Cnaeus Pompée tué ; Sextus, lui, a disparu
La nouvelle est désormais confirmée : Cnaeus Pompée le Jeune, en fuite depuis Munda, a été traqué, blessé, pris et mis à mort du côté de Lauro. Sa tête a été portée à César, à Hispalis. Mais son cadet, Sextus, a échappé aux poursuivants, et nul ne sait où il est.
On le savait fuyard ; on le sait mort. Cnaeus Pompée le Jeune, fils aîné de Pompée le Grand et chef de l’armée défaite à Munda, a été rejoint par les cavaliers de César dans les collines de Bétique, du côté de Lauro. Blessé, à bout de course, il a été pris, puis exécuté. On rapporte que sa tête a été portée à César, alors à Hispalis, et montrée à la ville. Il aurait péri autour des ides de ce mois.
Voilà donc tombé celui qui, depuis la défaite de la mi-Martius, tenait encore debout, dans l’esprit de ses partisans, ce qui restait de la cause pompéienne en Hispanie. L’aîné des deux frères, l’homme que l’on disait avoir fait lever cette armée avec les rescapés d’Afrique, n’est plus. La nouvelle, arrivée par bribes et longtemps incertaine, ne l’est plus aujourd’hui.
Reste l’autre. Sextus Pompée, le cadet, a échappé à la traque. On le disait dans la région de Corduba au plus fort de la campagne ; depuis, on a perdu sa trace. Personne, au camp comme dans les cités, ne sait où il se trouve, s’il compte se rendre, gagner la mer, ou tenter autre chose. Son sort est entier et ouvert.
La fin de l’aîné
Après Munda, Cnaeus n’avait pas déposé les armes. On rapporte qu’il chercha d’abord à gagner la côte pour prendre la mer, mais qu’il dut regagner la terre, mal en point, une blessure le tenant. Les cavaliers lancés à sa poursuite le serrèrent de près. Le récit qui court veut qu’il se soit terré dans un couvert, une caverne dit-on, et qu’il ait été livré par des captifs. Blessé, il se serait défendu jusqu’au bout avant de tomber.
Ce que l’on tient pour établi est plus court que le récit : Cnaeus a été rejoint du côté de Lauro, il a été pris et il est mort. Sa tête a été portée à César et exposée à Hispalis, comme on fait de la dépouille d’un chef ennemi pour ôter tout doute et couper court aux rumeurs de survie. Le détail exact de sa capture, le lieu précis, l’ordre des choses, tout cela nous vient d’une seule bouche à l’autre et se contredit encore.
On ne sait pas ce que César a dit ou montré en recevant cette tête. Les uns lui prêtent de la satisfaction, d’autres de la retenue devant le fils de celui qui fut son gendre et son égal. Nous n’avons là que des propos de camp, et nous les donnons pour tels.
Sextus, l’insaisissable
Du cadet, on ne sait rien de sûr. Sextus était dans la province ; il n’a été ni tué à Munda, ni pris avec son frère. Il a filé entre les mailles. Où ? Nul ne l’affirme. On avance des directions, on parle de la côte, on parle de l’intérieur, on parle même de gens qui l’auraient recueilli ; ce ne sont que des bruits qui se démentent l’un l’autre.
La question que chacun se pose n’a pas de réponse aujourd’hui. Se rendra-t-il, comme d’autres l’ont fait après la bataille pour obtenir la clémence ? Cherchera-t-il à sortir de la province ? Tentera-t-il de rallier ce qui reste de partisans épars ? On l’ignore. Ce que l’on constate, c’est qu’un fils de Pompée court toujours, et qu’aucune main ne s’est encore refermée sur lui.
Il serait faux de dire que la guerre d’Hispanie se referme proprement sur la mort de l’aîné. L’armée organisée est brisée, ses chefs tués ou en fuite, mais tant que le cadet reste introuvable, un nom demeure qui peut servir de point de ralliement. On n’enterre pas une cause avec un homme quand un autre du même sang demeure hors de portée.
La lenteur des nouvelles
Cette affaire aura montré, une fois de plus, à quelle allure marche l’information dans cette province coupée et parcourue par la guerre. On a d’abord su Cnaeus vaincu, puis en fuite, sans savoir vivant ou mort. Des semaines durant, on l’a dit tantôt échappé, tantôt pris, tantôt tué. Il aura fallu que sa tête fût portée à Hispalis pour que le doute cesse.
Nous nous en sommes tenus, tout ce temps, à ne poser comme mort personne dont la mort n’était pas avérée. C’est aujourd’hui chose faite pour Cnaeus. Ce ne l’est pas pour Sextus, dont nous ne savons ni où il est, ni ce qu’il fera. Nous rapportons ce qui est établi, nous nommons ce qui reste inconnu, et nous ne comblons pas l’un par l’autre.