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Ategua se rend : l’étau se resserre sur Cnaeus

La place forte d’Ategua, à quelque vingt milles au sud-est de Corduba — une journée de marche —, a ouvert ses portes à César le 19 Februarius, après des semaines de siège et des désertions dans les rangs pompéiens. C’est le premier vrai coup dur pour Cnaeus Pompée, qui n’a pu la secourir. Reste la question que tout le camp se pose : cherchera-t-il enfin la bataille rangée, ou poursuivra-t-il la guerre de places ?

La rédaction 24 Februarius 45 av. J.-C. 6 min de lecture
Relief antique en frise montrant l’assaut d’une forteresse : une échelle dressée contre un rempart, des soldats romains bouclier au poing progressant vers la muraille, une tour fortifiée et des cavaliers
Conrad Cichorius, planche LXXXIV, « Festungssturm » (Assaut d’une forteresse, scène CXIII), Die Reliefs der Traianssäule, Zweiter Tafelband (1900), d’après le relief de la colonne Trajane (v. 113 apr. J.-C.) — domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle a couru de camp en camp avant même d’être sûre : Ategua est tombée. La place, l’une des mieux défendues que tenaient les fils de Pompée en Bétique, s’est rendue à César le 19 de ce mois, au terme d’un siège de plusieurs semaines. On rapporte que le proconsul y a été salué imperator par ses hommes le jour même de la reddition. Adossée à un terrain fort, garnie de vivres et de troupes, Ategua passait pour un verrou : la voir céder change l’allure de la campagne.

Ce qui frappe le plus, ici, n’est pas la chute d’une place — César en a réduit d’autres cet hiver — mais le fait que Cnaeus Pompée le Jeune, qui commande l’armée républicaine reconstituée dans la province, n’ait pu la sauver. Il s’en est approché, dit-on, a tenté des mouvements pour desserrer l’étreinte, et s’est retiré sans forcer la décision. Ategua est tombée sous ses yeux, ou peu s’en faut.

Nous rapportons ce que l’on sait de sûr et ce qui se dit au camp, en distinguant les deux. Le détail du siège nous vient surtout de récits recueillis auprès de soldats et de gens de la place ; il est à prendre pour ce qu’il est, un premier compte rendu, non un bilan arrêté.

Un verrou de la Bétique

Ategua se dresse à quelque vingt milles au sud-est de Corduba — environ une journée de marche —, sur une hauteur que la nature défend. Elle commandait, pour le parti pompéien, l’accès à toute une région de la vallée du Baetis et servait de magasin : on y avait rassemblé des vivres, du bétail et une garnison nombreuse. La prendre, c’était priver Cnaeus d’un point d’appui et s’ouvrir le pays autour de Corduba, où se tiennent le gros de ses forces et son frère cadet, Sextus.

Le siège fut, dit-on, rude et disputé. César fit courir autour de la place des lignes, dressa des tours et des terrasses, pressa les défenseurs par le fer et par la faim. Ceux de la garnison ne se laissèrent pas faire : on rapporte des sorties, des combats aux ouvrages, des jours où l’issue parut incertaine. C’est le train ordinaire de ces guerres de places où l’on gagne à la pioche et à la patience, non en un choc.

Les désertions et la reddition

Ce qui a fait pencher la balance, à ce qu’on dit, ce ne sont pas seulement les machines : c’est le découragement gagnant l’intérieur des murs. Des hommes de la garnison auraient cherché à passer à César, jugeant la place perdue et le secours trop lent. On raconte des scènes dures — le commandant pompéien de la place faisant mettre à mort, sur la muraille et à la vue des assiégeants, ceux qu’il soupçonnait de vouloir déserter. Nous donnons ces détails sous toute réserve : ils courent au camp, ils tiennent de l’horreur qui se colporte, et nul des nôtres n’était derrière ces murs pour en répondre.

Ce qui est sûr, c’est qu’une délégation finit par sortir traiter avec César, et que la place se rendit le 19. Le proconsul entra dans Ategua ce jour-là, et ses hommes l’y saluèrent imperator. On dit qu’il ménagea la population et ne livra pas la cité au sac, comme il l’a fait ailleurs quand la reddition venait à temps ; sur les conditions exactes accordées à la garnison, les récits varient et nous ne les tranchons pas.

