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Les affiches sont posées : le pays se met sur pied de guerre

En quelques jours, le visage de la France a changé. Sur les murs des mairies, l’affiche blanche de l’ordre de mobilisation générale appelle les hommes à rejoindre leur corps ; dans les gares, les trains se pressent ; chevaux, voitures et camions sont requis. On parle de plusieurs millions d’appelés. Voyage dans un arrière qui bascule.

Notre rédaction 4 septembre 1939, 07h00 6 min de lecture

Il a suffi d’une feuille de papier collée sur le mur d’une mairie pour que tout bascule. Depuis le début de la semaine, dans chaque commune du pays, du chef-lieu au plus petit village, la même affiche est apparue : « Par décret du président de la République, la mobilisation des armées de terre, de mer et de l’air est ordonnée. » Le décret porte la signature de M. Albert Lebrun. Décidée le 1er, l’opération est devenue applicable le samedi 2 septembre, à zéro heure. Le lendemain, la France et l’Angleterre déclaraient la guerre à l’Allemagne.

Le mécanisme, réglé de longue main, s’est mis en marche presque sans bruit. Dans les bourgs, c’est souvent le gendarme qui a apporté le paquet d’affiches ; le garde champêtre, l’instituteur, le personnel de la commune les ont placardées sur les portes et les murs, la dernière étant apposée à la mairie même. Nul roulement de tambour : une affiche, un drapeau tricolore en tête, et chacun a compris. Les hommes des classes appelées ont sorti leur livret militaire, cherché le numéro qui les concerne, et fait leur paquetage.

Sur le nombre de ceux que cet ordre arrache à leur foyer, on avance des chiffres qu’il faut prendre avec prudence : on parle de plusieurs millions d’hommes — peut-être quelque cinq millions —, mais l’ampleur exacte de l’appel ne sera connue que lorsque les corps auront fait leurs comptes. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’avait plus vu pareil branle-bas depuis 1914.

Car l’ordre ne réclame pas que des hommes. L’affiche le dit en toutes lettres : sont également requis les animaux, les voitures, les moyens d’attelage, les véhicules automobiles, et tout ce qui peut suppléer aux moyens ordinaires des armées. Dans les campagnes, on a vu mener à la réquisition les meilleurs chevaux ; en ville, des camions et des automobiles ont été recensés et marqués. Le laitier, le rouleur, le maquignon comptent leurs bêtes d’un œil inquiet.

Mais c’est dans les gares que le bouleversement se voit le mieux. À Paris, Saint-Lazare, Montparnasse, Austerlitz et la gare de Lyon connaissent un afflux que les plus anciens employés disent n’avoir jamais vu. Aux réservistes qui rejoignent leur corps se mêlent les familles qui rentrent en hâte de leur villégiature d’été, et les convois d’enfants que l’on éloigne de la capitale et des régions de l’Est. Les quais débordent de valises ficelées, de paniers, de manteaux pliés sur le bras ; des services renforcés ont été mis sur pied, et l’on dirige les voyageurs comme on peut.

Sur les visages, peu de cris et peu de chants — rien de la fièvre que les récits prêtent à l’autre guerre. On part plutôt grave, résigné, mais sans révolte : les hommes embrassent les leurs, montent en wagon, et la rame s’ébranle. Les femmes restent sur le quai, mouchoir à la main, et beaucoup, déjà, songent à qui fera la moisson, tiendra la boutique ou l’atelier maintenant que l’homme s’en va.

Dans les villes, l’arrière s’organise dans la hâte. On vide les vitrines de leurs marchandises de prix, on croise les fenêtres de bandes de papier, on s’enquiert des masques contre les gaz et des abris ; le soir venu, l’ordre est de ne plus laisser filtrer de lumière. Les denrées commencent à manquer dans certaines boutiques prises d’assaut, et l’on parle déjà de cartes et de restrictions à venir.

De ce qui attend ces millions d’hommes une fois rejoints leurs unités, nul, ce matin, ne saurait rien dire. Combien de temps durera l’épreuve, jusqu’où ira la guerre, quelle forme elle prendra : autant de questions auxquelles personne, à l’arrière, n’a de réponse. On sait seulement que le pays s’est mis, en trois jours, sur le pied de guerre, et qu’il retient son souffle.

Le contexte

Le 1er septembre 1939, les armées allemandes ont franchi la frontière de la Pologne ; les nouvelles du front polonais parviennent en France au fil des dépêches.

La mobilisation générale a été décidée le 1er septembre et rendue applicable le 2 septembre 1939 à zéro heure, par décret du président de la République, M. Albert Lebrun.

Le 3 septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne, après l’expiration des ultimatums adressés à Berlin.

La précédente mobilisation générale de cette ampleur remonte à août 1914, dont le souvenir reste vif dans les familles.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 4 septembre 1939 : un ordre de mobilisation, des affiches, des gares pleines, des réquisitions. Les chiffres d’ensemble sont donnés comme des estimations et non comme des bilans. Nous ne préjugeons ni de la durée, ni de l’ampleur, ni de la forme que prendra le conflit, que nul ne saurait prévoir à cette heure.

Ce que l’on sait

  • Un décret signé du président Albert Lebrun a ordonné la mobilisation générale des armées de terre, de mer et de l’air, décidée le 1er septembre et applicable le 2 septembre 1939 à zéro heure.
  • Des affiches d’ordre de mobilisation ont été placardées dans toutes les communes ; l’ordre prévoit aussi la réquisition des animaux, voitures, moyens d’attelage et véhicules automobiles.
  • Les gares parisiennes — Saint-Lazare, Montparnasse, Austerlitz, gare de Lyon — connaissent un afflux considérable, avec des services de trains renforcés ; des réservistes rejoignent leurs corps, des familles rentrent de villégiature et des enfants sont évacués de la capitale et de l’Est.
  • La France et la Grande-Bretagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre exact d’hommes appelés n’est pas établi : on avance plusieurs millions — peut-être environ cinq —, mais ce n’est qu’une estimation, faute de décompte officiel.
  • On ignore combien de temps durera la guerre et quelle ampleur elle prendra.
  • On ignore quelle forme prendront les opérations une fois les unités rassemblées, et ce qui attend les mobilisés sur les fronts.
  • L’étendue et la durée des réquisitions et des restrictions à l’arrière ne sont pas connues.

Sources historiques utilisées

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Mobilisation française de 1939 — Wikipédia

Décret du président Albert Lebrun, mobilisation décidée le 1er et applicable le 2 septembre 1939 ; texte de l’affiche (réquisition des animaux, voitures, moyens d’attelage, véhicules) ; ordre de grandeur d’environ cinq millions d’hommes mobilisés ; affichage dans les communes et état d’esprit « plutôt résigné ». Éléments postérieurs au 4 septembre 1939 écartés.

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Drôle de guerre — Wikipédia

Consulté pour le contexte de l’entrée en guerre de septembre 1939 (déclaration de guerre du 3 septembre, mobilisation, premières semaines) ; seuls les faits antérieurs ou contemporains au 4 septembre 1939 ont été retenus.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une enquête de presse du 4 septembre 1939, au lendemain de la déclaration de guerre, sur l’arrière saisi par la mobilisation. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date, et les chiffres d’ensemble sont présentés comme des estimations.

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