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Attius Varus, le gouverneur d’Afrique que la guerre a jeté en Hispanie

Il gouverna l’Afrique au nom du Sénat, la tint contre César, commanda une flotte, réchappa du désastre de Thapsus. Le voici en Bétique, parmi les officiers venus chercher ici un dernier théâtre, aux côtés des fils de Pompée et de Labienus. Non un transfuge comme ce dernier, mais un optimate resté fidèle jusqu’au bout — dont nul, au camp, ne sait au juste quel commandement on lui a confié.

La rédaction 14 Martius 45 av. J.-C. 6 min de lecture

Parmi les officiers que la guerre a rassemblés dans le camp des fils de Pompée, il en est un dont le nom est attaché depuis quatre ans à l’Afrique : Publius Attius Varus. Vétéran de la cause sénatoriale, il a gouverné cette province, l’a défendue contre les lieutenants de César, y a commandé sur terre et sur mer, puis a gagné l’Hispanie par la voie des flots après la ruine du parti africain. Le voici en Bétique, aux côtés de Cnaeus et de Sextus, dans une armée qui rassemble les restes de toutes les guerres perdues.

Son parcours n’est pas celui d’un homme qui aurait changé de camp. Là où Labienus fut d’abord le bras droit de César avant de passer à Pompée, Varus, lui, n’a jamais servi que le parti du Sénat. De l’Italie à l’Afrique, de l’Afrique à l’Hispanie, il a suivi cette cause dans toutes ses défaites sans jamais se ranger sous l’adversaire.

Des actes, des places tenues, des batailles livrées. De ses raisons, de ses mots, on ne sait rien de sûr ; Varus n’est pas de ceux qui s’expliquent, et nul verbatim ne court le camp à son sujet.

Le Picénum, l’Afrique : un gouverneur pour le Sénat

Au début de la guerre civile, voici quatre ans, Varus tenait Auximum, dans le Picénum, cette contrée de l’Adriatique où la maison de Pompée entretient de longue date sa clientèle. À l’approche de César descendant vers l’Italie, ses troupes refusèrent de tenir la place ; il dut l’abandonner et quitter la région. De là, il passa en Afrique, province qu’il avait déjà administrée, et s’en empara au nom du parti sénatorial, y levant deux légions.

Sa mainmise ne fut pas sans querelle dans son propre camp. Le Sénat avait attribué l’Afrique à Tubéron ; Varus, jaloux d’une province qu’il tenait pour sienne, lui refusa jusqu’au débarquement et le contraignit à repartir. On rapporte de ce temps une âpreté d’officier qui entend commander seul là où il a établi son autorité.

César envoya contre lui Curion. Celui-ci battit d’abord Varus près d’Utique et l’enferma dans la place. Mais, attiré hors de ses positions, Curion tomba sur le roi numide Juba et la cavalerie de Saburra : à la rivière Bagradas, vers la fin de l’été, au mois de Sextilis d’il y a quatre ans, il fut tué avec son armée. On rapporte que les soldats de Curion, à qui Varus avait garanti la vie, furent massacrés par Juba en dépit de cette garantie. De cette victoire, Varus recouvra l’Afrique, qu’il gouverna pour le Sénat.

De Thapsus à la mer : le capitaine de la flotte

Après Pharsale, quand les débris du parti se rassemblèrent en Afrique, Varus céda le commandement suprême de la province au consulaire Metellus Scipion, sur l’insistance de Caton, qui tenait qu’un homme de rang consulaire devait avoir le pas sur un ancien gouverneur. Il n’en garda pas moins un rôle de premier plan : on lui confia une partie de la flotte pompéienne, où il eut du succès, détruisant notamment des navires césariens au large d’Hadrumète.

Vint le désastre de Thapsus, au printemps de l’an dernier, qui brisa la résistance africaine. Varus en réchappa et gagna l’Hispanie par mer. Au large de Carteia, le césarien Caius Didius le défit sur l’eau ; il n’échappa, dit-on, qu’en faisant couler des ancres en travers de la passe du port, barrant le chemin aux poursuivants, avant de rejoindre à terre l’armée pompéienne.

De toutes les campagnes de cette guerre, il aura tenu tour à tour la province, la légion et la flotte, et deux fois il aura survécu à l’écrasement du parti qu’il servait. Peu d’officiers, dans ce camp, portent un tel poids d’expérience navale et africaine.

Un officier sans poste connu

L’armée des fils de Pompée s’est grossie d’officiers d’expérience venus d’Afrique. De ceux-là, on n’en peut nommer avec certitude que deux : Labienus et Varus. Les autres grands noms de la cause — Caton, Metellus Scipion, Pétréius, le roi Juba — ont péri en Afrique et ne sont plus. L’armée compte en outre une légion formée de rescapés de Thapsus, qui ont porté ici le souvenir de la défaite et la volonté de la venger.

