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Labienus, le transfuge revenu d’Afrique

Il fut dix ans durant le premier des lieutenants de César en Gaule. Passé à Pompée au début de la guerre civile, présent à Pharsale, échappé du désastre d’Afrique, il se retrouve aujourd’hui en Bétique aux côtés des fils de Pompée. Portrait de l’homme qui connaît César mieux que personne — et qui le combat sans relâche.

La rédaction 24 Februarius 45 av. J.-C. 6 min de lecture

Dans le camp pompéien d’Hispanie ultérieure, un nom revient plus que les autres à la bouche des soldats et des officiers : Titus Labienus. Ce n’est pas un fils de Pompée, ce n’est pas un enfant du pays. C’est un homme d’une cinquantaine d’années, vétéran de toutes les guerres de sa génération, qui a déjà tout perdu deux fois — devant Dyrrachium puis en Thessalie avec Pompée, l’an d’après en Afrique avec Scipion — et qui recommence ici, une troisième fois, à ranger des légions contre César. Sa seule présence dit l’acharnement de cette cause.

Car Labienus ne fut pas toujours l’ennemi. Il fut, dix ans durant, le bras droit de César en Gaule, son légat le plus sûr, l’homme à qui l’on confiait l’armée quand le proconsul s’absentait. Puis, au commencement de la guerre civile, il a quitté ce chef auquel son nom paraissait soudé pour rejoindre Pompée. De toutes les défections de cette guerre entre Romains, la sienne reste la plus lourde, et la plus commentée.

Le comprendre, c’est mesurer ce qui pousse un homme à combattre, année après année, celui qui fit sa grandeur. On rapporte beaucoup de choses sur ses raisons ; nous les rapportons pour ce qu’elles valent, sans prétendre lire dans le cœur d’un homme que César, mieux que quiconque, aura connu.

Dix ans de Gaule, puis la rupture

Labienus est né voici près d’un demi-siècle dans le Picénum, cette contrée de l’Adriatique qui est aussi le pays des Pompée : c’est là que la maison du Grand tient de longue date sa clientèle et ses fidélités. On n’oublie pas, au camp, que Labienus et les Pompée sont enfants de la même terre. Sa carrière, pourtant, l’avait d’abord porté du côté des amis de César : tribun de la plèbe voici une vingtaine d’années, il s’était fait le porte-parole du parti populaire avant de suivre César au-delà des Alpes.

Vint la Gaule, et dix années où il fut, dans les Commentaires que César fit connaître à Rome, le seul légat nommé avec constance. On lui prête la victoire sur les Trévires, l’expédition contre Lutèce chez les Parisii, la déroute des Gaulois soulevés à l’année du grand embrasement. Cavalier habile, meneur d’hommes rude, il passait pour le second de César sans retour possible.

Il n’en fut rien. Lorsque, la guerre civile ouverte, César passa en armes vers l’Italie, Labienus ne le suivit pas : il gagna le camp de Pompée, emmenant avec lui, dit-on, des cavaliers formés à la guerre sous César même. Il n’avait pas fui un vaincu ; il avait quitté César au faîte de sa fortune, et ce choix-là ne s’explique pas par la seule peur.

Pharsale, l’Afrique, l’Hispanie : trois fois recommencer

À Pharsale, en Thessalie, il commandait la nombreuse cavalerie de Pompée et comptait, dit-on, parmi ceux qui poussaient le plus fort à livrer bataille, assurant que les légions de César étaient usées et qu’on pouvait les briser en rase campagne. La journée tourna autrement. Le camp fut pris, Pompée quitta le champ, et Labienus, lui, ne se rendit pas. On rapporte qu’il rejoignit Caton et les autres à Corcyre, puis passa en Afrique pour y continuer la guerre.

En Afrique, aux côtés de Scipion et de Juba, il retrouva son métier de cavalier. Devant Ruspina, on rapporte qu’il faillit envelopper César avec ses escadrons et lui infligea une rude journée. Mais la résistance africaine s’acheva l’an dernier dans la défaite, et le parti se dispersa de nouveau. Une partie des rescapés — dont Labienus et Publius Attius Varus, autre vétéran d’Afrique — a gagné l’Hispanie ultérieure, où les fils de Pompée avaient déjà levé une armée sur le mécontentement des provinces.

Le voici donc en Bétique, engagé dans une troisième campagne contre le même adversaire. Deux fois la fortune l’a jeté à bas ; deux fois il a repris la route et les armes. Peu d’hommes, dans cette guerre, auront montré pareille obstination à ne pas plier.

