Sextus Pompée, le cadet qui a échappé au désastre
On tient désormais Cnaeus Pompée pour mort, tué dans sa fuite. Mais son frère cadet, Sextus, a disparu. Présent dans la campagne, donné à Corduba par ceux qui l’y ont vu, il a rompu le contact après Munda et court toujours. Portrait d’un homme dont on a perdu la trace.
Des deux fils que Pompée le Grand avait mis dans cette guerre, il n’en reste plus qu’un dont on ignore le sort. Cnaeus, l’aîné, chef de l’armée levée en Bétique, a été rejoint dans sa fuite et tué ; on dit sa tête portée jusqu’à César. Sextus, le cadet, s’est évanoui. Nul, au camp, ne sait où il est, ni ce qu’il compte faire, ni même s’il compte encore quelque chose.
Il fut de la campagne. On le donne pour avoir tenu Corduba pendant que son frère menait l’armée, et c’est là, dans la grande ville de la province, que la plupart des récits le placent au fort de l’hiver. Depuis la déroute et la chute des places, sa piste se perd. Il n’a pas été pris avec les milliers de prisonniers de Munda, il n’a pas paru parmi les morts qu’on a pu nommer, et personne ne l’a vu se rendre.
Ce portrait ne prétend pas dire ce qu’il fera. À l’heure où nous écrivons, on ne sait pas même s’il est encore en Bétique, s’il a gagné la côte, s’il rêve de rallier des rescapés ou s’il ne cherche qu’à se cacher. Nous rassemblons ce que l’on sait de l’homme, et nous disons franchement où s’arrête ce savoir.
Le cadet, dans l’ombre d’un père et d’un frère
Sextus est le second fils de Cnaeus Pompeius Magnus, né de son union avec Mucia. Il n’a guère plus de vingt ans, et toute sa jeunesse s’est passée à l’ombre d’un nom écrasant. Quand son père dominait Rome et l’Orient, il était un enfant ; quand la guerre civile a éclaté, il était trop jeune pour y peser. Il a suivi les siens dans leur repli, sans commandement à lui, tenu à l’écart des grandes décisions par son âge et par le rang de son aîné.
C’est Cnaeus, le frère, qui a porté le poids de la cause en Hispanie : c’est lui qu’on a suivi, lui qu’on a comparé au Grand, lui dont on guettait les ordres. Sextus est resté le cadet, celui qu’on nomme après, celui à qui l’on confie une place à garder pendant que l’autre livre les batailles. On sait peu de chose de son caractère et de ses talents, faute qu’il ait eu jusqu’ici l’occasion de les montrer. Le nom qu’il porte est immense ; l’homme, on l’a à peine vu.
Une piste qui s’efface
De sa présence dans la province, on tient quelques points fermes. Il était de la guerre menée contre César ; il se trouvait du côté de Corduba, où la tradition qui court le place à la tête de la ville durant les mois de sièges. Au-delà, tout devient rapport, ouï-dire et supposition. La reprise des places et la sévère répression qui a suivi ont dispersé ceux qui auraient pu dire où il est passé.
Certains, ici, l’imaginent réfugié dans quelque cité de la Bétique restée mal soumise, d’autres le disent en route vers la mer, d’autres encore le supposent errant avec une poignée de fidèles. On lui prête, selon les bouches, l’intention de traiter, celle de rassembler des restes, ou simplement celle de sauver sa vie. Ce sont là des bruits de camp, contradictoires, que nous rapportons sans en garantir un seul.
Ce que l’on peut affirmer tient en peu de mots : le cadet des Pompée a échappé au désastre, il n’est ni pris ni mort à notre connaissance, et sa trace se perd. Son sort reste ouvert. Un homme court quelque part dans la province, ou l’a quittée ; c’est tout ce qu’on en sait, et c’est peu.