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Pierre Laval, l’homme qui a ménagé la rencontre

Vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, dauphin désigné du maréchal, Pierre Laval a, le 22 octobre, gagné Montoire pour y voir M. von Ribbentrop puis le chancelier Hitler. Deux jours plus tard, le maréchal Pétain s’y rendait à son tour. Portrait de l’homme par qui l’entrevue s’est nouée.

Notre correspondant politique 27 octobre 1940, 09h00 6 min de lecture

On l’a peu vu, ces derniers jours, dans les couloirs de l’hôtel du Parc. C’est qu’il était ailleurs : sur une route de la zone occupée, puis dans une petite gare du Loir-et-Cher, où l’attendait, dit-on, le wagon du chancelier d’Allemagne. Le 22 octobre, M. Pierre Laval, vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, a rencontré à Montoire-sur-le-Loir le ministre M. von Ribbentrop, puis le chancelier Hitler lui-même. C’est lui qui, deux jours après, a ménagé la venue du maréchal Pétain en ce même lieu.

Le voyage avait été tenu secret. M. Laval, à ce que rapportent ceux qui l’ont approché, s’était d’abord cru attendu par le seul M. von Ribbentrop ; ce n’est qu’en chemin, conduit par l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, M. Otto Abetz, qu’il aurait appris que le chancelier en personne serait du rendez-vous. La scène, déjà, court de bouche à oreille à Vichy. Ce que l’on en retient surtout, c’est le rôle de l’homme : ni le maréchal, ni le gouvernement assemblé, mais lui, seul, allant au-devant des Allemands pour préparer le terrain.

Qui est donc ce ministre d’État devenu, en quelques mois, la pièce maîtresse du pouvoir nouveau ? Beaucoup, à Vichy, croient le connaître ; peu, en vérité, percent l’homme, qui avance couvert et parle peu.

D’Aubervilliers aux Affaires étrangères

Pierre Laval est né en 1883 à Châteldon, dans le Puy-de-Dôme, d’un père cafetier et aubergiste. Avocat de formation, il s’est fait d’abord, au barreau, le défenseur de syndicalistes et de militants ouvriers. C’est sous l’étiquette socialiste qu’il entre à la Chambre en 1914, comme député d’Aubervilliers, ville de la banlieue rouge dont il deviendra le maire.

Son itinéraire, depuis, a dérouté plus d’un de ses contemporains. Parti de la gauche, il a quitté la S.F.I.O. en 1924, s’est dit « socialiste indépendant », puis a glissé vers le centre et vers la droite, siégeant enfin parmi les non-inscrits. Sénateur dès 1927, il a multiplié les portefeuilles — Travaux publics, Travail, où il fit voter en 1930 la loi sur les assurances sociales, puis les Affaires étrangères. Deux fois président du Conseil, en 1931 et 1932, puis de 1935 à 1936, il a laissé le souvenir d’un négociateur retors et d’un homme de rigueur budgétaire, peu aimé des milieux populaires.

On lui connaît une fortune bâtie dans la presse de province et la radio, qui lui assure une indépendance que d’aucuns jugent suspecte. Et l’on n’a pas oublié sa diplomatie d’avant-guerre, tournée vers Rome : sa rencontre avec M. Mussolini, en janvier 1935, et les accords qui en sortirent avaient marqué les esprits. Laval, déjà, tenait que la paix du continent passait par l’entente directe avec les régimes forts.

Le dauphin du maréchal

Depuis l’été, M. Laval n’est plus un ministre parmi d’autres. C’est lui qui, à Vichy, a conduit la révision constitutionnelle et démarché les parlementaires, jusqu’au vote du 10 juillet qui remit tous pouvoirs au maréchal. Le 12 juillet, il était nommé vice-président du Conseil ; un acte constitutionnel le désignait dans le même temps comme successeur du maréchal Pétain, en cas de vacance du pouvoir, avant que la Nation n’ait ratifié la Constitution promise.

À ce titre de dauphin s’ajoute, depuis, celui de ministre des Affaires étrangères. C’est dire que la conduite des rapports avec l’occupant lui revient en propre. Tandis que le maréchal incarne, à Vichy, l’autorité morale et le recueillement du pays vaincu, M. Laval s’est fait l’homme des démarches et des contacts, celui qui va et vient entre la zone libre et Paris, où il a noué des relations suivies avec l’ambassade d’Allemagne.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre Montoire. L’entrevue n’est pas née d’un hasard : elle a été préparée de longue main par les entretiens du ministre avec M. Abetz. Quand le train du chancelier, revenant d’Hendaye où il avait vu le général Franco, s’est arrêté dans la petite gare, c’est M. Laval qui s’est avancé le premier, le 22, avant que le maréchal n’y vînt le 24.

