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Soricaria : César reprend l’ascendant, les armées convergent

Au combat livré près de Soricaria, l’avantage a tourné du côté de César. Les deux armées se rapprochent et campent désormais à portée l’une de l’autre. La tension monte, un choc rangé paraît possible — mais rien n’est décidé : nul ne sait si Cnaeus acceptera la bataille, ni quand, ni où.

La rédaction 14 Martius 45 av. J.-C. 5 min de lecture
Gravure ancienne montrant deux porte-enseignes romains en armes, l’un vêtu d’une cuirasse d’écailles et portant un bouclier rond orné d’aigles, tenant chacun une haute hampe surmontée d’insignes militaires (aigle, figures animales, étendards), dans un paysage parsemé de ruines antiques.
Wenceslaus Hollar, « Seven Roman Standards » (XVIIe siècle), Thomas Fisher Rare Book Library, université de Toronto — domaine public (Wikimedia Commons). Gravure ancienne représentant des porte-enseignes romains, utilisée ici pour évoquer l’armée en marche à la veille du choc de Munda.

La campagne de Bétique est entrée dans une phase où l’on retient son souffle. Depuis quelques jours, un engagement s’est livré du côté de Soricaria, et les nouvelles qui parviennent du théâtre des opérations s’accordent sur un point : l’affaire a tourné à l’avantage de César. Ce n’est pas une bataille rangée — les deux gros ne se sont pas heurtés — mais un combat de position autour d’un point que l’un et l’autre voulaient tenir. Le proconsul y a repris l’ascendant qu’Ategua, rendue le mois passé, lui avait déjà donné.

Depuis, les deux armées ne se quittent plus des yeux. Elles se rapprochent, manœuvrent l’une vers l’autre, et campent maintenant à portée, séparées par un terrain que chacun observe et mesure. Les avant-postes s’effleurent, la cavalerie tâte les abords, les escarmouches se multiplient. Tout indique qu’on approche d’une décision. Reste à savoir laquelle, et si Cnaeus Pompée, dont l’armée demeure la plus nombreuse, consentira à la chercher en rase campagne.

Nous rapportons ici ce que l’on voit et ce que l’on dit sur le théâtre des opérations, à la mi-Martius. L’ascendant repris à Soricaria est un fait ; l’imminence d’un choc, une impression que partagent les deux camps ; l’issue d’une bataille qui n’a pas eu lieu, une chose que personne, ici, ne saurait dire.

Ce que Soricaria a changé

Après le secours d’Ulia, l’hiver de sièges devant Corduba et la reddition d’Ategua, la guerre s’était faite d’usure, de places prises et de désertions. Soricaria marque un autre moment : un engagement en terrain découvert, où les deux armées ont mesuré leurs forces sans encore tout risquer. On rapporte que l’avantage est resté à César, qui a tenu le terrain qu’il voulait et contraint l’adversaire à reculer sur ses positions.

Il faut peser ces nouvelles avec prudence. Le détail de l’affaire nous vient par des récits de camp, souvent confus sur les lieux et les heures, et le camp qui l’emporte grossit toujours son succès. Ce qui paraît sûr, c’est le mouvement d’ensemble : après Ategua, un second revers a entamé le crédit de Cnaeus auprès des siens, et l’on dit les désertions reprendre du côté pompéien. La portée réelle de Soricaria — simple accrochage heureux ou tournant de la campagne — se discutera encore quand on en saura plus.

Pour César, l’intérêt est clair : reprendre l’ascendant, c’est reprendre l’initiative, et pousser un adversaire ébranlé à commettre l’erreur d’accepter la bataille. Pour Cnaeus, l’enjeu est inverse : ne pas se laisser entraîner sur un terrain choisi par l’autre, garder l’avantage du nombre sans le gâcher dans un choc mal engagé.

