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La poignée de main de Montoire : Pétain a rencontré Hitler

Le pays l’apprend ces jours-ci, plusieurs jours après les faits : le maréchal Pétain, chef de l’État, a rencontré le chancelier Hitler. La scène se serait déroulée le 24 octobre dans une gare de province ; des photographies venues d’Allemagne montrent les deux hommes se serrant la main. De la teneur de l’entretien, on ne sait rien. Aucun accord n’a été annoncé.

La rédaction 26 octobre 1940, 07h00 6 min de lecture
Le maréchal Pétain et Adolf Hitler se serrent la main à Montoire-sur-le-Loir, le 24 octobre 1940, entourés d’officiers allemands.
Heinrich Hoffmann, photographie de l’entrevue de Montoire, 24 octobre 1940. Bundesarchiv, Bild 183-H25217 — CC BY-SA 3.0 DE (Wikimedia Commons).

Une nouvelle, ces jours-ci, court de bouche à oreille avant même de paraître en clair : le maréchal Pétain, chef de l’État français, a rencontré le chancelier du Reich, Adolf Hitler. La rencontre, tenue d’abord secrète, ne se découvre qu’à retardement, par des photographies venues d’Allemagne où l’on voit les deux hommes échanger une poignée de main. Ce que l’image laisse deviner, aucun communiqué n’est jusqu’ici venu l’expliquer. Nous rapportons ce que l’on peut en savoir ce matin, en distinguant soigneusement le certain du présumé.

D’après les éléments qui filtrent, l’entrevue aurait eu lieu le jeudi 24 octobre, en fin d’après-midi, dans une gare du Loir-et-Cher, à Montoire-sur-le-Loir, petite localité de bord de rivière où nul n’aurait songé à chercher pareille scène. Le chancelier s’y serait arrêté à bord de son train spécial. C’est sur le quai, dit-on, que les deux hommes se seraient salués ; l’entretien se serait poursuivi à l’abri des regards, dans un wagon-salon.

Les clichés qui parviennent aujourd’hui à la connaissance du public montrent, autour du maréchal et du chancelier, plusieurs figures du Reich : M. von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, et, selon les légendes qui accompagnent ces images, le maréchal Keitel, chef du commandement de la Wehrmacht. M. Pierre Laval, vice-président du Conseil, aurait accompagné le chef de l’État ; on lui prête d’ailleurs un rôle dans la préparation de l’entrevue, sans que la chose soit établie. L’interprète du chancelier, M. Paul Schmidt, figurerait également sur les photographies.

Sur ce qui s’est dit dans le wagon, le silence est entier. Nul compte rendu officiel n’a été publié ; aucun texte, aucun traité, aucun engagement n’a été porté à la connaissance du pays. Ceux qui prétendent en deviner la portée le font par conjecture, non par information : à l’heure où nous écrivons, la rédaction n’est en mesure d’affirmer ni l’objet de l’entretien, ni ses suites éventuelles.

L’opinion, à mesure que la nouvelle se répand, paraît saisie d’un trouble diffus. Que le maréchal, en qui tant de Français ont placé leur confiance depuis l’été, ait serré la main du chef de l’Allemagne, voilà qui surprend, interroge, et que chacun commente à sa manière, faute d’explication venue d’en haut. Les uns y voient une démarche de circonstance, dictée par la dure situation d’un pays vaincu et partiellement occupé ; d’autres s’en inquiètent en silence. Aucune parole publique n’est encore venue dire aux Français ce qu’ils doivent en penser.

Il faut ici se garder des mots qui anticipent. Une rencontre n’est pas un accord ; une poignée de main, fût-elle photographiée et diffusée, n’engage par elle-même à rien que l’on connaisse. Le maréchal s’est, depuis juin, voulu l’homme d’un redressement national ; il a, dans ses messages, parlé d’épargner au pays de nouvelles souffrances. Mais ce que cette entrevue signifie pour la conduite des affaires, et ce qu’elle pourrait engager pour la France, demeure, ce matin, hors de notre portée.

Les Échos du Passé s’en tiennent donc à l’établi : une rencontre a eu lieu, des images en témoignent, des noms y figurent. Pour le reste — le pourquoi, le contenu, les lendemains —, nous attendons, comme le pays, qu’une parole vienne éclairer ce que les seules photographies laissent dans l’ombre.

Le contexte

L’armistice du 22 juin 1940 a laissé la France coupée en deux : une zone occupée par l’armée allemande, une zone dite libre où s’est établi le gouvernement.

Le 10 juillet, l’Assemblée nationale réunie à Vichy a confié les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain, devenu chef de l’État français.

M. Pierre Laval, vice-président du Conseil, est tenu pour la seconde personnalité du gouvernement.

Le chancelier Hitler s’est rendu ces derniers jours dans le Sud-Ouest, où il a notamment rencontré le général Franco ; son train aurait traversé la France à cette occasion.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au matin du 26 octobre 1940 : une rencontre attestée par des images, dont la teneur demeure inconnue. Elle ne préjuge ni de l’objet de l’entretien, ni d’un accord quelconque, ni de ses suites. Les points incertains sont signalés comme tels ; les propos officiels, lorsqu’il y en aura, seront cités et attribués, non endossés.

Ce que l’on sait

  • Des photographies diffusées depuis l’Allemagne montrent le maréchal Pétain et le chancelier Hitler se serrant la main.
  • La rencontre, d’abord tenue secrète, se révèle au public plusieurs jours après les faits, par la voie de ces images.
  • L’entrevue se serait tenue le 24 octobre 1940, en fin d’après-midi, dans la gare de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher), Hitler voyageant à bord de son train spécial.
  • Figurent sur les clichés ou y sont rattachés, outre les deux chefs : M. von Ribbentrop, M. Paul Schmidt (interprète), et M. Pierre Laval ; les légendes allemandes mentionnent aussi le maréchal Keitel.

Ce que l’on ignore

  • La teneur de l’entretien est inconnue : aucun compte rendu officiel n’a été publié.
  • Aucun accord, traité ou engagement n’a été annoncé ; on ignore ce que la rencontre engage, le cas échéant.
  • On ignore l’objet exact de la démarche, ses motifs et ses suites éventuelles.
  • Le rôle précis de M. Laval dans la préparation de l’entrevue n’est pas établi.

Sources historiques utilisées

secondary

Entrevue de Montoire — Wikipédia

Déroulé du 24 octobre 1940 (gare de Montoire-sur-le-Loir, poignée de main sur le quai, entretien dans le train d’Hitler), personnes présentes (Ribbentrop, Schmidt, Laval, Keitel), secret initial et diffusion par la propagande allemande, absence de compte rendu officiel et d’accord signé. Éléments postérieurs au 26 octobre écartés.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une dépêche du matin du 26 octobre 1940, au moment où la rencontre se découvre par des images, sans que sa teneur soit connue. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date.

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