Reste une question que le camp lui-même ne tranche pas : quel commandement a-t-on confié à Varus ? Nul ne le sait au juste. On ignore quel secteur il tient, quelle charge on lui a remise dans l’ordre de bataille qui se prépare. L’homme est là, son passé le précède, mais sa fonction présente n’est établie par rien de sûr, et l’on ne gagne rien à lui prêter un poste que personne n’a vu lui échoir.

Une chose au moins le distingue nettement de Labienus. Ce dernier fut le légat de César avant de passer à l’ennemi : un transfuge. Varus, lui, n’a jamais quitté le camp du Sénat. Du Picénum à la Bétique, à travers l’Afrique et deux désastres, il est resté du même côté, fidèle à la cause sénatoriale d’un bout à l’autre. Ce que la campagne d’Hispanie lui réserve, nul ici ne le sait.

Le contexte

Publius Attius Varus tenait Auximum, dans le Picénum, au début de la guerre civile (49) ; chassé par l’approche de César, il passa en Afrique, province qu’il avait déjà administrée, et s’en empara au nom du Sénat, y levant deux légions. Il entra en querelle avec Tubéron, à qui le Sénat avait attribué l’Afrique, et lui refusa le débarquement.

César envoya Curion contre lui : d’abord battu près d’Utique et assiégé, Varus fut sauvé par l’intervention du roi numide Juba, dont la cavalerie, sous Saburra, tua Curion et son armée à la rivière Bagradas, à la fin de l’été 49.

Après Pharsale, Varus céda le commandement suprême d’Afrique à Metellus Scipion et commanda une partie de la flotte pompéienne. Réchappé de Thapsus (printemps 46), il gagna l’Hispanie par mer ; battu au large de Carteia par Caius Didius, il rejoignit l’armée pompéienne à terre, où il se trouve aujourd’hui avec Labienus et les fils de Pompée.

État des informations

Ce portrait est arrêté au 14 Martius : il repose sur le passé attesté de Varus et sur sa présence au camp de Bétique. Il assume l’ignorance de sa fonction présente en Hispanie, qu’aucune source ne fixe, et ne préjuge en rien de la suite de la campagne qui s’engage.

Ce que l’on sait

  • Varus a tenu Auximum dans le Picénum au début de la guerre civile, puis s’est emparé de l’Afrique — province qu’il avait déjà administrée — au nom du parti sénatorial, y levant deux légions.
  • Il entra en querelle avec Tubéron, à qui le Sénat avait attribué l’Afrique, et lui refusa le débarquement.
  • Battu et assiégé par Curion près d’Utique, il fut sauvé par Juba, dont la cavalerie (Saburra) tua Curion et son armée à la rivière Bagradas, à la fin de l’été 49.
  • Après Pharsale, il céda le commandement suprême d’Afrique à Metellus Scipion et commanda une partie de la flotte pompéienne, détruisant des navires césariens au large d’Hadrumète.
  • Il réchappa du désastre de Thapsus, gagna l’Hispanie par mer, fut battu au large de Carteia par Caius Didius, et se trouve aujourd’hui au camp pompéien de Bétique.

Ce que l’on ignore

  • Sa fonction et son commandement précis dans l’armée d’Hispanie en 45 ne sont documentés par rien de sûr.
  • Le rôle qu’il tiendra dans le choc qui s’annonce.

Sources historiques utilisées

primary

Commentaires sur la Guerre civile

Jules César · -45

Auximum tenu puis abandonné dans le Picénum, prise de l’Afrique par Varus, querelle avec Tubéron, campagne de Curion jusqu’au désastre du Bagradas ; source de parti, favorable à César.

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -46

Atteste la présence de Varus au camp pompéien d’Hispanie ; texte médiocre, lacunaire et favorable à César, qui ne le nomme guère que pour sa fin — utile ici surtout pour établir sa présence, non le détail de ses charges.

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie · 160

Prise de l’Afrique, campagne de Curion et mort au Bagradas, dispersion du parti sénatorial après Thapsus et reprise de la guerre en Hispanie ; récit tardif, à recouper.

primary

Histoire romaine, livre XLIII

Dion Cassius · 230

Récit de la guerre d’Afrique et de la campagne d’Hispanie ; source très postérieure aux faits, prudence sur les détails qu’elle est seule à donner.

secondary

Publius Attius Varus — Wikipédia

Contributeurs de Wikipédia · 2026

Auximum et le Picénum, prise de l’Afrique et querelle avec Tubéron, victoire du Bagradas, commandement naval après Pharsale, destruction de navires devant Hadrumète, Thapsus, combat de Carteia contre Didius et passage en Hispanie.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la plume d’un chroniqueur embarqué au camp ; l’intitulé constitutionnel exact des commandements de Varus n’est pas tranché et sa fonction présente en Hispanie est laissée pour inconnue, faute de source.

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