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Trois jours après, le camp tient mais saigne

Le soudanais est revenu en force sur notre camp devant La Mansourah. Le maître du Temple, messire Guillaume de Sonnac, déjà éborgné dans la charge du 8, est tombé dans la mêlée ; le grand commandeur de l’Hôpital, frère Jean de Ronay, avec lui. L’ost a tenu le terrain, au prix d’un sang que nul ici ne compte encore.

Un clerc de l’ost, au camp devant La Mansourah 13 février 1250 6 min de lecture

Ce dimanche 11 février, l’ennemi est revenu sur nous en masse, comme il n’avait pas encore osé. Depuis trois jours que le comte d’Artois et tant des nôtres gisent devant La Mansourah, le camp du roi vivait sur ses gardes, retranché derrière le fossé et la levée de terre. C’est là qu’il nous a cherchés, de toutes parts à la fois, archers et cavaliers mêlés, et l’on dit que le feu grégeois a volé sur nos tentes.

Le maître du Temple, messire Guillaume de Sonnac, qui avait déjà perdu un œil dans la charge du 8, a tenu son rang jusqu’au bout de son sang. Il est tombé dans la presse, avec lui le grand commandeur de l’Hôpital, frère Jean de Ronay. On rapporte que le roi lui-même a dégagé de sa personne son frère le comte d’Anjou, un instant fort pressé, à l’endroit où l’on croyait le camp percé.

Un assaut par tout le camp

Nul ne s’attendait à un jour si dur après trois de combats. Ce dimanche, le soudanais a jeté ses gens contre le camp de toutes parts, non plus seulement au pont ou aux abords de la ville, mais sur le retranchement même où logent le roi et ses barons. Les nôtres ont dû courir aux armes en désordre, chacun défendant le pan de fossé qui lui échoyait.

On parle de traits de feu lancés sur nos tentes, de cette poudre grégeoise dont les Sarrasins usent contre nos machines et nos hommes, et qui sème l’épouvante autant que le ravage. Le combat a duré une bonne part du jour, sans que l’un ou l’autre camp ne cède le terrain d’un coup.

Le Temple et l’Hôpital décapités

Messire Guillaume de Sonnac, maître du Temple, qui portait déjà depuis le 8 la perte d’un œil reçue devant La Mansourah, a combattu ce jour au premier rang de ses frères, comme il sied à sa charge. Il y est tombé, et avec lui le grand commandeur de l’Hôpital, frère Jean de Ronay, qui tenait l’ordre en l’absence du maître. Les deux grandes maisons de religion qui font la force de notre ost perdent en un seul jour leurs chefs.

On dit que fort peu de frères du Temple qui ont chargé avec le comte d’Artois le 8 sont encore en vie ; le nombre qui circule au camp fait frémir, mais nul ne le tient pour sûr et nous nous garderons de le donner comme un compte arrêté.

Le camp a tenu

Malgré la fureur de l’assaut, le camp n’a pas été enfoncé. Le roi a tenu son poste, et l’on rapporte que son frère le comte d’Anjou, un moment fort pressé, a été dégagé du péril par le roi lui-même, accouru à ses côtés. Au soir, l’ennemi s’est retiré vers la ville, et nos gens sont restés maîtres du terrain qu’ils occupaient au matin.

Mais tenir n’est pas vaincre. L’ost campe toujours sur la même rive du fleuve, en face d’une ville qu’il n’a pu prendre, l’autre rive tenue par l’ennemi, et trois jours de bataille l’ont laissé exsangue. Chevaux perdus, blessés qui s’entassent, vivres qui commencent à manquer : la victoire de ce dimanche a un goût amer.

Le contexte

L’ost de saint Louis a franchi le fleuve devant La Mansourah le 8 février ; ce même jour, le comte Robert d’Artois, frère du roi, a péri dans une charge poussée trop avant, avec le comte de Salisbury et Raoul de Coucy.

Depuis, l’armée campe retranchée face à la ville, séparée du gros des forces égyptiennes par le canal, et n’a pu forcer l’entrée de La Mansourah.

État des informations

Ce récit est tenu au camp, à chaud, par une plume qui partage la cause de l’ost ; il s’en tient aux faits vus ou tenus de bouches sûres du 11 février, sans compter les pertes en chiffre arrêté ni préjuger de ce que l’armée pourra encore entreprendre.

Ce que l’on sait

  • Le 11 février, les forces du soudan ont lancé un assaut général contre le camp franc devant La Mansourah.
  • Le maître du Temple, Guillaume de Sonnac, déjà blessé à un œil le 8 février, est tombé dans ce combat ; le grand commandeur de l’Hôpital, Jean de Ronay, est mort le même jour.
  • Le comte d’Anjou a été un temps en péril ; le roi Louis IX en personne l’a dégagé.
  • Au soir, l’ost tenait toujours le camp et le terrain qu’il occupait au matin.

Ce que l’on ignore

  • Le compte exact des morts et des blessés de ce jour n’est pas arrêté.
  • On ignore si le soudanais renouvellera un assaut semblable, ni ce que l’armée, affaiblie, pourra encore tenter devant La Mansourah.

Sources historiques utilisées

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Bataille de Mansourah

Article de Wikipédia en français : contre-attaque mamelouke du 11 février 1250 employant le feu grégeois, mort de Guillaume de Sonnac et de Jean de Ronay, camp franc finalement tenu, Charles d’Anjou sauvé de justesse. Consulté pour la chronologie du 11 février.

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Guillaume de Sonnac

Article de Wikipédia en français sur le maître du Temple : blessé et éborgné le 8 février, tué le 11 février 1250 à Mansourah.

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Battle of Mansurah (1250)

Article de Wikipédia en anglais consulté en recoupement : siège du camp franc de toutes parts par les forces égyptiennes et la population locale, lourdes pertes, retranchement du camp par un fossé et un mur.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — le camp tient mais saigne

Aujourd’hier imagine une chronique latine embarquée avec l’ost de saint Louis, écrite au camp deux jours après les faits. La voix adopte la cause de la croisade et ses désignations d’époque ; les faits (assaut du 11 février, mort de Sonnac et de Ronay, tenue du camp) sont exacts et séparés de la couleur dans le relevé des faits. Chiffres de pertes délibérément prudents, aucune anticipation de la suite (arrivée de Tûrân Châh, capture du roi).

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