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Bogud le Maure, la charge qui a fait basculer le jour

On dit qu’à Munda, quand la ligne restait bloquée depuis des heures, ce sont ses cavaliers qui ont crevé un flanc pompéien et fait pencher la bataille. Qui est ce roi venu d’au-delà du détroit, engagé dans une querelle entre Romains ? Portrait de Bogud, roi de Maurétanie, allié de César.

La rédaction 20 Martius 45 av. J.-C. 6 min de lecture

Trois jours après le choc, un nom court d’un bout à l’autre du camp de César, et ce n’est pas un nom romain : Bogud, roi des Maures. On assure que la bataille était indécise, la mêlée figée depuis des heures dans la poussière, quand sa cavalerie a chargé sur un flanc de l’armée pompéienne, y a jeté le désordre, et que la ligne d’en face a fini par se rompre. Le récit se répète, se grossit peut-être ; il n’en reste pas moins qu’un roi africain aura pesé sur une journée où deux armées de citoyens romains se disputaient l’Hispanie.

L’homme n’est pas un inconnu de César. Depuis le début de la guerre civile, Bogud tient pour lui. Il règne sur la Maurétanie, ces terres qui s’étendent au-delà de la province d’Afrique, vers le couchant, jusqu’à la mer qui borde le détroit. C’est un allié du dehors, un roi que Rome nomme « ami », qui a mené ses propres cavaliers dans une guerre qui n’est pas la sienne, et qui se retrouve aujourd’hui au cœur d’une victoire romaine.

Le paradoxe mérite qu’on s’y arrête. Voici que le sort d’une bataille entre Romains, dans une plaine de Bétique, aura peut-être tenu à la manœuvre d’un prince berbère et de ses escadrons. Ce que cela dit de la guerre où nous sommes, chacun l’appréciera. Nous rapportons ici ce que l’on sait de Bogud, et ce que l’on raconte au camp de sa charge.

Un roi d’au-delà du détroit

La Maurétanie est le bout du monde romain vers le couchant. Au-delà de la Numidie et de la province d’Afrique, ses cavaliers, ses chevaux petits et infatigables, ses javeliers ont une réputation ancienne : on dit les Maures redoutables en escarmouche, insaisissables, habitués à harceler plutôt qu’à charger de front. Le royaume est partagé entre deux frères : Bogud tient les terres de l’ouest, vers l’Océan et le détroit ; l’autre, Bocchus, celles du levant. Rome traite avec l’un et l’autre comme avec des rois « amis et alliés », selon l’usage qui lie ces princes du dehors au parti qui l’emporte à l’intérieur de la cité.

Bogud, lui, a choisi César, et de longue date. Quand la guerre civile a gagné l’Afrique, il n’est pas resté à sa frontière : on rapporte qu’il a porté la guerre chez les partisans de Pompée, poussé son avantage jusqu’à des cités de l’intérieur, et contribué à détacher de leur cause des soutiens que l’on croyait acquis. Le roi Juba, qui tenait pour le camp adverse, a eu fort à faire de ce voisin remuant. Autant dire que Bogud n’est pas un allié de circonstance rallié au vainqueur du jour : il a lié son sort à César avant que rien ne fût joué.

On murmure aussi, au camp, des choses plus intimes sur les liens du roi maure et du proconsul. On prête à César un attachement pour Eunoé, l’épouse de Bogud, du temps de la guerre d’Afrique. Nous donnons le propos pour ce qu’il est, une rumeur de bivouac, de celles qui se colportent sur les grands et qu’aucun ne peut vérifier. Elle dit du moins la proximité qu’on suppose entre les deux hommes.

La charge qu’on lui prête à Munda

Vient le récit de la bataille, et là il faut être prudent. Ce qui se raconte au camp, et que rapporteront sans doute ceux qui écriront cette guerre, c’est qu’à l’heure la plus indécise, alors que l’infanterie s’épuisait sans avancer et que César lui-même avait dû descendre au premier rang, la cavalerie de Bogud s’est portée sur un flanc — les uns disent sur les arrières — du dispositif pompéien. Le mouvement aurait obligé l’adversaire à dégarnir sa ligne pour y faire face, ouvert une brèche, et changé une mêlée égale en déroute.

