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Le dernier chef ligueur ploie le genou en Bretagne

Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dernier des chefs de la Ligue encore en armes, s'est soumis au roi. Le traité passé à Angers le mois dernier a été scellé peu après par une soumission en personne, à Briollay, où le duc s'est jeté aux pieds d'Henri IV et lui a prêté serment. La Ligue perd sa dernière province ; le roi tient aujourd'hui Nantes.

Claude Vasselin, chroniqueur envoyé auprès de la cour, à Nantes 28 avril 1598 6 min de lecture
Portrait équestre gravé de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, en armure, avec ses armoiries
Philippe Thomassin, portrait équestre de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur (1595), Bibliothèque patrimoniale de Pau — domaine public (Wikimedia Commons).

Le duc de Mercœur s'est rendu. Celui qui, seul parmi les grands, tenait encore une province au nom de la Ligue a passé accord avec le roi, puis est venu lui faire sa soumission de sa personne. Avec lui tombe la dernière armée qui, dans le royaume, se disait de l'union catholique et refusait d'obéir à Henri de Bourbon. Le roi est aujourd'hui à Nantes, dans la ville même que le duc gouvernait.

Voici près de neuf ans que dure cette guerre où les sujets d'un même royaume se font la guerre pour la religion et pour la couronne. Les autres chefs du parti ont plié l'un après l'autre : le duc de Mayenne le premier, voici deux ans, puis les villes et les gouverneurs. Il ne restait que la Bretagne, tenue par le duc de Mercœur, appuyée par les garnisons et les vaisseaux d'Espagne. C'est cette dernière poche qui vient de se refermer.

Nous rapportons ici ce que nous avons recueilli auprès de ceux qui suivent la cour et de gens venus d'Angers. Le détail de l'accord n'est pas tout connu, et l'on en dit des choses diverses, que nous distinguons de ce qui est tenu pour assuré.

L'accord d'Angers, puis le serment à Briollay

Le roi, ayant pacifié une partie du royaume, avait tourné ses forces vers la Bretagne, la seule province qui lui tînt encore tête. Plutôt que de la réduire par les armes ville après ville, il a préféré traiter. Un accord a été arrêté à Angers le mois dernier, où furent réglées les conditions de la soumission du duc.

L'accord ne fut pas seulement écrit. Peu après, le duc de Mercœur est venu au-devant du roi, à Briollay, près d'Angers, et là s'est soumis de sa personne. Ceux qui étaient présents rapportent qu'il se jeta aux pieds du roi et lui prêta serment de fidélité. Le roi l'a relevé et reçu en grâce. C'est le geste qui scelle la chose : non plus un traité entre partis, mais un sujet qui reconnaît son maître.

Le duc était de grande maison, de la maison de Lorraine, et allié par sa femme aux plus grands du royaume. Sa soumission n'est pas celle d'un capitaine ordinaire ; elle emporte avec elle la province qu'il gouvernait et les places qu'il tenait.

Le prix de la paix : argent et mariage

On ne se soumet pas les mains vides, et l'on dit que le duc n'a pas cédé sans y trouver son compte. Le bruit court qu'il aurait reçu, pour prix de sa reddition et des places rendues, une somme considérable — plus de quatre millions de livres, à ce que l'on répète. Nous donnons ce chiffre pour ce qu'il vaut : c'est le nombre que l'on redit, non un compte que nous ayons vu arrêté, et de tels comptes enflent souvent de bouche en bouche.

À l'argent s'ajoute une alliance. On tient pour arrêté un projet de mariage entre la fille du duc, Françoise, encore enfant, et César, fils du roi que Sa Majesté a fait légitimer. Par ce lien, le roi attache à sa maison les biens et le rang de la maison de Mercœur, et le duc s'assure que sa fille entrera dans le sang de France. Les deux parties y trouvent leur avantage, et c'est pourquoi on tient l'affaire pour ferme, quoique le mariage lui-même ne se puisse faire avant des années, l'un et l'autre enfants étant en bas âge.

On observera qu'ainsi le roi ne châtie pas le dernier de ses adversaires : il l'achète et l'allie. Telle est sa manière depuis qu'il ramène à lui les grands du parti contraire, préférant la dépense et l'accord au fer.

