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Ulia, Corduba : la campagne d’hiver des sièges

Depuis son arrivée en Bétique, César ne livre pas de bataille rangée : il court d’une place à l’autre. Il a dégagé Ulia, restée fidèle et serrée de près par Cnaeus ; il tient à présent Corduba sous ses coups, sans l’emporter. L’hiver se passe en manœuvres et en coups de main, et nul ne sait si l’ennemi finira par accepter le choc en pleine campagne.

La rédaction 8 Februarius 45 av. J.-C. 6 min de lecture

La guerre d’Hispanie n’a pas encore eu son grand jour de bataille. Depuis que César a paru en Bétique, au terme d’une marche qu’on dit menée à un train inouï, la campagne se déroule d’une place forte à l’autre : on assiège, on dégage, on manœuvre, on se dérobe. Les deux armées se cherchent sans vraiment se joindre, et c’est la possession des villes, non le sort d’un choc frontal, qui rythme l’hiver.

À son arrivée, le proconsul a trouvé l’une de ses rares fidélités locales en péril. Ulia, cité qui n’avait pas suivi le soulèvement, était serrée depuis des mois par l’armée de Cnaeus Pompée le Jeune. César a fait de son secours sa première affaire ; il a réussi à l’en dégager. Puis il s’est retourné contre Corduba, la grande ville de la province, tenue pour l’ennemi. Là, l’affaire traîne : il presse la place sans parvenir à la réduire.

Ce que l’on peut dire à cette heure tient en peu de mots. La guerre est une guerre de places, elle use les deux camps, et personne, dans les lignes, ne se hasarde à dire quand — ni même si — Cnaeus Pompée consentira à descendre en plaine pour une bataille rangée. Le reste, les détails de tel assaut ou de tel chiffre, court de bouche en bouche et demande prudence.

Ulia dégagée

Ulia est de ces villes qui coûtent cher à défendre une cause. Restée du côté de César quand la province basculait, elle a payé sa fidélité d’un long siège : Cnaeus Pompée en personne, dit-on, s’était employé à la réduire, et l’étau durait depuis des mois quand le proconsul a paru en Bétique. Pour une place ainsi tenue, l’arrivée de César changeait tout — encore fallait-il l’en avertir et lui faire passer du secours à travers les lignes ennemies.

On rapporte que la chose se fit par ruse et à la faveur du mauvais temps. Un officier connu des Uliens et du pays, envoyé avec une poignée de cohortes, serait arrivé de nuit sous l’orage et aurait fait glisser ses hommes entre les postes pompéiens, les sentinelles ne reconnaissant pas dans l’obscurité et sous la pluie les enseignes qui passaient. La garnison ainsi renforcée, la ville a tenu, et l’approche du gros de l’armée a achevé de desserrer l’étreinte. Nous donnons le détail de cette entrée nocturne pour ce qu’il vaut : un récit de camp, que le continuateur de César est seul à rapporter avec cette précision.

Ce qui est sûr, c’est le résultat : Ulia est dégagée, et Cnaeus a dû lever le siège d’une place qu’il tenait presque. Le premier acte de la campagne tourne ainsi à l’avantage de César, sans qu’une bataille ait été livrée.

Corduba, que l’on presse sans la prendre

D’Ulia, César s’est porté sur Corduba, la ville maîtresse de la Bétique, dont la possession pèse lourd pour qui veut tenir la province. La place est aux mains de l’ennemi ; on dit qu’un des fils de Pompée, le cadet Sextus, y commande. Le proconsul l’a investie et cherche à l’emporter, coupant les abords, poussant ses ouvrages contre les murs, portant la guerre jusque sous les remparts.

Mais Corduba n’est pas Ulia. La ville est forte, sa garnison résolue, et l’on assure que des renforts y sont entrés. On rapporte des affaires de nuit autour d’un pont et des abords du fleuve, des coups de main de part et d’autre, sans que rien de décisif en sorte. À l’heure où nous écrivons, la place tient. Le succès de César, ici, reste mince : il tient l’ennemi en haleine, il ne le réduit pas.

Cette résistance a un effet qui dépasse la ville elle-même. Tant que Corduba oblige César à s’attarder, elle fixe son armée et lui interdit d’aller chercher ailleurs la décision. C’est peut-être là le calcul du camp d’en face : refuser le grand choc, laisser les murs et l’hiver faire l’ouvrage, et user un adversaire qui doit, lui, en finir vite.

