Attius Varus, le gouverneur d’Afrique que la guerre a jeté en Hispanie
Il gouverna l’Afrique au nom du Sénat, la tint contre César, commanda une flotte, réchappa du désastre de Thapsus. Le voici en Bétique, parmi les officiers venus chercher ici un dernier théâtre, aux côtés des fils de Pompée et de Labienus. Non un transfuge comme ce dernier, mais un optimate resté fidèle jusqu’au bout — dont nul, au camp, ne sait au juste quel commandement on lui a confié.
Parmi les officiers que la guerre a rassemblés dans le camp des fils de Pompée, il en est un dont le nom est attaché depuis quatre ans à l’Afrique : Publius Attius Varus. Vétéran de la cause sénatoriale, il a gouverné cette province, l’a défendue contre les lieutenants de César, y a commandé sur terre et sur mer, puis a gagné l’Hispanie par la voie des flots après la ruine du parti africain. Le voici en Bétique, aux côtés de Cnaeus et de Sextus, dans une armée qui rassemble les restes de toutes les guerres perdues.
Son parcours n’est pas celui d’un homme qui aurait changé de camp. Là où Labienus fut d’abord le bras droit de César avant de passer à Pompée, Varus, lui, n’a jamais servi que le parti du Sénat. De l’Italie à l’Afrique, de l’Afrique à l’Hispanie, il a suivi cette cause dans toutes ses défaites sans jamais se ranger sous l’adversaire.
Des actes, des places tenues, des batailles livrées. De ses raisons, de ses mots, on ne sait rien de sûr ; Varus n’est pas de ceux qui s’expliquent, et nul verbatim ne court le camp à son sujet.
Le Picénum, l’Afrique : un gouverneur pour le Sénat
Au début de la guerre civile, voici quatre ans, Varus tenait Auximum, dans le Picénum, cette contrée de l’Adriatique où la maison de Pompée entretient de longue date sa clientèle. À l’approche de César descendant vers l’Italie, ses troupes refusèrent de tenir la place ; il dut l’abandonner et quitter la région. De là, il passa en Afrique, province qu’il avait déjà administrée, et s’en empara au nom du parti sénatorial, y levant deux légions.
Sa mainmise ne fut pas sans querelle dans son propre camp. Le Sénat avait attribué l’Afrique à Tubéron ; Varus, jaloux d’une province qu’il tenait pour sienne, lui refusa jusqu’au débarquement et le contraignit à repartir. On rapporte de ce temps une âpreté d’officier qui entend commander seul là où il a établi son autorité.
César envoya contre lui Curion. Celui-ci battit d’abord Varus près d’Utique et l’enferma dans la place. Mais, attiré hors de ses positions, Curion tomba sur le roi numide Juba et la cavalerie de Saburra : à la rivière Bagradas, vers la fin de l’été, au mois de Sextilis d’il y a quatre ans, il fut tué avec son armée. On rapporte que les soldats de Curion, à qui Varus avait garanti la vie, furent massacrés par Juba en dépit de cette garantie. De cette victoire, Varus recouvra l’Afrique, qu’il gouverna pour le Sénat.
De Thapsus à la mer : le capitaine de la flotte
Après Pharsale, quand les débris du parti se rassemblèrent en Afrique, Varus céda le commandement suprême de la province au consulaire Metellus Scipion, sur l’insistance de Caton, qui tenait qu’un homme de rang consulaire devait avoir le pas sur un ancien gouverneur. Il n’en garda pas moins un rôle de premier plan : on lui confia une partie de la flotte pompéienne, où il eut du succès, détruisant notamment des navires césariens au large d’Hadrumète.
Vint le désastre de Thapsus, au printemps de l’an dernier, qui brisa la résistance africaine. Varus en réchappa et gagna l’Hispanie par mer. Au large de Carteia, le césarien Caius Didius le défit sur l’eau ; il n’échappa, dit-on, qu’en faisant couler des ancres en travers de la passe du port, barrant le chemin aux poursuivants, avant de rejoindre à terre l’armée pompéienne.
De toutes les campagnes de cette guerre, il aura tenu tour à tour la province, la légion et la flotte, et deux fois il aura survécu à l’écrasement du parti qu’il servait. Peu d’officiers, dans ce camp, portent un tel poids d’expérience navale et africaine.
Un officier sans poste connu
L’armée des fils de Pompée s’est grossie d’officiers d’expérience venus d’Afrique. De ceux-là, on n’en peut nommer avec certitude que deux : Labienus et Varus. Les autres grands noms de la cause — Caton, Metellus Scipion, Pétréius, le roi Juba — ont péri en Afrique et ne sont plus. L’armée compte en outre une légion formée de rescapés de Thapsus, qui ont porté ici le souvenir de la défaite et la volonté de la venger.
Reste une question que le camp lui-même ne tranche pas : quel commandement a-t-on confié à Varus ? Nul ne le sait au juste. On ignore quel secteur il tient, quelle charge on lui a remise dans l’ordre de bataille qui se prépare. L’homme est là, son passé le précède, mais sa fonction présente n’est établie par rien de sûr, et l’on ne gagne rien à lui prêter un poste que personne n’a vu lui échoir.
Une chose au moins le distingue nettement de Labienus. Ce dernier fut le légat de César avant de passer à l’ennemi : un transfuge. Varus, lui, n’a jamais quitté le camp du Sénat. Du Picénum à la Bétique, à travers l’Afrique et deux désastres, il est resté du même côté, fidèle à la cause sénatoriale d’un bout à l’autre. Ce que la campagne d’Hispanie lui réserve, nul ici ne le sait.