu’il voit à sa fenêtre plus que par ce qu’il lit : l’uniforme qui change de coupe à l’est du fleuve, les affiches dans une autre langue, les carabiniers aux carrefours de Nice. Le reste — le tracé définitif, les nombres, les desseins — se dérobe encore.

Le contexte

L’armistice franco-italien du 24-25 juin 1940 avait ouvert à l’Italie une petite zone d’occupation le long de la frontière alpine — Menton et quelques poches de montagne —, distincte de la zone occupée allemande et de la zone dite « libre » administrée depuis Vichy.

Le 8 novembre 1942, les Alliés ont débarqué en Afrique française du Nord ; en réponse, l’Allemagne et l’Italie ont franchi le 11 novembre la ligne de démarcation et occupé l’ancienne « zone libre », l’Allemagne à l’ouest du Rhône, l’Italie à l’est.

Le fascisme italien revendique publiquement, depuis les années 1930, Nice, la Savoie et la Corse comme « terres irrédentes ». En novembre-décembre 1938, ces prétentions, relayées à la Chambre des faisceaux à Rome, avaient suscité en Corse de vives manifestations de fidélité à la France.

La Corse, par sa position au centre du bassin occidental de la Méditerranée, commande les routes maritimes et aériennes entre l’Italie, la Provence et l’Afrique du Nord passée aux mains des Alliés.

État des informations

Nous écrivons le 13 novembre, deux jours après l’entrée de l’Axe en zone Sud, alors que les colonnes italiennes achèvent de se déployer et que la carte n’est pas figée. Nous distinguons l’occupant italien de l’occupant allemand, décrivons ce qui est connaissable de leur partage, et citons les revendications du fascisme italien en les lui attribuant, sans les endosser.

Ce que l’on sait

  • Depuis le 11 novembre 1942, la zone située à l’est du Rhône est occupée par l’Italie, et non par l’Allemagne : la IVᵉ armée italienne, sous le général Mario Vercellino, quartier général à Menton, y déploie ses colonnes.
  • L’Italie occupait déjà, depuis l’armistice de juin 1940, une petite zone frontalière (Menton et des poches alpines) ; le 11 novembre marque son extension à tout le Sud-Est.
  • Le Rhône sert de limite générale entre les deux occupants de l’Axe ; Marseille, Aix, Avignon et Lyon demeurent aux mains des Allemands, bien que situées pour partie à l’est du fleuve.
  • Des troupes italiennes ont débarqué en Corse le 11 novembre, à Bastia et à Bonifacio, données comme relevant du VIIᵉ corps d’armée du général Mondino (divisions Friuli et Cremona), et se présentant comme « troupes d’opérations ».
  • Le fascisme italien revendique publiquement de longue date Nice, la Savoie et la Corse comme « terres irrédentes » (« Nizza, Savoia, Corsica »).

Ce que l’on ignore

  • Le tracé exact et définitif de la ligne entre zones italienne et allemande : quelle commune reviendra à quel occupant, et le sort de l’arsenal et de la flotte de Toulon, cernés par les forces de l’Axe mais toujours sous pavillon et commandement français, dont rien n’est encore tranché.
  • Les effectifs réels engagés, sur le continent comme en Corse : les chiffres avancés (de l’ordre de cent trente mille hommes pour la IVᵉ armée, des dizaines de milliers pour l’île) ne concordent pas.
  • Les intentions de Rome : occupation provisoire liée à la guerre, ou prélude à l’annexion des « terres irrédentes » revendiquées ?
  • L’articulation exacte du commandement entre autorités italiennes et allemandes, encore en cours de réglage entre états-majors.

Sources historiques utilisées

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Zone d’occupation italienne en France

Synthèse encyclopédique : extension de l’occupation italienne à l’est du Rhône à partir du 11 novembre 1942, IVᵉ armée (général Vercellino, quartier général à Menton, effectifs de l’ordre de 126 000 à 136 000 hommes), départements et villes concernés, maintien de Marseille, Lyon et Toulon sous contrôle allemand, zone d’occupation limitée depuis l’armistice de juin 1940.

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Opération Anton

Déroulé de l’entrée de l’Axe en zone Sud le 11 novembre 1942 : partage du territoire entre occupants allemand (ouest du Rhône) et italien (est du Rhône), débarquement italien en Corse, contexte du débarquement allié en Afrique du Nord.

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Italian occupation of France

Consultée pour recoupement : commandement de la IVᵉ armée, extension de la zone italienne jusqu’à la rive gauche du Rhône, débarquement en Corse (VIIᵉ corps d’armée, général Mondino, divisions Friuli et Cremona, statut de « troupes d’opérations »), objectif de base aéronavale.

secondary

Irrédentisme italien

Revendications fascistes sur Nice, la Savoie et la Corse (« Nizza, Savoia, Corsica ») ; manifestation de la Chambre des faisceaux du 30 novembre 1938 pendant un discours de Ciano (cris « Tunisi ! Corsica ! »), et manifestations corses de fidélité à la France en réponse.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Les Échos du Passé »

Les formulations « à chaud » imitent un journal du 13 novembre 1942 sous censure ; aucun élément postérieur à cette date n’est utilisé. Les revendications irrédentistes (« Nizza, Savoia, Corsica ») et les euphémismes de l’occupant (« troupes d’opérations ») sont cités et attribués, jamais endossés.

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