Nous rapportons ce récit sans le tenir pour arrêté dans le détail. La part exacte du roi maure dans la victoire, on ne la mesurera jamais avec certitude : une bataille est confuse, chacun de ceux qui la racontent grossit ce qu’il a vu de son côté, et le camp du vainqueur a toujours ses raisons de mettre en avant tel épisode plutôt que tel autre. Que la cavalerie de Bogud ait chargé, on l’affirme partout ; qu’elle ait à elle seule décidé du jour, c’est ce que l’on dit, non ce que l’on peut prouver.

Reste le fait, et il suffit à l’étonnement : dans cette guerre où Rome se déchire elle-même, un roi venu d’au-delà du détroit, avec ses cavaliers, aura tenu un rôle que personne ici ne conteste. Les uns y verront la force d’un homme qui sait choisir son camp ; d’autres, l’étrange dépendance où une querelle romaine met désormais jusqu’aux princes du dehors. César, lui, sait ce qu’il doit à ses alliés, et l’on ne doute pas que le roi maure recevra sa part de reconnaissance.

Le contexte

La Maurétanie s’étend à l’ouest de la province d’Afrique et de la Numidie, jusqu’à l’Océan et au détroit qui la sépare de l’Hispanie. Elle est alors partagée entre deux rois, Bogud à l’ouest et Bocchus à l’est, que Rome tient pour des princes « amis et alliés ».

Depuis le début de la guerre civile, Bogud s’est rangé du côté de César. Il a mené ses cavaliers en Afrique contre les partisans de Pompée, dans les campagnes qui ont précédé la venue de César en Hispanie.

À Munda, le 17 Martius, la bataille est restée longtemps indécise ; César et Cnaeus Pompée le Jeune ont dû payer de leur personne. La percée d’un flanc pompéien, attribuée à la cavalerie maure de Bogud, est donnée comme le moment où la journée a tourné.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qu’on sait et dit de Bogud au camp de César, au 20 Martius. Le récit de sa charge vient pour l’essentiel du camp vainqueur et d’un continuateur anonyme ; nous distinguons ce qui est établi de ce qui est rapporté, et ne préjugeons pas de la part réelle du roi maure dans l’issue.

Ce que l’on sait

  • Bogud est roi de Maurétanie (partie occidentale), au-delà de la province d’Afrique, et compte parmi les alliés de César depuis le début de la guerre civile.
  • Il a engagé sa cavalerie maure aux côtés de César, en Afrique d’abord, puis dans la campagne d’Hispanie qui s’est achevée à Munda.
  • À Munda, la cavalerie de Bogud a chargé un flanc de l’armée pompéienne au cours d’une bataille longtemps indécise.

Ce que l’on ignore

  • La part exacte de Bogud dans la victoire : on ne peut mesurer si sa charge a décidé du jour ou seulement pesé parmi d’autres causes.
  • Ce que Bogud retirera de son engagement, et les honneurs ou avantages que César lui accordera.

Sources historiques utilisées

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -40

Récit contemporain de la campagne et de la bataille de Munda ; principale source du rôle de la cavalerie de Bogud, mais texte lacunaire, confus et de qualité inégale : détails tactiques à prendre avec prudence.

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie · 160

Récit tardif de la campagne d’Hispanie et de Munda, avec le rôle des alliés de César ; complète le Bellum Hispaniense.

secondary

Bogud — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Synthèse sur Bogud, roi de Maurétanie occidentale, co-roi avec Bocchus, allié de César, campagnes d’Afrique, charge à Munda et mariage avec Eunoé.

secondary

Bataille de Munda — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Déroulé de la bataille du 17 mars 45, caractère indécis du combat et intervention de la cavalerie maure de Bogud sur un flanc/les arrières pompéiens ; incertitude sur le site.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Ce portrait imite l’éclairage d’un correspondant au camp de César, au présent de l’époque ; il ne mobilise que ce qui est connaissable au 20 Martius et n’anticipe pas la suite.

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