← Retour à l’édition À la une

Un avion allemand s’abat en Belgique : des documents saisis

Le 10 janvier, un appareil allemand s’est écrasé en territoire belge, près de Maasmechelen, sur la rive de la Meuse. Deux officiers se trouvaient à bord ; des papiers militaires, que l’un d’eux aurait tenté de brûler, ont été en partie sauvés des flammes. À Bruxelles, on s’interroge : ces documents sont-ils authentiques, et que valent-ils ? Nul, pour l’heure, ne tranche.

La rédaction 13 janvier 1940, 07h00 6 min de lecture
Un avion léger Messerschmitt Bf 108 « Taifun », monoplan monomoteur à aile basse, posé au sol, du type de l’appareil allemand tombé en Belgique le 10 janvier 1940.
Un Messerschmitt Bf 108 « Taifun », appareil du modèle de celui qui s’est abattu près de Maasmechelen. Photographie d’aviation, domaine public (Wikimedia Commons).

Une nouvelle nous parvient de Belgique, où elle agite depuis trois jours les milieux militaires et la presse : un avion allemand s’est abattu, le 10 janvier au matin, en plein territoire du royaume, près du village de Vucht, dans la commune de Maasmechelen, à courte distance de la Meuse. L’appareil, un petit monoplan, transportait deux officiers de l’armée allemande. L’un et l’autre ont été appréhendés par la gendarmerie belge.

Ce qui donne à l’incident sa portée n’est pas la chute elle-même — un appareil égaré par le mauvais temps n’aurait, en d’autres circonstances, mérité qu’une brève. C’est ce que les deux hommes portaient avec eux. Des papiers de caractère militaire se trouvaient à bord. L’un des officiers, dit-on, aurait cherché à les détruire par le feu dès l’atterrissage, puis de nouveau au poste où on l’avait conduit ; mais les gardes-frontière belges l’en auraient empêché à temps, et l’on aurait recueilli des documents à demi calcinés.

Le ciel de ces derniers jours, lourd de brume et de neige, expliquerait l’égarement de l’appareil. Selon les versions qui circulent à Bruxelles, l’avion, parti d’Allemagne, aurait perdu sa route dans le brouillard, franchi le Rhin puis la Meuse sans s’en aviser, et se serait posé en catastrophe sur un sol qu’il croyait sans doute encore allemand. La méprise, si méprise il y a, aurait ainsi livré aux autorités d’un pays neutre des écrits qui n’étaient pas destinés à leurs yeux.

Mais ici commence l’incertitude, et elle est grande. Que valent ces papiers ? On les dit relatifs à des dispositions militaires allemandes à l’ouest. Faut-il y voir des pièces véritables, tombées par accident en des mains étrangères ? Ou bien — l’hypothèse a ses tenants — une manœuvre, des écrits glissés à dessein pour égarer ou éprouver ? Un avion qui s’égare, des documents qu’on s’empresse de brûler à demi : la scène est de celles qui nourrissent autant le soupçon que la créance.

À Bruxelles, on ne paraît pas pressé de conclure. Les premiers examens auraient laissé les autorités belges partagées : l’état des papiers, rongés par les flammes, ne facilite pas la lecture, et la prudence d’un État neutre commande de ne rien tenir pour acquis. On apprend toutefois que les états-majors français et britannique auraient été informés de la saisie, et qu’à Paris comme à Londres on suit l’affaire de près, sans qu’aucune voix officielle ne se soit pour l’instant prononcée sur la nature exacte de ces documents ni sur le crédit qu’il convient de leur accorder.

La Belgique, fidèle à la neutralité qu’elle proclame depuis le début du conflit, se garde de tout geste qui paraîtrait la ranger dans un camp. Le roi Léopold et son entourage entendent ne rien céder de cette ligne : ni laisser entrer chez eux les armées des puissances voisines sur la foi d’un incident dont la portée reste à établir, ni se montrer alarmistes outre mesure. On note seulement, le long de la frontière, un surcroît de vigilance que la saison et l’état de guerre suffisent, après tout, à justifier.

