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Huit siècles de monarchie : la lignée que la Révolution a abattue

Au lendemain du supplice de Louis Capet, on mesure la longueur du fil que la Convention a tranché. D’Hugues Capet, élu il y a plus de huit cents ans, aux Bourbons d’aujourd’hui, c’est une même souche royale qui régnait sur la France. Fresque d’une dynastie — non d’une famille disparue, car les princes de ce sang vivent encore —, abolie par décret le 21 septembre dernier.

La rédaction 23 janvier 1793, 10h00 9 min de lecture

Paris, ce 23 janvier 1793. Hier, sur la place de la Révolution, est tombée la tête de celui que la Convention nommait Louis Capet. Au-delà de l’homme, c’est un nom — Capet — que la République a voulu ramener à un simple patronyme de citoyen. Or ce nom porte avec lui plus de huit siècles d’histoire de France. À l’heure où la royauté vient d’être abolie, il n’est pas inutile de remonter le cours de cette longue lignée, et de dire avec exactitude ce qu’elle fut.

Les Capétiens directs (987-1328)

Tout commence en l’an 987. À la mort du roi Louis V, dernier souverain de la maison de Charlemagne, les grands du royaume, assemblés, écartent l’héritier carolingien et portent au trône un seigneur d’Île-de-France, Hugues, duc des Francs, que la postérité a surnommé Capet. On rapporte qu’il fut d’abord acclamé à Senlis, au début de juin, puis sacré et oint dans les semaines qui suivirent. Sur le jour précis et le lieu de ce sacre, les érudits ne s’accordent pas : les uns disent Reims, les autres Noyon, et la date demeure incertaine. Nous le signalons, car il serait commode mais malhonnête de donner pour assurée une cérémonie dont les chroniqueurs eux-mêmes ne fixent pas le détail. Ce qui est sûr, c’est qu’avec lui s’ouvre la maison qui régnera, sans interruption de sang, jusqu’à l’année dernière.

De cet Hugues descendent en ligne directe les rois que l’on appelle les Capétiens. Pendant plus de trois siècles, de père en fils, la couronne se transmet dans la même branche : ce sont les rois qui agrandissent peu à peu le domaine, soumettent les grands vassaux et bâtissent l’autorité royale. On y compte Philippe Auguste, qui releva la puissance du royaume face aux Plantagenêts, et Louis IX, ce roi que l’Église a mis au rang des saints et que l’on nomme Saint Louis. Cette lignée directe régna jusqu’en 1328.

Les Valois (1328-1589)

Cette année-là, faute d’héritier mâle en ligne directe, la couronne passe à une branche cousine, issue elle aussi d’Hugues Capet : la maison de Valois. Philippe VI en est le premier roi. Il importe de bien comprendre ce qui se joue ici : ce n’est pas une dynastie nouvelle et étrangère qui s’empare du trône, mais un rameau du même tronc. Le sang d’Hugues Capet continue de régner ; seule change la branche. Les Valois tiendront le sceptre durant plus de deux siècles et demi, à travers les grandes guerres contre l’Angleterre et les troubles de religion.

Les Bourbons et l’apogée de l’absolutisme (depuis 1589)

En 1589, l’extinction de la branche de Valois en ligne masculine appelle au trône un nouveau cousin, plus éloigné, descendant lui aussi de Saint Louis : Henri de Navarre, qui devient Henri IV. Avec lui s’ouvre la maison de Bourbon, celle-là même qui régnait encore hier. Prince protestant, il dut conquérir son royaume les armes à la main, abjurer la religion réformée — ce qu’il fit à Saint-Denis en 1593 —, et se faire sacrer à Chartres, en 1594, la ville de Reims lui étant alors fermée. Ainsi, pour la troisième fois, la couronne passait d’une branche à une autre sans jamais quitter la descendance d’Hugues Capet.

C’est sous les Bourbons que la monarchie atteignit son plus haut degré de puissance. Le règne de Louis XIV, qui dura de 1643 à 1715, demeure dans toutes les mémoires comme le temps où le roi concentra en sa personne toute l’autorité de l’État, faisant plier les grands, gouvernant sans partage et donnant à l’Europe le spectacle d’une cour sans pareille. C’est cette idée d’un pouvoir absolu, tenu de Dieu seul et transmis par le sang, que les hommes de ce temps tinrent longtemps pour l’ordre naturel des choses, et que les années écoulées ont mise à bas.

Si l’on additionne ces durées — les Capétiens directs depuis 987, les Valois depuis 1328, les Bourbons depuis 1589 —, on mesure la singularité de cette histoire : près de huit siècles durant lesquels la France fut gouvernée par une seule et même souche royale, passant de branche en branche mais jamais hors de la descendance d’un seul homme. Peu de maisons d’Europe peuvent se prévaloir d’une telle continuité de sang sur le trône.

