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Rome apprend Munda : « la fin des guerres civiles » ?

La dépêche de la victoire d’Hispanie est parvenue à la Ville hier soir, plus d’un mois après la bataille. Le lendemain tombait la fête des Parilia, anniversaire de la fondation de Rome : le Sénat a saisi la coïncidence pour lier Munda à « la fin des guerres civiles » et saluer César en second fondateur. Une première salve d’honneurs est votée.

La rédaction 21 Aprilis 45 av. J.-C. 6 min de lecture
Jules César couronné de laurier, debout sur son char triomphal doré tiré par des chevaux blancs, entouré de porte-étendards et de musiciens, dans le cortège d’un triomphe romain
Andrea Mantegna, « Les Triomphes de César, IX — César sur son char triomphal » (entre 1486 et 1505), Royal Collection, Hampton Court Palace — domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle a mis plus d’un mois à franchir la mer et les provinces. La bataille s’est livrée en Bétique au milieu de Martius ; c’est hier au soir seulement, à la tombée du jour, que les courriers de César sont entrés dans Rome pour y annoncer la victoire de Munda. La Ville a donc appris d’un coup une affaire déjà vieille de plusieurs semaines, dont elle ignorait jusqu’ici l’issue.

Le hasard du calendrier a fait le reste. Ce jour même, le 21 d’Aprilis, la Ville célèbre les Parilia, la fête pastorale que la tradition tient pour l’anniversaire de la fondation de Rome. Que la dépêche d’une victoire arrive la veille de l’anniversaire de la Ville n’a échappé à personne. Au Sénat, on a aussitôt rapproché les deux dates et parlé de présage.

Le mot qui court depuis ce matin, et que reprennent plusieurs sénateurs, est celui de « fin des guerres civiles ». On veut voir dans Munda le dernier foyer de la guerre entre citoyens, éteint le jour même où Rome fête sa naissance ; et l’on salue déjà César comme un « second fondateur » de la Ville. Le soulagement est réel. Il n’efface pas, chez beaucoup, une gêne : c’est une victoire remportée sur des Romains.

Une dépêche vieille d’un mois

Il faut redire ce que Rome sait et ce qu’elle ignore. Elle sait, par les courriers de César, qu’une grande bataille a eu lieu près d’une place nommée Munda, dans l’Hispanie ultérieure, et que le proconsul l’a emportée sur l’armée que les fils de Pompée y avaient rassemblée. On rapporte le combat comme l’un des plus durs qu’il ait livrés, longtemps indécis, gagné de justesse. Sur le détail, la Ville en est réduite à ce que veulent bien dire les porteurs de nouvelles.

Elle ignore le reste, et d’abord le présent. Entre le jour de la bataille et hier soir, plus d’un mois s’est écoulé ; nul, à Rome, ne peut dire où en sont aujourd’hui les affaires d’Hispanie, ce qu’il est advenu des vaincus, ni si tout y est vraiment terminé. On célèbre ce soir une victoire dont on n’a que le premier écho, et déjà lointain. C’est la règle de ces guerres menées au bout du monde romain : la Ville apprend tard, et applaudit à des choses accomplies sans elle.

Les Parilia et le « second fondateur »

La coïncidence des deux dates a été trop belle pour n’être pas saisie. Les Parilia passaient pour la fête de la naissance de Rome ; le Sénat a décidé qu’on y célébrerait désormais, chaque année, des jeux en mémoire de la victoire de César. La fête de la fondation et celle du vainqueur de Munda se trouvent ainsi liées pour l’avenir. C’est faire de César, aux yeux de la cité, une manière de refondateur de la Ville.

Sur cette lancée, une première série d’honneurs a été votée. On parle de longues actions de grâces aux dieux, de statues, de distinctions publiques pour le proconsul, et d’un triomphe à décerner pour la guerre d’Hispanie. Le détail exact des titres et des marques d’honneur nous parvient encore confus, chacun rapportant la séance à sa façon ; nous le donnons pour ce qu’il est, un premier compte, non la lettre des décrets.

Ce qui frappe, c’est l’élan. La nouvelle à peine reçue, l’assemblée a rivalisé de propositions. Certains y voient la joie sincère d’une cité lasse de la guerre entre citoyens ; d’autres, plus bas, la hâte d’un Sénat où l’on veut être le premier à honorer l’homme du jour. Les deux, sans doute, sont vrais à la fois.

Le soulagement, et sa part d’ombre

On ne saurait feindre que Rome pleure. Les guerres civiles durent depuis que César a franchi le Rubicon ; elles ont mené le combat de Pharsale, la mort de Pompée le Grand en Égypte, la fin de la résistance d’Afrique à Thapsus. Beaucoup, ce soir, veulent croire qu’avec Munda le dernier grand foyer est éteint et que la paix entre citoyens revient enfin. Ce vœu-là, sincère, porte une bonne part des honneurs qu’on vote.