L’homme qui connaît César

Ce que Labienus apporte au camp des Pompée n’est pas seulement un nom ni l’expérience d’un vieux soldat. C’est une connaissance : aucun chef, dans l’armée d’Hispanie, ne sait aussi bien comment César range ses lignes, lance ses réserves, mène ses hommes. Il a servi dix ans sous lui ; il l’a vu vaincre. Dans une guerre où l’on se bat entre Romains et où l’on se connaît d’un camp à l’autre, cette science-là compte.

Sur ce qui l’attache à cette cause, on ne peut que rapporter ce qui se dit. Les uns invoquent le Picénum et les liens anciens avec la maison de Pompée ; d’autres, la fidélité à la cause du Sénat et à la légalité que ce parti prétend défendre ; d’autres encore, l’orgueil d’un homme qui n’a pas voulu rester le second d’un maître devenu presque tout. Ces conjectures courent le camp ; nul n’en a la certitude, et Labienus n’est pas homme à s’expliquer.

Reste que sa présence trouble jusque dans le camp qu’il a rallié. Il commandera contre les légions qu’il a menées à la victoire, contre le chef qui fit sa grandeur. Sa constance dit l’état de cette guerre : aucune fidélité n’y est tenue pour acquise, et le passé d’un homme ne décide plus du camp où il combat. Ce que la campagne d’Hispanie réserve à cet homme-là, nul ici ne le sait.

Le contexte

Titus Labienus servit comme légat de César durant toute la guerre des Gaules et fut, dans les Commentaires, le seul lieutenant régulièrement nommé. Originaire du Picénum, terre de clientèle traditionnelle de la maison de Pompée, il rejoignit Pompée au début de la guerre civile.

À Pharsale (48), il commandait la cavalerie pompéienne. Après la défaite, il gagna l’Afrique par Corcyre et y poursuivit la guerre aux côtés de Scipion, notamment à Ruspina, jusqu’à la fin de la résistance africaine l’an dernier.

Avec d’autres rescapés d’Afrique, dont Publius Attius Varus, il a rallié l’Hispanie ultérieure, où les deux fils de Pompée, Cnaeus et Sextus, ont levé une armée nombreuse en profitant du mécontentement des provinces contre le gouverneur césarien.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qui est connaissable au camp au 24 Februarius : le parcours passé de Labienus et sa présence présente en Hispanie. Les motifs de sa défection et de sa constance sont donnés comme conjectures d’époque, non comme faits établis. Il ne préjuge en rien de l’issue de la campagne qui s’engage.

Ce que l’on sait

  • Labienus a été le principal légat de César pendant la guerre des Gaules, avec plusieurs victoires à son actif, avant de passer à Pompée au début de la guerre civile.
  • Il commandait la cavalerie pompéienne à Pharsale ; après la défaite, il rejoignit l’Afrique et y combattit sous Scipion, puis gagna l’Hispanie ultérieure après la fin de la résistance africaine.
  • Il est aujourd’hui présent dans le camp des fils de Pompée en Bétique, parmi les rescapés d’Afrique, avec Publius Attius Varus.
  • Il est originaire du Picénum, terre où la maison de Pompée entretient de longue date sa clientèle.

Ce que l’on ignore

  • Les motifs profonds de son acharnement (liens du Picénum, fidélité au Sénat, brouille ou orgueil) restent objet de conjectures ; nul n’en a la certitude.
  • Son rôle exact et son commandement dans la campagne d’Hispanie qui s’engage.

Sources historiques utilisées

primary

Commentaires sur la Guerre des Gaules

Jules César · -51

Labienus y est le légat le plus souvent nommé ; source des campagnes gauloises (Trévires, Lutèce, soulèvement de la Gaule).

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -40

Récit de la campagne d’Hispanie où figurent Labienus et Attius Varus au camp pompéien ; texte lacunaire et confus, prudence sur tout détail qu’il est seul à donner.

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie · 160

Fuite des pompéiens après Pharsale, résistance d’Afrique et reprise de la guerre en Hispanie par les fils de Pompée et leurs officiers.

secondary

Titus Labienus — Wikipédia

Contributeurs de Wikipédia · 2026

Origine picénienne, tribunat, légation en Gaule, défection de 49, commandement de la cavalerie à Pharsale, fuite par Corcyre, campagne d’Afrique (Ruspina, Thapsus) et passage en Hispanie.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la plume d’un chroniqueur embarqué au camp ; les motifs de la défection et de la constance de Labienus sont donnés comme conjectures d’époque, non comme faits établis.

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