Deux armées à portée, et une décision en suspens

Les camps se sont rapprochés au point que, dit-on, on distingue d’un tertre les feux de l’autre. C’est la situation qui précède les grandes journées, sans les annoncer à coup sûr. Une armée peut camper des jours à portée d’une autre sans qu’on en vienne aux mains : il suffit qu’un des deux chefs refuse le terrain, décroche de nuit, ou attende un renfort. Rien, à la mi-Martius, ne permet de dire que le choc aura lieu, ni quand, ni sur quel sol.

On prête aux deux camps des humeurs opposées. Autour de César, la troupe, forte de ses derniers succès, se dirait pressée d’en finir. Chez les Pompéiens, on rapporte l’inquiétude après Ategua et Soricaria, mais aussi la résolution de ceux qui n’ont plus de province où se replier et se battront le dos au mur. Ce sont là des propos de camp, que nous donnons pour ce qu’ils valent ; le fond de la pensée des chefs échappe à tous.

La question qui tient tout le monde est simple : Cnaeus livrera-t-il bataille ? Fort du nombre mais entamé dans son crédit, il peut chercher le choc pour le renverser d’un coup, ou l’éviter pour durer. César, qui a l’initiative, voudra sans doute forcer la décision tant que l’ascendant est à lui. Deux volontés se cherchent sur ce terrain de Bétique. Aucune ne l’a encore emporté, et nous nous garderons de dire laquelle la campagne servira.

Le contexte

Après Pharsale, Thapsus et la mort de Pompée le Grand, la guerre civile s’est rallumée en Hispanie ultérieure, où les fils de Pompée, Cnaeus et Sextus, ont levé une armée nombreuse, rejoints par des rescapés d’Afrique dont Titus Labienus.

César a gagné l’Hispanie en un temps très court à la fin de l’an passé, secouru Ulia, mené devant Corduba un hiver de sièges au succès limité, puis obtenu la reddition d’Ategua le 19 Februarius, après des désertions dans le camp adverse.

La localisation exacte des lieux de cette campagne se discute d’un récit à l’autre : les combats se déroulent dans une région de Bétique dont la topographie précise nous parvient de manière confuse.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable depuis le théâtre des opérations, au 14 Martius. Elle rapporte une montée de tension et le rapprochement des armées, distingue les faits établis des propos qui courent au camp, et ne préjuge en rien de ce qui vient — ni bataille, ni date, ni lieu, ni issue.

Ce que l’on sait

  • Un combat s’est livré près de Soricaria au début de Martius ; l’avantage en est resté à César, qui prolonge l’ascendant pris avec la reddition d’Ategua.
  • Les deux armées se sont rapprochées et campent désormais à portée l’une de l’autre, avec des escarmouches d’avant-postes de plus en plus fréquentes.
  • L’armée de Cnaeus Pompée demeure, à l’estime, la plus nombreuse des deux.

Ce que l’on ignore

  • S’il y aura une bataille rangée, quand elle se livrerait et en quel lieu.
  • Si Cnaeus Pompée acceptera le choc en rase campagne ou cherchera à l’éviter.
  • L’issue d’un affrontement qui n’a pas eu lieu : rien n’en est joué, et nul ne saurait dire quel camp l’emporterait.

Sources historiques utilisées

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -40

Récit de première main de la campagne de Bétique, du siège d’Ategua au combat de Soricaria et au rapprochement des armées. Source unique pour beaucoup de détails, mais de qualité médiocre, lacunaire et confuse sur la chronologie et la topographie : détails tactiques à prendre comme ordres de grandeur.

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie · 160

Cadre de la dernière campagne d’Hispanie : forces rassemblées par les fils de Pompée, opérations menant à l’affrontement décisif de Bétique.

secondary

Bataille de Munda — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Synthèse de la campagne de 45 : sièges d’hiver, reddition d’Ategua (19 février), combat de Soricaria début mars, rapprochement des armées, effectifs et lieux débattus.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la dépêche d’un correspondant sur le théâtre de Bétique, à la mi-Martius, au présent de l’époque, sans anticiper la suite de la campagne.

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