Mais la victoire n’a pas la saveur pleine des triomphes d’autrefois. On ne l’a pas remportée sur un roi d’Orient ni sur des barbares : on l’a remportée sur des Romains, sur les fils de Pompée et sur des légions faites de citoyens. Quelques voix, discrètes, le rappellent — on ne mène pas au Capitole des dépouilles arrachées à des concitoyens comme on y mène celles d’un ennemi étranger. La joie officielle laisse dans son dos ce malaise, qu’on tait plus qu’on ne le règle.

Reste enfin une question que la fête ne referme pas. La guerre est-elle vraiment finie ? On dit l’aîné des fils de Pompée en fuite ; du cadet, Sextus, on ignore à peu près tout — où il est, ce qu’il tient, ce qu’il tentera. Tant qu’un Pompée court encore quelque part en Hispanie, il se trouvera des prudents pour douter que Munda ait clos l’affaire. La Ville fête « la fin des guerres civiles » ; elle le fait sans en avoir la preuve.

Jusqu’où iront les honneurs ?

Une chose est votée aujourd’hui, une autre s’ouvre pour demain. À voir l’empressement du Sénat, plusieurs, en ville, se demandent tout haut jusqu’où ira l’accumulation des distinctions pour le vainqueur. Chaque victoire de César, depuis des années, appelle sa moisson d’honneurs ; celle-ci s’annonce plus abondante encore, adossée qu’elle est à la fondation même de la Ville.

Nous nous en tenons aux honneurs décrétés ce printemps. On sait ce que Rome a voté ce jour de Parilia ; on ignore où cette faveur s’arrêtera, et si la cité, en liant le nom de César à celui de Romulus, mesure tout ce qu’un tel rapprochement engage. La question est posée. Les jours qui viennent diront comment la Ville y répond.

Le contexte

La guerre entre citoyens dure depuis le passage du Rubicon : elle a mené à Pharsale (48), à la mort de Pompée le Grand en Égypte, puis à Thapsus (46) et à la fin de la résistance d’Afrique. Les derniers optimates s’étaient reconstitués en Hispanie ultérieure autour des fils de Pompée.

César a quitté Rome à la fin de l’an dernier pour gagner l’Hispanie en un temps record, y mener une campagne d’hiver de sièges, puis livrer la bataille de Munda au milieu de Martius. La distance et la mer expliquent qu’il ait fallu plus d’un mois pour que la nouvelle atteigne la Ville.

Les Parilia, célébrées le 21 d’Aprilis, sont une vieille fête pastorale que la tradition tient pour l’anniversaire de la fondation de Rome ; c’est ce voisinage de dates que le Sénat a choisi de charger de sens.

État des informations

Au 21 Aprilis, la Ville célèbre une victoire dont elle n’a la nouvelle que d’un mois. Le sort de Sextus Pompée reste inconnu et la guerre n’est peut-être pas close ; nous rapportons les honneurs décrétés ce printemps sans préjuger de ce qui suivra.

Ce que l’on sait

  • La nouvelle de la victoire de Munda est parvenue à Rome hier au soir, 20 Aprilis, plus d’un mois après la bataille.
  • Le lendemain tombant les Parilia (anniversaire de la fondation de Rome), le Sénat a lié la victoire à « la fin des guerres civiles » et salué César comme un second fondateur, décidant des jeux annuels aux Parilia en mémoire de Munda.
  • Une première série d’honneurs a été votée pour le proconsul (actions de grâces, statues, distinctions, triomphe à décerner pour la guerre d’Hispanie).

Ce que l’on ignore

  • Jusqu’où ira l’accumulation d’honneurs décernés au vainqueur.
  • Si la guerre est réellement close alors que Sextus Pompée court toujours et qu’on ignore où il est et ce qu’il tentera.
  • L’état présent des affaires d’Hispanie, plus d’un mois après la bataille, dont Rome n’a encore que le premier écho.

Sources historiques utilisées

primary

Histoire romaine, livre XLIII

Dion Cassius · 230

Réception de la nouvelle de Munda à Rome, coïncidence avec les Parilia, jeux annuels institués en mémoire de la victoire et honneurs décernés à César au printemps 45 ; source tardive, à traiter comme un ordre de grandeur des honneurs.

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie · 160

Cadre de la campagne d’Hispanie et des suites de Munda ; honneurs et distinctions votés à César après ses victoires.

primary

Vie de César (Vies des douze Césars)

Suétone · 120

Énumération des honneurs accumulés au profit de César ; utile pour situer l’ampleur des distinctions, à dater avec prudence car l’auteur ne distingue pas toujours les décrets successifs.

secondary

Parilia

Wikipédia · 2026

Fête du 21 avril tenue pour l’anniversaire de la fondation de Rome ; rattachement des jeux commémorant Munda à cette date sous César.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la réception d’une dépêche à Rome, au présent du 21 Aprilis 45, en s’en tenant aux honneurs décrétés ce printemps et sans anticiper la suite.

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