Soricaria : César reprend l’ascendant, les armées convergent
Au combat livré près de Soricaria, l’avantage a tourné du côté de César. Les deux armées se rapprochent et campent désormais à portée l’une de l’autre. La tension monte, un choc rangé paraît possible — mais rien n’est décidé : nul ne sait si Cnaeus acceptera la bataille, ni quand, ni où.
La campagne de Bétique est entrée dans une phase où l’on retient son souffle. Depuis quelques jours, un engagement s’est livré du côté de Soricaria, et les nouvelles qui parviennent du théâtre des opérations s’accordent sur un point : l’affaire a tourné à l’avantage de César. Ce n’est pas une bataille rangée — les deux gros ne se sont pas heurtés — mais un combat de position autour d’un point que l’un et l’autre voulaient tenir. Le proconsul y a repris l’ascendant qu’Ategua, rendue le mois passé, lui avait déjà donné.
Depuis, les deux armées ne se quittent plus des yeux. Elles se rapprochent, manœuvrent l’une vers l’autre, et campent maintenant à portée, séparées par un terrain que chacun observe et mesure. Les avant-postes s’effleurent, la cavalerie tâte les abords, les escarmouches se multiplient. Tout indique qu’on approche d’une décision. Reste à savoir laquelle, et si Cnaeus Pompée, dont l’armée demeure la plus nombreuse, consentira à la chercher en rase campagne.
Nous rapportons ici ce que l’on voit et ce que l’on dit sur le théâtre des opérations, à la mi-Martius. L’ascendant repris à Soricaria est un fait ; l’imminence d’un choc, une impression que partagent les deux camps ; l’issue d’une bataille qui n’a pas eu lieu, une chose que personne, ici, ne saurait dire.
Ce que Soricaria a changé
Après le secours d’Ulia, l’hiver de sièges devant Corduba et la reddition d’Ategua, la guerre s’était faite d’usure, de places prises et de désertions. Soricaria marque un autre moment : un engagement en terrain découvert, où les deux armées ont mesuré leurs forces sans encore tout risquer. On rapporte que l’avantage est resté à César, qui a tenu le terrain qu’il voulait et contraint l’adversaire à reculer sur ses positions.
Il faut peser ces nouvelles avec prudence. Le détail de l’affaire nous vient par des récits de camp, souvent confus sur les lieux et les heures, et le camp qui l’emporte grossit toujours son succès. Ce qui paraît sûr, c’est le mouvement d’ensemble : après Ategua, un second revers a entamé le crédit de Cnaeus auprès des siens, et l’on dit les désertions reprendre du côté pompéien. La portée réelle de Soricaria — simple accrochage heureux ou tournant de la campagne — se discutera encore quand on en saura plus.
Pour César, l’intérêt est clair : reprendre l’ascendant, c’est reprendre l’initiative, et pousser un adversaire ébranlé à commettre l’erreur d’accepter la bataille. Pour Cnaeus, l’enjeu est inverse : ne pas se laisser entraîner sur un terrain choisi par l’autre, garder l’avantage du nombre sans le gâcher dans un choc mal engagé.
Deux armées à portée, et une décision en suspens
Les camps se sont rapprochés au point que, dit-on, on distingue d’un tertre les feux de l’autre. C’est la situation qui précède les grandes journées, sans les annoncer à coup sûr. Une armée peut camper des jours à portée d’une autre sans qu’on en vienne aux mains : il suffit qu’un des deux chefs refuse le terrain, décroche de nuit, ou attende un renfort. Rien, à la mi-Martius, ne permet de dire que le choc aura lieu, ni quand, ni sur quel sol.
On prête aux deux camps des humeurs opposées. Autour de César, la troupe, forte de ses derniers succès, se dirait pressée d’en finir. Chez les Pompéiens, on rapporte l’inquiétude après Ategua et Soricaria, mais aussi la résolution de ceux qui n’ont plus de province où se replier et se battront le dos au mur. Ce sont là des propos de camp, que nous donnons pour ce qu’ils valent ; le fond de la pensée des chefs échappe à tous.
La question qui tient tout le monde est simple : Cnaeus livrera-t-il bataille ? Fort du nombre mais entamé dans son crédit, il peut chercher le choc pour le renverser d’un coup, ou l’éviter pour durer. César, qui a l’initiative, voudra sans doute forcer la décision tant que l’ascendant est à lui. Deux volontés se cherchent sur ce terrain de Bétique. Aucune ne l’a encore emporté, et nous nous garderons de dire laquelle la campagne servira.