Le premier revers de Cnaeus

Jusqu’ici, la campagne d’hiver avait pesé, sans que rien de décisif ne penche. César avait dégagé Ulia, la cité restée fidèle que Cnaeus tenait assiégée ; il avait tâté Corduba sans l’emporter. Ategua est autre chose : une place forte perdue, une garnison entière soustraite, et surtout un secours manqué à la vue de tous. Dans une guerre où le moral des hommes fait la moitié de la force, cela compte.

Au camp de César, on veut y lire le signe que la prise pompéienne sur la province se desserre, et que les cités qui hésitaient regarderont désormais de son côté. Chez l’adversaire, on devine l’inquiétude : des désertions, un verrou sauté, l’initiative qui glisse. Cnaeus dispose encore d’une armée nombreuse — on la dit plus forte en légions que celle de César —, de la Bétique en grande partie, et de places qui tiennent, à commencer par Corduba.

Reste la question qui court sous toutes les tentes. Cnaeus, jusqu’ici, a fui le choc et joué les places et les manœuvres, sûr que le temps et le nombre travaillaient pour lui. Ce revers le poussera-t-il enfin à ranger son armée en bataille pour arrêter César d’un coup, ou s’enfoncera-t-il plus avant dans la guerre de sièges ? Nul, ici, ne connaît le fond de sa pensée. Les jours qui viennent le diront.

Le contexte

La guerre civile, qu’on croyait éteinte après Pharsale et la campagne d’Afrique, s’est rallumée en Hispanie ultérieure. Mécontents du gouvernement de Quintus Cassius Longinus, les provinces et les légions se sont soulevées, et les fils de Pompée le Grand, Cnaeus et Sextus, y ont levé une armée nombreuse.

César a quitté Rome à la fin de l’an dernier et gagné l’Hispanie en une marche que l’on dit d’une rapidité extraordinaire. Depuis, il mène une campagne d’hiver de sièges et de manœuvres : secours d’Ulia, opérations autour de Corduba, et maintenant Ategua.

Le parti pompéien s’est renforcé de rescapés d’Afrique, dont Titus Labienus, jadis le meilleur lieutenant de César en Gaule et passé depuis à ses adversaires, et Publius Attius Varus. C’est une armée aguerrie et décidée qui fait face au proconsul.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 24 Februarius, depuis le théâtre des opérations. Le détail du siège d’Ategua nous vient surtout d’un récit fragile et confus, recueilli à chaud auprès de soldats et de gens de la place : nous distinguons le peu qui est établi — une reddition, une date, un revers pour Cnaeus — de ce qui se colporte, et ne préjugeons en rien de la suite de la campagne.

Ce que l’on sait

  • La place forte d’Ategua, au sud de Corduba, s’est rendue à César le 19 Februarius, après un siège de plusieurs semaines.
  • Des désertions ont affaibli la garnison pompéienne avant la reddition.
  • Cnaeus Pompée n’a pu secourir la place ; c’est son premier revers marqué de la campagne, et il ébranle la position pompéienne dans la région.

Ce que l’on ignore

  • Le moral réel de l’armée de Cnaeus et l’effet exact de ce revers sur ses troupes et sur les cités qui hésitent.
  • La prochaine manœuvre de Cnaeus : cherchera-t-il la bataille rangée pour arrêter César, ou poursuivra-t-il la guerre de places ?
  • Les conditions exactes accordées à la garnison et le sort réservé à la population.

Sources historiques utilisées

primary

Guerre d’Espagne (Bellum Hispaniense)

Continuateur anonyme de César · -40

Récit de première main du siège d’Ategua : lignes et ouvrages, sorties, désertions, cruautés du commandant pompéien sur la muraille, reddition et salutation impériale. Texte lacunaire et confus, d’un continuateur médiocre : tout détail tactique ou chiffré qu’il est seul à donner est à prendre avec prudence.

primary

Histoire romaine, livre XLIII

Dion Cassius · 230

Récit plus tardif de la campagne d’Hispanie : soulèvement de la province, sièges de l’hiver, opérations autour de Corduba et d’Ategua. L’ordre des événements diffère parfois de celui de la Guerre d’Espagne.

secondary

Bataille de Munda — Wikipédia

Wikipédia (FR) · 2026

Synthèse moderne de la campagne de 45 : chronologie (siège d’Ategua à partir de la mi-janvier, reddition le 19 février, Soricaria début mars), rôle des désertions, incertitudes des sources et des chiffres.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent la dépêche d’un correspondant suivant la campagne d’Hispanie au présent de l’époque, depuis le camp de César, sans connaître la suite des opérations.

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