Ce que l’on prête à ses desseins

Sur les intentions qui l’ont mené à Montoire, le ministre ne s’est pas ouvert. On lui prête, dans les conversations de couloir, l’espoir d’arracher des adoucissements à la dure condition de l’armistice : le retour de quelques-uns des prisonniers retenus en Allemagne, un assouplissement de cette ligne de démarcation qui coupe le pays en deux, peut-être des assurances sur le sort de l’Empire. Ce ne sont là que bruits ; aucune parole publique du ministre ne les confirme, et nous les livrons pour ce qu’ils valent.

Ce qui est sûr, c’est que l’homme croit, et de longue date, à la nécessité de traiter avec l’Allemagne plutôt que de subir. Ses adversaires d’hier y voient l’aboutissement d’une pente prise dès Rome ; ses partisans, le seul réalisme possible pour un pays à terre. Entre ces lectures, il est trop tôt pour trancher.

Reste l’image de ces journées : un maréchal de France serrant la main du chancelier d’Allemagne dans un wagon, et, à ses côtés, l’homme qui aura tout disposé. De ce que les deux gouvernements se sont dit à Montoire, rien d’officiel n’a encore filtré. M. Laval, qui sait mieux que personne ménager ses effets, n’en dira sans doute que ce qu’il jugera utile, et au moment qu’il aura choisi.

Le contexte

L’armistice du 22 juin 1940 a coupé la France en une zone occupée et une zone libre, séparées par une ligne de démarcation, et laissé près de deux millions de soldats français prisonniers en Allemagne.

Le 10 juillet, l’Assemblée nationale réunie à Vichy a confié tous pouvoirs au maréchal Pétain ; le 12 juillet, M. Pierre Laval a été nommé vice-président du Conseil et désigné comme successeur du maréchal.

Le chancelier Hitler revenait d’Hendaye, où il avait rencontré le général Franco, lorsque son train s’est arrêté à Montoire-sur-le-Loir.

Le 22 octobre, M. Laval y a rencontré M. von Ribbentrop puis le chancelier ; le 24 octobre, le maréchal Pétain s’y est rendu à son tour.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qui est connaissable au 27 octobre 1940. Il rapporte le rôle de M. Laval dans la rencontre de Montoire et rappelle sa carrière, sans préjuger de ce qui a pu s’y dire ni des suites qui en sortiront. Les intentions qu’on lui prête sont données comme telles, et non comme des faits.

Ce que l’on sait

  • M. Pierre Laval est vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères ; il a été désigné, en juillet, comme successeur du maréchal Pétain en cas de vacance du pouvoir.
  • Le 22 octobre 1940, il a rencontré à Montoire-sur-le-Loir le ministre allemand M. von Ribbentrop, puis le chancelier Hitler.
  • L’entrevue avait été préparée par ses entretiens avec M. Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne à Paris.
  • Le 24 octobre, le maréchal Pétain s’est rendu à son tour à Montoire, dont M. Laval avait ménagé la venue.
  • Laval, né en 1883 à Châteldon, ancien avocat et député socialiste d’Aubervilliers, a été deux fois président du Conseil (1931-1932 et 1935-1936) et ministre des Affaires étrangères avant la guerre.

Ce que l’on ignore

  • On ignore ce que les gouvernements français et allemand se sont dit à Montoire, et ce qui aurait pu y être convenu : aucun communiqué officiel n’en a précisé la teneur.
  • Les suites pratiques de l’entrevue — sur les prisonniers, la ligne de démarcation ou toute autre question — ne sont pas connues.
  • Les intentions précises qui ont conduit M. Laval à Montoire ne sont pas établies publiquement.

Sources historiques utilisées

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Pierre Laval — Wikipédia

Biographie consultée pour l’itinéraire de Laval (naissance en 1883 à Châteldon, débuts socialistes à Aubervilliers, présidences du Conseil, diplomatie pro-italienne, fortune dans la presse et la radio) et pour sa position en octobre 1940 (vice-président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, successeur désigné par l’acte constitutionnel n°4).

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Entrevue de Montoire — Wikipédia

Article consulté pour le déroulé des 22 et 24 octobre 1940, le choix de la gare de Montoire-sur-le-Loir, la préparation par Pierre Laval avec l’ambassadeur Otto Abetz, et les contreparties espérées par Vichy (prisonniers, ligne de démarcation).

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Reconstitution journalistique

Le portrait imite la presse politique du 27 octobre 1940, qui connaît la tenue des entrevues de Montoire mais ignore ce qui s’y est dit comme leurs suites.

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