Une guerre de places qui use les deux camps

À prendre du recul sur ces semaines, un trait s’impose : cette guerre est d’abord une guerre de sièges. On se dispute les villes une à une — Ulia dégagée, Corduba investie, et l’on parle déjà d’autres places que l’un ou l’autre camp voudrait tenir. Les armées se déplacent en fonction d’elles, campent devant elles, s’épuisent à les prendre ou à les garder. La bataille rangée, celle qui déciderait d’un coup, se dérobe.

Cette manière de faire n’épargne personne. Elle coûte à César, contraint d’assiéger en pays d’hiver, loin de tout, avec une armée qu’on dit moins nombreuse que celle d’en face. Elle coûte aussi aux Pompéiens, qui doivent défendre chaque point à la fois et voient déjà, avec Ulia, qu’une place peut leur échapper. Les désertions, dit-on, commencent à travailler certaines garnisons ; nous y reviendrons quand la chose sera avérée.

Reste la question que nul ne tranche : jusqu’à quand cette guerre de places durera-t-elle, et débouchera-t-elle sur le choc que César, semble-t-il, recherche ? Cnaeus Pompée dispose d’une armée nombreuse ; on ignore s’il la risquera en bataille ou s’il s’en tiendra aux murs et à la temporisation. Nous rapportons ce que l’on voit devant les places et ce que l’on en dit au camp, sans confondre les deux, et sans préjuger de ce que l’hiver réserve.

Le contexte

Après Pharsale, puis la fin de la résistance en Afrique, la guerre civile n’était pas éteinte : les derniers adversaires de César se sont reconstitués en Hispanie ultérieure, où le mécontentement contre le gouvernement de la province avait préparé le terrain.

Les deux fils de Pompée le Grand, Cnaeus le Jeune et Sextus, y ont levé une armée nombreuse, grossie de rescapés d’Afrique et de vétérans aguerris. César a quitté Rome à la fin de l’an dernier et gagné l’Hispanie en un temps qu’on dit record.

La Bétique est un pays de villes fortes, dont Corduba est la plus grande. Y faire la guerre, c’est d’abord se disputer ces places : leur possession commande les routes, les vivres et le ralliement des cités.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 8 Februarius, depuis le théâtre des opérations. L’essentiel du détail de cette campagne d’hiver vient d’un continuateur anonyme de César, au texte fragile et confus sur la chronologie et les lieux : nous distinguons ce qui est établi de ce qui est seulement rapporté, et ne préjugeons en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • À son arrivée en Bétique, César a dégagé Ulia, cité restée fidèle et assiégée de longue date par Cnaeus Pompée le Jeune.
  • César a ensuite investi Corduba, tenue pour l’ennemi ; à ce jour, il presse la place sans l’avoir réduite.
  • La campagne d’hiver se joue en sièges et en manœuvres autour des places fortes, non en bataille rangée.

Ce que l’on ignore

  • L’issue des sièges en cours et le sort de Corduba, qui tient encore.
  • Si et quand Cnaeus Pompée acceptera une bataille rangée en rase campagne, ou s’il s’en tiendra à la défense des places.
  • L’ampleur réelle des désertions dont on parle dans certaines garnisons pompéiennes.

Sources historiques utilisées

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -45

Seul récit suivi de la campagne d’Hispanie : secours d’Ulia par une troupe glissée de nuit à travers les lignes, siège de Corduba, opérations autour du fleuve. Texte lacunaire et confus sur la chronologie et la topographie : tout détail tactique qu’il est seul à donner est pris avec prudence.

primary

Histoire romaine, livre XLIII

Dion Cassius · 230

Récit plus tardif et résumé de la guerre d’Hispanie ; sert à recouper l’ordre général de la campagne (arrivée de César, sièges, marche vers la décision).

secondary

Bataille de Munda — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Synthèse moderne de la campagne : marche rapide de César, secours d’Ulia par Lucius Vibius Paciaecus, siège de Corduba tenue par Sextus, succès limité, glissement vers Ategua. Souligne la fragilité du Bellum Hispaniense.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la dépêche d’un correspondant embarqué sur le théâtre de Bétique, au présent de l’hiver 45, sans anticiper la suite de la campagne.

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