Un avion allemand s’abat en Belgique : des documents saisis
Le 10 janvier, un appareil allemand s’est écrasé en territoire belge, près de Maasmechelen, sur la rive de la Meuse. Deux officiers se trouvaient à bord ; des papiers militaires, que l’un d’eux aurait tenté de brûler, ont été en partie sauvés des flammes. À Bruxelles, on s’interroge : ces documents sont-ils authentiques, et que valent-ils ? Nul, pour l’heure, ne tranche.
Une nouvelle nous parvient de Belgique, où elle agite depuis trois jours les milieux militaires et la presse : un avion allemand s’est abattu, le 10 janvier au matin, en plein territoire du royaume, près du village de Vucht, dans la commune de Maasmechelen, à courte distance de la Meuse. L’appareil, un petit monoplan, transportait deux officiers de l’armée allemande. L’un et l’autre ont été appréhendés par la gendarmerie belge.
Ce qui donne à l’incident sa portée n’est pas la chute elle-même — un appareil égaré par le mauvais temps n’aurait, en d’autres circonstances, mérité qu’une brève. C’est ce que les deux hommes portaient avec eux. Des papiers de caractère militaire se trouvaient à bord. L’un des officiers, dit-on, aurait cherché à les détruire par le feu dès l’atterrissage, puis de nouveau au poste où on l’avait conduit ; mais les gardes-frontière belges l’en auraient empêché à temps, et l’on aurait recueilli des documents à demi calcinés.
Le ciel de ces derniers jours, lourd de brume et de neige, expliquerait l’égarement de l’appareil. Selon les versions qui circulent à Bruxelles, l’avion, parti d’Allemagne, aurait perdu sa route dans le brouillard, franchi le Rhin puis la Meuse sans s’en aviser, et se serait posé en catastrophe sur un sol qu’il croyait sans doute encore allemand. La méprise, si méprise il y a, aurait ainsi livré aux autorités d’un pays neutre des écrits qui n’étaient pas destinés à leurs yeux.
Mais ici commence l’incertitude, et elle est grande. Que valent ces papiers ? On les dit relatifs à des dispositions militaires allemandes à l’ouest. Faut-il y voir des pièces véritables, tombées par accident en des mains étrangères ? Ou bien — l’hypothèse a ses tenants — une manœuvre, des écrits glissés à dessein pour égarer ou éprouver ? Un avion qui s’égare, des documents qu’on s’empresse de brûler à demi : la scène est de celles qui nourrissent autant le soupçon que la créance.
À Bruxelles, on ne paraît pas pressé de conclure. Les premiers examens auraient laissé les autorités belges partagées : l’état des papiers, rongés par les flammes, ne facilite pas la lecture, et la prudence d’un État neutre commande de ne rien tenir pour acquis. On apprend toutefois que les états-majors français et britannique auraient été informés de la saisie, et qu’à Paris comme à Londres on suit l’affaire de près, sans qu’aucune voix officielle ne se soit pour l’instant prononcée sur la nature exacte de ces documents ni sur le crédit qu’il convient de leur accorder.
La Belgique, fidèle à la neutralité qu’elle proclame depuis le début du conflit, se garde de tout geste qui paraîtrait la ranger dans un camp. Le roi Léopold et son entourage entendent ne rien céder de cette ligne : ni laisser entrer chez eux les armées des puissances voisines sur la foi d’un incident dont la portée reste à établir, ni se montrer alarmistes outre mesure. On note seulement, le long de la frontière, un surcroît de vigilance que la saison et l’état de guerre suffisent, après tout, à justifier.
Au total, voici ce que l’on peut écrire ce matin sans s’avancer : un avion allemand est tombé en Belgique ; deux officiers ont été pris ; des papiers militaires, sauvés en partie du feu, sont aux mains des autorités belges. Pour le reste — leur authenticité, leur teneur précise, ce qu’il en faut craindre ou non —, nous en sommes aux conjectures. La rédaction s’en tiendra à les rapporter comme telles, sans prêter à un incident encore obscur un sens que rien, à cette heure, ne permet de lui donner.