La Ligue sans place forte, mais la partie non close

Avec la Bretagne se rend la dernière province où la Ligue commandait. Le parti qui, depuis la mort du feu roi Henri, refusait Henri de Bourbon pour n'être pas de leur religion, n'a plus ni chef en armes ni terre à lui. Ceux qui le composaient sont rentrés dans l'obéissance, par accord ou par lassitude.

Reste que la présence des Espagnols en Bretagne, qui soutenaient le duc et occupaient quelques places sur la côte, n'est pas par là même effacée. Le roi a affaire au roi d'Espagne autant qu'à ses propres sujets, et l'on parle de pourparlers de paix ouverts d'un autre côté. Ce qu'il adviendra de ces garnisons étrangères, on ne le sait pas encore de source sûre.

Enfin, nul ici ne dira que tout est fini pour l'avoir vu commencer. La Ligue s'est déjà relevée plus d'une fois de ses défaites, et un parti défait n'est pas un parti mort. Que la soumission du duc soit sincère et durable, ou qu'elle couve d'autres desseins, c'est ce que le temps montrera et que nous ne saurions trancher aujourd'hui.

Le contexte

À la mort d'Henri III, en 1589, la couronne est échue par la loi salique à Henri de Bourbon, roi de Navarre — que la Ligue catholique refuse pour être de la religion réformée. Le roi a depuis abjuré à Saint-Denis en 1593, été sacré à Chartres et reçu dans Paris en 1594.

Les chefs de la Ligue se sont soumis l'un après l'autre : le duc de Mayenne, leur principal capitaine, voici deux ans, en 1596, puis nombre de villes et de gouverneurs.

Le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, tenait la province au nom de l'union catholique, appuyé par les forces d'Espagne, avec laquelle le roi est en guerre ouverte depuis 1595.

César, fils du roi, est un fils légitimé, né hors mariage et reconnu par Sa Majesté.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable en ce jour : la soumission du duc de Mercœur, l'accord d'Angers, le serment de Briollay et le projet de mariage. Le montant de la compensation est donné comme un bruit, non comme un compte vérifié. La solidité de cette soumission et le sort des forces espagnoles demeurent incertains ; nous ne préjugeons pas de la suite.

Ce que l’on sait

  • Le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dernier chef de la Ligue encore en armes, s'est soumis au roi Henri IV.
  • Un accord réglant sa soumission a été arrêté à Angers le mois dernier, en mars 1598.
  • Peu après, le duc s'est soumis en personne à Briollay, près d'Angers, et lui a prêté serment de fidélité ; le roi l'a reçu en grâce.
  • Un projet de mariage lie la fille du duc, Françoise, au fils légitimé du roi, César, l'un et l'autre encore enfants.
  • Avec la Bretagne, la Ligue perd la dernière province qu'elle tenait ; le roi est aujourd'hui à Nantes.

Ce que l’on ignore

  • On ignore le montant exact de la compensation versée au duc, et si les comptes en ont été réellement arrêtés.
  • On ne sait pas ce qu'il adviendra des garnisons espagnoles établies en Bretagne, ni quand elles quitteront les places qu'elles tiennent.
  • On ne peut dire si la soumission du duc est durable, ni si le parti de la Ligue, aujourd'hui sans place forte, pourrait se relever.

Sources historiques utilisées

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Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur

Notice Wikipédia (FR) consultée pour la soumission du duc en 1598, le traité d'Angers, le serment de Briollay, la compensation financière et le projet de mariage de sa fille Françoise avec César de Vendôme.

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César de Vendôme

Notice Wikipédia (FR) consultée pour la personne de César, fils légitimé d'Henri IV, et le projet d'union avec Françoise de Lorraine, héritière du duc de Mercœur.

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Henri IV (roi de France)

Notice Wikipédia (FR) consultée pour la conquête du royaume et la réduction des derniers foyers de la Ligue (soumission de Mayenne en 1596, réduction de la Bretagne en 1598, présence espagnole).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Auprès de la cour, à Nantes

Les formulations à chaud imitent la manière d'un feuillet de nouvelles du temps. Le récit de l'accord d'Angers et du serment de Briollay est restitué à partir des sources ci-dessus ; le montant de la compensation et le détail du serment sont donnés comme rapportés, non vérifiés, et la solidité de la soumission est présentée comme incertaine.

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