← Retour à l’édition À la une

Corduba tombe : répression et milliers de captifs

Dix jours après la bataille de Munda, la victoire des armes se paie sur les cités. La place forte de Munda est prise après une sortie manquée ; Corduba, la grande ville de Bétique, est tombée à son tour dans le sang. On parle de milliers de captifs et de morts. Les chefs pompéiens, eux, courent toujours : nul ne sait où sont les fils de Pompée.

La rédaction 28 Martius 45 av. J.-C. 7 min de lecture
Relief antique en frise montrant des captifs agenouillés devant des soldats romains en armes, porteurs d’enseignes légionnaires, devant les murailles d’une cité prise
Conrad Cichorius, planche LIV, « Unterwerfung des dakischen Volkes » (Soumission du peuple dace), Die Reliefs der Traianssäule (1896-1900), d’après le relief de la colonne Trajane (v. 113 apr. J.-C.) — domaine public (Wikimedia Commons).

La bataille gagnée n’a pas fini la guerre : elle l’a déplacée sur les murs des cités. Depuis Munda, où les armées se sont heurtées le 17 de ce mois, l’armée de César remonte la Bétique de place en place, et chaque cité qui a tenu pour les fils de Pompée règle maintenant son compte à la défaite. On nous rapporte deux nouvelles graves : la place forte de Munda a été emportée, et Corduba, la plus grande ville de la province, est tombée après un siège bref et dur.

Sur Corduba surtout, les récits qui parviennent ici sont lourds. On assure que la ville a été prise de vive force, qu’elle a brûlé en partie, et que les morts se comptent par milliers. Le chiffre qui court, de bouche en bouche, parle de plus de vingt mille tués ou pris — un ordre de grandeur que rien ne permet de vérifier, sinon l’accord de tous ceux qui reviennent du fleuve pour dire l’ampleur du carnage.

Une chose est sûre pour qui vit dans ces cités : ce sont les provinciaux qui paient. Les combattants tombent au champ, mais ce sont les habitants, les garnisons, les hommes levés à la hâte pour tenir les murs qui remplissent aujourd’hui les colonnes de captifs. La reprise de la guerre civile en Hispanie, commencée contre le gouverneur Cassius Longinus, s’achève pour beaucoup de familles de Bétique en deuil et en servitude.

Des chefs pompéiens, en revanche, on ne sait presque rien de sûr. Les deux fils de Pompée le Grand ont quitté le théâtre : Cnaeus, l’aîné, est donné pour fuyard depuis la déroute ; Sextus, le cadet, aurait glissé hors de Corduba avant l’assaut et se serait évanoui dans la nature. Où sont-ils, ce qu’ils tentent, s’ils rassemblent encore des hommes : personne, ici, ne peut le dire. La guerre a un vainqueur sur le champ de Munda ; elle n’a pas encore de fin.

La place de Munda emportée

Après la bataille, une partie des vaincus s’était réfugiée dans la place forte de Munda elle-même, derrière ses murs. On rapporte que César y a laissé des troupes pour l’investir pendant qu’il poussait vers l’intérieur. Les assiégés auraient d’abord tenté une sortie pour rompre l’étreinte ; repoussés, ils n’ont pu que se rejeter dans la ville, désormais sans espoir de secours.

Les récits qui nous viennent de ce siège tiennent de l’horreur, et nous les donnons pour ce qu’ils valent : des propos de camp, non des choses vues par nous. On assure que les assiégeants, pour terrifier la place, auraient dressé contre elle un retranchement fait des corps et des dépouilles des morts de la bataille, entassés avec les armes ramassées sur le champ. Le détail est de ceux qui se grossissent en se répétant ; il dit du moins la sauvagerie que chacun prête à cette fin de campagne.

La place a fini par céder. Avec elle tombe le dernier point d’appui organisé des vaincus dans ce coin de Bétique. Ce qui restait d’une armée levée pour la cause des Pompées se disperse désormais en fuyards, en captifs et en morts.

Corduba prise dans le sang

Corduba était le cœur de la résistance. Grande cité, riche, elle avait été l’un des foyers du soulèvement et tenait garnison pour les fils de Pompée. Après Munda, les débris de l’armée vaincue s’y seraient repliés, grossis de la milice de la ville, de recrues et d’hommes levés dans la hâte, sous la conduite d’un certain Scapula, l’un des chefs du parti pompéien dans la place.

On rapporte que Sextus Pompée, qui tenait la ville, l’a quittée à l’approche de César, filant avec une escorte réduite sans qu’on sache vers où. Restés seuls, les défenseurs se sont divisés : les uns voulaient traiter et ouvrir les portes, les autres tenir à tout prix, sûrs de n’attendre aucun pardon. On dit que Scapula, se sachant condamné, choisit de mourir de sa main avant l’assaut, au terme d’un dernier festin où il distribua ses biens à ses proches.

La ville a été emportée quand des habitants las du siège ont ouvert les portes de l’intérieur. Ce qui a suivi, tous ceux qui en reviennent le disent avec les mêmes mots : le fer, le feu, la tuerie de rue en rue. On assure que le sang coula jusqu’au fleuve, que des quartiers entiers brûlèrent, et que le nombre des tués et des captifs se compte par dizaines de mille. Nous tenons ces chiffres pour des estimations, sans les garantir ; mais l’accord des témoins sur l’ampleur du massacre, lui, ne laisse guère de doute.

