Pourquoi Montoire : une gare choisie pour le secret
Comment un bourg discret du Loir-et-Cher s'est-il trouvé, l'espace de quelques heures, au centre de la diplomatie européenne ? Le choix de la petite gare de Montoire-sur-le-Loir ne doit rien au hasard : tout, dans ce lieu, paraît avoir été pesé pour la sûreté et le secret.
MONTOIRE-SUR-LE-LOIR (Loir-et-Cher). — Que des ministres et des chefs d'État se soient donné rendez-vous ici, dans ce bourg paisible blotti au bord du Loir, voilà qui laisse les habitants incrédules. Montoire n'est qu'une petite localité de campagne, loin des grands axes et des grandes villes, et sa gare, jusqu'à cette semaine, ne voyait guère passer que les trains ordinaires de la ligne. C'est pourtant là que les rencontres dont on parle se sont nouées : à la gare, et non dans quelque château ou quelque préfecture.
Le lieu surprend ; il s'explique. À mesure que filtrent les détails de l'organisation, on comprend que ce coin tranquille du Vendômois a précisément été retenu pour ce qu'il offre de discrétion et de sûreté. Plusieurs gares du département, nous dit-on, avaient été passées en revue avant que le choix se fixât sur celle-ci. Tentons d'en éclairer les raisons, telles que les recoupements permettent de les établir.
Une gare à l'écart de tout
Le premier mérite de Montoire est sa solitude. La gare se tient à l'écart du centre du bourg, sans habitations serrées autour d'elle. On y boucle aisément les abords ; on en surveille les approches sans avoir à vider des rues entières ni à déloger des riverains. Là où une gare de ville eût exigé un dispositif lourd et visible, celle-ci se prête d'elle-même à une protection rapprochée et silencieuse.
Selon les témoignages que nous avons pu recueillir sur place, deux ou trois gares voisines auraient été examinées avant qu'on arrêtât son choix. Si Montoire l'a emporté, c'est, dit-on, qu'aucune n'offrait à la fois cet isolement et cette commodité de desserte.
Proche de la ligne de démarcation
Le second atout tient à la géographie du moment. Montoire se trouve à courte distance de la ligne de démarcation qui, depuis l'armistice, partage le pays en deux zones. Cette proximité facilite, pour les uns comme pour les autres, le passage d'une zone à l'autre et l'acheminement des trains. Le bourg se trouve par ailleurs à portée de la grande ligne qui mène vers le Sud-Ouest, ce qui le place commodément sur la route d'un voyageur venu de loin.
Pour un déplacement conduit en chemin de fer, et que l'on souhaite à la fois rapide et dérobé aux regards, une gare ainsi située offrait des facilités qu'on ne trouvait pas ailleurs.
Un tunnel pour abriter le train
Reste le détail qui, plus que tout autre, a sans doute emporté la décision : à quelques kilomètres de la gare s'ouvre un tunnel ferroviaire, celui de Saint-Rimay, percé sous la roche. On nous le décrit long de quelque cinq cents mètres, surmonté d'une trentaine de mètres de pierre.
Un tel ouvrage, en ces temps où le ciel n'est jamais tout à fait sûr, vaut un abri : en cas d'alerte aérienne, un train officiel peut s'y glisser et se mettre, sous l'épaisseur du rocher, à couvert d'une attaque venue d'en haut. On comprend qu'un convoi transportant de hauts personnages ait pu trouver là une garantie que nulle gare ouverte n'aurait offerte.
Isolement, commodité d'accès, abri tout proche : ces trois traits réunis dessinent les raisons d'un choix que rien, dans l'apparence modeste du lieu, ne laissait deviner. Le reste — la teneur des entretiens, ce qui s'y est dit et ce qui pourrait en sortir — échappe encore à la connaissance publique.