Une lignée abolie, non éteinte

C’est cette continuité que la Convention nationale a interrompue. Le 21 septembre dernier, en sa première séance, elle a décrété l’abolition de la royauté ; le lendemain s’ouvrait l’an premier de la République. Que l’on entende bien les mots : ce n’est pas une famille qui s’est éteinte, ni un dernier roi qui aurait emporté sa race dans la tombe. La monarchie a été abolie, renversée par un décret et par les armes. Les princes du sang de Bourbon — frères, cousins, neveux du défunt — sont toujours vivants, les uns dans le royaume, les autres au-delà des frontières. Déjà, ceux qui tiennent pour l’ancien ordre se réclament d’un nouveau roi qu’ils nomment Louis XVII.

Nous nous gardons donc de toute formule funèbre qui ferait de cette lignée une chose morte et close. Huit siècles de rois ne s’abolissent pas comme on referme un livre. Ce que l’histoire de ces journées enseigne, c’est qu’un ordre que l’on croyait éternel — la transmission du pouvoir par le sang d’une seule maison — a pu être renversé en quelques années par la volonté d’une assemblée et le mouvement d’un peuple. Que cette rupture dure ou non, que la République s’établisse ou que la royauté trouve à renaître, nul ne saurait le dire à cette heure. Nous ne tenons pour acquis ni l’un ni l’autre. Nous rapportons seulement ceci : une dynastie de près de huit cents ans vient d’être déclarée abolie, et son chef a péri hier sur l’échafaud.

Le contexte

Hugues Capet fut élu roi des Francs en 987, à la mort de Louis V, dernier roi carolingien ; les grands du royaume écartèrent l’héritier carolingien à son profit.

La couronne passa des Capétiens directs aux Valois en 1328 (Philippe VI), puis aux Bourbons en 1589 (Henri IV) : trois branches successives, toutes issues d’Hugues Capet.

Le règne de Louis XIV (1643-1715) est tenu pour l’apogée de la monarchie absolue en France.

La Convention nationale a aboli la royauté le 21 septembre 1792 ; l’an premier de la République a été proclamé le lendemain.

Louis XVI, ci-devant roi sous le nom de Louis Capet, a été exécuté le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution.

État des informations

Cette rétrospective est datée du 23 janvier 1793. Elle retrace une histoire dynastique de près de huit siècles en s’en tenant aux faits datés et reconnus. Elle se garde de présenter la chute de la monarchie comme l’aboutissement nécessaire de cette histoire : c’est une rupture advenue, non un destin écrit. Elle ne dit jamais la lignée « éteinte » — les Bourbons et leurs cousins vivent toujours — et ne préjuge pas de la suite.

Ce que l’on sait

  • Hugues Capet fut élu roi en 987 et fonda la maison capétienne, qui régna sans interruption de sang jusqu’à l’abolition de la royauté.
  • La couronne passa des Capétiens directs (987-1328) aux Valois (à partir de 1328, Philippe VI), puis aux Bourbons (à partir de 1589, Henri IV) : trois branches d’une même descendance.
  • Henri IV abjura le protestantisme à Saint-Denis en 1593 et fut sacré à Chartres en 1594.
  • Le règne de Louis XIV s’étendit de 1643 à 1715.
  • La royauté a été abolie par la Convention le 21 septembre 1792.

Ce que l’on ignore

  • Le jour précis et le lieu exact du sacre d’Hugues Capet ne sont pas établis : les chroniqueurs hésitent entre Reims et Noyon, et entre la mi-juin et la mi-juillet 987.
  • On ignore si la République abolissant la royauté s’établira durablement ou si la monarchie trouvera à se rétablir : rien n’est joué.
  • Le sort des princes de la maison de Bourbon, dispersés dans le royaume et hors des frontières, demeure incertain.

Sources historiques utilisées

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Hugues Capet — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour l’élection de 987 (assemblée de Senlis, 1er juin, après la mort de Louis V le 21 mai) et pour l’incertitude des historiens sur la date et le lieu du sacre (Reims ou Noyon, entre la mi-juin et la mi-juillet 987 ; règne fixé au 3 juillet 987).

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Capétiens — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour la continuité dynastique : Capétiens directs (987-1328, dont Philippe Auguste et Saint Louis), Valois à partir de 1328 (Philippe VI), Bourbons à partir de 1589 (Henri IV) — les trois branches descendant d’Hugues Capet.

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Henri IV (roi de France) — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour l’avènement de 1589, l’abjuration à Saint-Denis en 1593 et le sacre à Chartres en 1594 (Reims étant aux mains de la Ligue), Henri IV étant le premier roi de la maison de Bourbon.

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Proclamation de l’abolition de la royauté — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour l’abolition de la royauté par la Convention le 21 septembre 1792 et l’ouverture de l’an premier de la République le 22 septembre.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale d’une rétrospective dynastique au 23 janvier 1793

Fresque historique reconstituée à la manière d’un journal du temps, au lendemain de l’exécution de Louis XVI. Les durées et filiations sont factuelles et datées ; le récit se garde de présenter la chute de la monarchie comme un aboutissement nécessaire et signale l’incertitude des sources sur le sacre d’Hugues Capet.

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