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Pétain à la radio : « j’entre dans la voie de la collaboration »

Dans une allocution radiodiffusée ce soir, le maréchal Pétain a assumé devant les Français son entrevue avec le chancelier Hitler et annoncé qu’il engageait le pays « dans la voie de la collaboration ». Il dit s’y être rendu « librement », sans avoir subi « aucun diktat, aucune pression ».

Henri Delmas 30 octobre 1940, 20h30 7 min de lecture
Le maréchal Philippe Pétain assis à un pupitre, tenant ses feuillets devant un microphone de radiodiffusion, lors d’une allocution radiodiffusée.
Agence Keystone-France, « Le maréchal Pétain lisant un discours radiodiffusé » (1940-1944) — auteur anonyme, domaine public (Wikimedia Commons).

Le maréchal Pétain, chef de l’État français, s’est adressé ce soir aux Français par la voie des ondes. En quelques minutes, le chef du gouvernement a confirmé publiquement ce que la rumeur et la photographie de la poignée de main avaient laissé entrevoir depuis quelques jours : il a rencontré le chancelier du Reich, M. Adolf Hitler, et il engage désormais la France, selon ses propres mots, « dans la voie de la collaboration ».

Le maréchal a tenu d’abord à expliquer les conditions de cette entrevue, dont aucun compte rendu officiel n’avait jusqu’ici précisé la teneur. « C’est librement que je me suis rendu à l’invitation du Führer », a-t-il déclaré. « Je n’ai subi, de sa part, aucun "diktat", aucune pression. » Le chef de l’État présente ainsi sa démarche comme une décision personnelle et délibérée, et non comme une contrainte imposée par le vainqueur.

C’est ensuite que le maréchal a prononcé la phrase qui donne à son allocution toute sa portée. « C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française — une unité de dix siècles — dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration », a-t-il dit. Le mot, jusqu’ici réservé aux conversations diplomatiques, est désormais prononcé au grand jour par le chef de l’État, qui en fait l’axe de sa politique.

Le maréchal a aussitôt assorti cet engagement de réserves. « Cette collaboration doit être sincère », a-t-il poursuivi. « Elle doit être exclusive de toute pensée d’agression. » Le chef de l’État n’a pas précisé ce que recouvriraient, concrètement, les termes de cette collaboration, ni quelles obligations elle ferait peser sur la France.

L’allocution s’est achevée sur une formule où le maréchal endosse seul la responsabilité de cette orientation. « C’est moi seul que l’histoire jugera », a-t-il conclu, s’adressant à ceux qui, dans le pays, pourraient douter ou s’inquiéter de la voie ainsi ouverte.

Une entrevue dont on savait peu de chose

On savait, depuis quelques jours, que le maréchal Pétain s’était entretenu avec le chancelier Hitler dans une petite gare du Loir-et-Cher, à Montoire. Une photographie de la poignée de main échangée sur le quai avait circulé. Mais ni le contenu de l’entretien, ni les engagements pris de part et d’autre, n’avaient été rendus publics. L’allocution de ce soir lève une partie du voile sans tout dire.

Le maréchal a précisé qu’il s’était rendu à cette rencontre de son propre mouvement, en réponse à une invitation. Il n’a, à aucun moment, indiqué que des accords écrits auraient été signés, ni énuméré de mesures précises qui découleraient de l’entretien. Sa déclaration porte sur une orientation — une « voie » — plus que sur un traité.

Un mot nouveau dans la bouche du chef de l’État

Le terme de « collaboration », que le maréchal a employé sans détour, n’avait pas jusqu’ici été revendiqué publiquement comme la politique de la France. En le prononçant à la radio, le chef de l’État lui donne une portée officielle. Reste à savoir, et le maréchal ne l’a pas dit, ce que cette politique impliquera dans les faits, dans quels domaines et à quelles conditions.

Le chef de l’État a inscrit cette démarche dans ce qu’il a nommé « le nouvel ordre européen ». Il n’a pas exposé ce que serait la place de la France dans cet ordre, ni les contreparties qu’elle pourrait en attendre. Sur ces points, l’allocution demeure muette.

Le contexte

L’armistice franco-allemand a été signé le 22 juin 1940. La France est, depuis, partagée par une ligne de démarcation entre zone occupée et zone dite libre.

L’Assemblée nationale a confié les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain le 10 juillet 1940.

Une photographie de la poignée de main entre le maréchal Pétain et le chancelier Hitler, prise à Montoire-sur-le-Loir, a circulé dans les jours précédant cette allocution.

État des informations

Cette édition se borne à rapporter et à citer, en les attribuant clairement au maréchal Pétain, les termes de l’allocution du 30 octobre 1940. Elle ne préjuge ni de la portée réelle de la « collaboration » annoncée, ni des mesures concrètes qui pourraient en découler, qu’aucun texte connu à ce jour ne fixe.

Ce que l’on sait

  • Le maréchal Pétain s’est adressé aux Français par une allocution radiodiffusée le 30 octobre 1940 au soir.
  • Il a confirmé s’être entretenu avec le chancelier Hitler, à Montoire, et déclaré s’y être rendu « librement », sans avoir subi « aucun diktat, aucune pression ».
  • Il a annoncé entrer « dans la voie de la collaboration », précisant qu’elle devait être « sincère » et « exclusive de toute pensée d’agression ».
  • Il a conclu en endossant seul la responsabilité de cette orientation : « C’est moi seul que l’histoire jugera. »

Ce que l’on ignore

  • Le contenu concret de cette « collaboration » : aucun accord écrit n’a été annoncé ni signé publiquement, et le maréchal n’a énuméré aucune mesure précise.
  • Les domaines (militaire, économique, administratif) que la politique annoncée recouvrira, et les obligations qu’elle ferait peser sur la France.
  • Les contreparties que la France pourrait attendre : d’éventuels allègements, évoqués dans les couloirs, ne sont garantis par rien dans l’allocution.
  • Ce que recouvre le « nouvel ordre européen » invoqué par le maréchal, et la place que la France y tiendrait.

Sources historiques utilisées

secondary

Entrevue de Montoire — Wikipédia

Déroulé de l’entrevue du 24 octobre 1940, poignée de main, et teneur du discours du 30 octobre ; absence d’accord concret signé.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les formulations à chaud imitent un quotidien rendant compte de l’allocution le soir même, sans préjuger de la suite.

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