Au total, voici ce que l’on peut écrire ce matin sans s’avancer : un avion allemand est tombé en Belgique ; deux officiers ont été pris ; des papiers militaires, sauvés en partie du feu, sont aux mains des autorités belges. Pour le reste — leur authenticité, leur teneur précise, ce qu’il en faut craindre ou non —, nous en sommes aux conjectures. La rédaction s’en tiendra à les rapporter comme telles, sans prêter à un incident encore obscur un sens que rien, à cette heure, ne permet de lui donner.

Le contexte

Depuis l’automne, la France et la Grande-Bretagne sont en guerre contre l’Allemagne, mais le front occidental connaît une singulière inaction : on s’observe d’une ligne fortifiée à l’autre sans grande bataille rangée.

La Belgique, comme les Pays-Bas, a proclamé sa neutralité et refuse jusqu’ici de laisser stationner sur son sol les troupes françaises ou britanniques, de crainte de fournir un prétexte à l’Allemagne.

L’hiver, particulièrement rude, gêne les opérations aériennes et terrestres ; brume, neige et gel rendent la navigation aérienne hasardeuse.

État des informations

Cet article s’en tient à ce qui est connaissable au 13 janvier 1940 : un accident d’avion, deux officiers pris, des documents sauvés en partie du feu. Il ne préjuge ni de l’authenticité de ces papiers, débattue, ni de leur portée, inconnue, ni des intentions qu’on pourrait leur prêter. Les points incertains et les hypothèses sont signalés comme tels.

Ce que l’on sait

  • Le 10 janvier 1940, un avion militaire allemand s’est écrasé en territoire belge, près de Vucht, dans la commune de Maasmechelen, non loin de la Meuse.
  • Deux officiers allemands se trouvaient à bord ; ils ont été appréhendés par les autorités belges.
  • Des documents de caractère militaire, qu’un des officiers aurait tenté de détruire par le feu, ont été récupérés en partie calcinés par les gardes-frontière belges.
  • Les états-majors français et britannique auraient été avisés de la saisie.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si ces documents sont authentiques, ou s’il s’agit d’écrits destinés à tromper.
  • La teneur exacte des papiers et leur portée militaire ne sont pas établies.
  • La réaction définitive de la Belgique, État neutre, et la suite qu’elle donnera à l’affaire restent à connaître.
  • On ne sait rien de certain sur la mission des deux officiers ni sur l’itinéraire réel de l’appareil.

Sources historiques utilisées

secondary

Incident de Mechelen — Wikipédia

Article consulté pour le déroulé du 10 janvier 1940 : chute d’un Messerschmitt Bf 108 près de Vucht (Maasmechelen), les deux officiers à bord, la tentative de brûler les documents et leur récupération à demi calcinés par les gardes-frontière belges, les conditions météorologiques (brouillard, neige), la transmission de l’information aux états-majors alliés, le doute initial des Belges sur l’authenticité des pièces et la posture de neutralité du royaume. Tout élément postérieur au 13 janvier 1940 a été écarté.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une dépêche du matin du 13 janvier 1940, trois jours après l’accident, au moment où la nouvelle circule sans que l’authenticité ni la portée des documents soient établies. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date.

Articles liés

Société

L’arme au pied : la vie du soldat sur le front de l’Ouest

Depuis le mois d’octobre, le front ne bouge plus. Face à la frontière allemande, des centaines de milliers d’hommes attendent un assaut qui ne vient pas. De nos envoyés sur la ligne, ce reportage sur une guerre que l’on ne livre pas : l’ennui, le froid qui s’installe, la pelle et la pioche pour seules armes, et ces petits journaux de tranchée où le soldat, faute de combattre, apprend à rire.

20 novembre 1939, 07h007 min