Ategua se rend : l’étau se resserre sur Cnaeus
La place forte d’Ategua, à quelque vingt milles au sud-est de Corduba — une journée de marche —, a ouvert ses portes à César le 19 Februarius, après des semaines de siège et des désertions dans les rangs pompéiens. C’est le premier vrai coup dur pour Cnaeus Pompée, qui n’a pu la secourir. Reste la question que tout le camp se pose : cherchera-t-il enfin la bataille rangée, ou poursuivra-t-il la guerre de places ?
La nouvelle a couru de camp en camp avant même d’être sûre : Ategua est tombée. La place, l’une des mieux défendues que tenaient les fils de Pompée en Bétique, s’est rendue à César le 19 de ce mois, au terme d’un siège de plusieurs semaines. On rapporte que le proconsul y a été salué imperator par ses hommes le jour même de la reddition. Adossée à un terrain fort, garnie de vivres et de troupes, Ategua passait pour un verrou : la voir céder change l’allure de la campagne.
Ce qui frappe le plus, ici, n’est pas la chute d’une place — César en a réduit d’autres cet hiver — mais le fait que Cnaeus Pompée le Jeune, qui commande l’armée républicaine reconstituée dans la province, n’ait pu la sauver. Il s’en est approché, dit-on, a tenté des mouvements pour desserrer l’étreinte, et s’est retiré sans forcer la décision. Ategua est tombée sous ses yeux, ou peu s’en faut.
Nous rapportons ce que l’on sait de sûr et ce qui se dit au camp, en distinguant les deux. Le détail du siège nous vient surtout de récits recueillis auprès de soldats et de gens de la place ; il est à prendre pour ce qu’il est, un premier compte rendu, non un bilan arrêté.
Un verrou de la Bétique
Ategua se dresse à quelque vingt milles au sud-est de Corduba — environ une journée de marche —, sur une hauteur que la nature défend. Elle commandait, pour le parti pompéien, l’accès à toute une région de la vallée du Baetis et servait de magasin : on y avait rassemblé des vivres, du bétail et une garnison nombreuse. La prendre, c’était priver Cnaeus d’un point d’appui et s’ouvrir le pays autour de Corduba, où se tiennent le gros de ses forces et son frère cadet, Sextus.
Le siège fut, dit-on, rude et disputé. César fit courir autour de la place des lignes, dressa des tours et des terrasses, pressa les défenseurs par le fer et par la faim. Ceux de la garnison ne se laissèrent pas faire : on rapporte des sorties, des combats aux ouvrages, des jours où l’issue parut incertaine. C’est le train ordinaire de ces guerres de places où l’on gagne à la pioche et à la patience, non en un choc.
Les désertions et la reddition
Ce qui a fait pencher la balance, à ce qu’on dit, ce ne sont pas seulement les machines : c’est le découragement gagnant l’intérieur des murs. Des hommes de la garnison auraient cherché à passer à César, jugeant la place perdue et le secours trop lent. On raconte des scènes dures — le commandant pompéien de la place faisant mettre à mort, sur la muraille et à la vue des assiégeants, ceux qu’il soupçonnait de vouloir déserter. Nous donnons ces détails sous toute réserve : ils courent au camp, ils tiennent de l’horreur qui se colporte, et nul des nôtres n’était derrière ces murs pour en répondre.
Ce qui est sûr, c’est qu’une délégation finit par sortir traiter avec César, et que la place se rendit le 19. Le proconsul entra dans Ategua ce jour-là, et ses hommes l’y saluèrent imperator. On dit qu’il ménagea la population et ne livra pas la cité au sac, comme il l’a fait ailleurs quand la reddition venait à temps ; sur les conditions exactes accordées à la garnison, les récits varient et nous ne les tranchons pas.
Le premier revers de Cnaeus
Jusqu’ici, la campagne d’hiver avait pesé, sans que rien de décisif ne penche. César avait dégagé Ulia, la cité restée fidèle que Cnaeus tenait assiégée ; il avait tâté Corduba sans l’emporter. Ategua est autre chose : une place forte perdue, une garnison entière soustraite, et surtout un secours manqué à la vue de tous. Dans une guerre où le moral des hommes fait la moitié de la force, cela compte.
Au camp de César, on veut y lire le signe que la prise pompéienne sur la province se desserre, et que les cités qui hésitaient regarderont désormais de son côté. Chez l’adversaire, on devine l’inquiétude : des désertions, un verrou sauté, l’initiative qui glisse. Cnaeus dispose encore d’une armée nombreuse — on la dit plus forte en légions que celle de César —, de la Bétique en grande partie, et de places qui tiennent, à commencer par Corduba.
Reste la question qui court sous toutes les tentes. Cnaeus, jusqu’ici, a fui le choc et joué les places et les manœuvres, sûr que le temps et le nombre travaillaient pour lui. Ce revers le poussera-t-il enfin à ranger son armée en bataille pour arrêter César d’un coup, ou s’enfoncera-t-il plus avant dans la guerre de sièges ? Nul, ici, ne connaît le fond de sa pensée. Les jours qui viennent le diront.