Le prix payé par les cités

À mesure que l’armée victorieuse remonte la province, la même question revient dans chaque cité : se rendre et espérer la clémence, ou tenir et risquer le sort de Corduba. La guerre civile, ici, ne se joue pas seulement entre deux camps romains : elle passe par des villes de Bétique qui ont dû choisir, souvent contraintes, le parti sous les armes duquel elles se trouvaient.

Le fait que les vaincus soient des Romains n’a rien adouci. On rapporte que beaucoup, dans les rangs pompéiens, avaient jadis servi César, s’étaient rendus, puis avaient repassé à l’ennemi ; ceux-là se battaient sans espoir de grâce, et n’en attendaient aucune. La rumeur veut que la répression n’ait épargné ni les places prises de force ni les hommes repris les armes à la main. Jusqu’où va la sévérité, sur quelles cités elle s’abat encore : nous ne le savons pas au juste, et n’avançons rien de définitif.

Reste que la reprise de la guerre, un temps portée par le mécontentement provincial contre le gouverneur Cassius Longinus, se retourne aujourd’hui contre les provinciaux eux-mêmes. Ce sont eux qui remplissent les colonnes de prisonniers et pleurent leurs morts, pendant que les chefs qui les ont entraînés courent la campagne, hors d’atteinte pour l’instant.

Ce que l’on ignore encore

La bataille de Munda a un vainqueur, et la reprise des cités le confirme jour après jour. Mais dire que la guerre est finie serait aller plus vite que ce que l’on sait. Deux chefs pompéiens sont en fuite, et un fugitif qui échappe peut demain lever de nouveaux hommes. Cnaeus Pompée, l’aîné, est donné pour errant depuis la déroute ; on ignore où il se terre. Sextus, le cadet, a disparu sans laisser de trace assurée après avoir quitté Corduba.

Nous rapportons ce que l’on voit et ce que l’on dit dans les cités de Bétique, au 28 de ce mois, sans confondre l’un et l’autre. Les places tombent, la répression est réelle, les captifs sont nombreux. Le reste — le sort des fugitifs, l’étendue exacte des représailles, la question de savoir si l’Hispanie est vraiment pacifiée — appartient aux jours qui viennent. Rien, tant que les fils de Pompée courent, n’est encore scellé.

Le contexte

La guerre civile, qu’on croyait éteinte après Pharsale et la fin de la résistance d’Afrique, s’était rallumée en Hispanie ultérieure : les fils de Pompée le Grand y avaient levé une armée nombreuse, profitant du mécontentement contre le gouverneur césarien Quintus Cassius Longinus.

César a gagné l’Hispanie en un temps record, mené une campagne d’hiver de sièges — Ulia secourue, Ategua rendue le 19 Februarius, l’affaire de Soricaria — puis livré à Munda, le 17 Martius, la bataille la plus disputée de sa carrière, où l’on dit qu’il dut payer de sa personne.

La victoire acquise, l’armée remonte la Bétique et réduit une à une les cités qui tenaient pour les Pompées : Munda place forte, puis Corduba. Cette édition rapporte ces chutes au fil des nouvelles, depuis la province, sans préjuger de ce que deviennent les chefs en fuite.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable dans les cités de Bétique, au 28 Martius. Elle tient les chiffres pour des ordres de grandeur, distingue ce qu’elle voit de ce qu’on lui rapporte, et surtout ne préjuge en rien du sort des chefs en fuite : où sont les fils de Pompée et ce qu’ils feront, personne ne le sait encore.

Ce que l’on sait

  • La place forte de Munda a été prise après une sortie des assiégés repoussée.
  • Corduba, grande cité de Bétique et foyer de la résistance pompéienne, est tombée après un siège bref et dur.
  • La prise de Corduba s’est accompagnée d’une répression sévère : incendie, tueries, milliers de tués et de captifs.
  • Les deux fils de Pompée le Grand, Cnaeus et Sextus, ont quitté le théâtre et sont en fuite ; Sextus aurait quitté Corduba avant l’assaut.

Ce que l’on ignore

  • Où sont les fils de Pompée et ce qu’ils tentent ; s’ils peuvent encore rassembler des forces.
  • Si la guerre en Hispanie est réellement finie ou si un nouveau foyer peut se rallumer.
  • L’ampleur exacte des représailles et les cités qu’elles frappent encore.
  • Le décompte réel des morts et des prisonniers, que nul ne peut établir.

Sources historiques utilisées

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -40

Seule source de détail sur la campagne : sièges de Munda et de Corduba, sortie des assiégés, prise des cités et répression. Récit de qualité médiocre, lacunaire et confus dans la chronologie et la topographie — chiffres et détails à prendre avec prudence.

primary

Histoire romaine, livre XLIII

Dion Cassius · 230

Récit tardif de la campagne d’Hispanie, de Munda et de la reddition des cités ; complément aux lacunes du Bellum Hispaniense.

secondary

Siège de Corduba (45 av. J.-C.) — Wikipédia

Wikipédia (EN) · 2026

Synthèse moderne : fuite de Sextus Pompée, défense confiée à Scapula, passage du Baetis, prise de la ville, incendie et environ vingt-deux mille morts, suicide de Scapula. Chiffres présentés comme ordres de grandeur.

secondary

Bataille de Munda — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Recoupement de la chronologie de la campagne : Munda le 17 Martius, prise des places (Munda, Corduba, Hispalis, Gadès) dans les semaines suivantes, fuite des fils de Pompée, incertitude sur les chiffres et la localisation.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la dépêche d’un correspondant remontant la Bétique au présent de l’époque, sans anticiper le sort des chefs en fuite ni la suite de la campagne.

Articles liés