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Pieds nus autour des murs

Après trois jours de jeûne, l'ost a fait ce matin le tour des murailles en procession, pieds nus, prêtres et reliques en tête, jusqu'au mont des Oliviers. Du haut des remparts, la garnison a répondu par des huées.

Renaud de Clari, à la suite de l'ost, devant Jérusalem 8 juillet 1099 4 min de lecture
Enluminure médiévale : une procession de clercs et de pèlerins, certains pieds nus, mains jointes, devant une ville fortifiée sur sa hauteur
Jean Colombe (atelier), « Les Passages d’Outremer » de Sébastien Mamerot, vers 1474-1475 (BnF, Français 5594, f. 91v), détail de la procession des croisés devant Jérusalem — domaine public (source : Gallica / Bibliothèque nationale de France).

Trois jours durant, on n'a rien mangé dans le camp. Barons et gens de pied, prêtres et ribauds, tous ont jeûné ensemble, comme il a été ordonné. Ce matin, au lever du jour, l'armée s'est rangée non pour l'assaut mais pour la prière : nu-pieds, la tête basse, elle a entrepris de faire le tour entier de la Ville sainte.

Devant marchaient les clercs, portant les croix et les reliques, chantant les psaumes ; derrière venaient les chevaliers sans leurs armes, puis la foule des pèlerins. On est ainsi passé le long des murailles, de la porte au nord jusqu'au flanc du midi, et l'on a monté enfin sur le mont des Oliviers, d'où Notre-Seigneur, dit-on, est monté au ciel. C'est là que les prêcheurs ont haussé la voix.

Sur les remparts, les Infidèles ne sont pas restés muets. Ils nous ont montrés du doigt, ont crié des moqueries que nul des nôtres n'a voulu répéter, et l'on assure qu'ils ont dressé des croix sur les murs pour les couvrir d'outrages, sous les yeux de l'ost en prière. Nos gens ont serré les dents et poursuivi le chant.

Le siège, cependant, ne dort pas. Les charpentiers travaillent nuit et jour aux deux grandes tours de bois qui doivent être roulées contre les murailles ; on les dit près d'être achevées. Ce que le jeûne et la procession ont voulu préparer, c'est le cœur des hommes avant que les machines ne parlent.

Ce que disent les prêcheurs

Au sommet du mont, plusieurs ont pris la parole devant la multitude assemblée : Pierre l'Ermite, qui prêcha jadis le voyage, et des clercs de l'ost, dont on nomme Arnoul de Chocques et Raymond, chapelain du comte de Saint-Gilles. Tous ont exhorté les pèlerins à se réconcilier, à pardonner les querelles nées durant la longue route, et à s'approcher de Dieu les mains nettes avant de reprendre l'assaut.

Court dans le camp le récit d'une vision. On dit que l'évêque du Puy, Adhémar, mort à Antioche l'an passé, serait apparu à l'un des nôtres, ordonnant ce jeûne et cette procession, et promettant que la Ville tomberait dans les neuf jours si l'ost se repentait. Beaucoup, ici, le tiennent pour vrai et y puisent leur ardeur. D'autres ne se prononcent pas. C'est un récit de dévotion qui passe de bouche en bouche ; nous le rapportons pour ce qu'il est.

Le contexte

L'ost est arrivé devant Jérusalem le 7 juin. Le siège dure depuis cinq semaines, dans la chaleur et le manque d'eau, les puits d'alentour ayant été comblés ou gâtés par les assiégés.

La ville n'est pas tenue par les Turcs que l'on était parti combattre, mais par une garnison venue d'Égypte, sous le gouverneur Iftikhâr ad-Dawla.

L'arrivée de bois par le port de Jaffa, à la mi-juin, a permis de reprendre la construction des engins de siège que l'armée n'avait pu mener jusqu'ici.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui est connaissable le 8 juillet 1099 : l'issue de l'assaut n'est pas connue, et la « promesse des neuf jours » est un récit de dévotion, non une prédiction vérifiable.

Ce que l’on sait

  • Un jeûne de trois jours a précédé la procession pénitentielle du 8 juillet 1099.
  • L'armée a fait le tour des murailles pieds nus, clercs et reliques en tête, jusqu'au mont des Oliviers, où des prêcheurs ont exhorté l'ost.
  • Les défenseurs ont raillé la procession depuis le haut des murs.
  • Les tours de siège sont en cours d'achèvement et n'ont pas encore été mises en œuvre à cette date.

Ce que l’on ignore

  • La date et l'issue de l'assaut à venir ne sont pas connues.
  • L'effet réel de la procession sur le moral et la discipline de l'ost ne peut être mesuré.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Jérusalem (1099)

Wikipédia · 1099

Consulté pour le jeûne de trois jours, la procession pieds nus du 8 juillet vers le mont des Oliviers et les moqueries des défenseurs.

secondary

The Capture of Jerusalem, 1099 CE

World History Encyclopedia · 1099

Procession pénitentielle pieds nus menée par des prêtres portant les reliques (8 juillet) ; deux tours de siège prêtes le 10 juillet — donc en achèvement le 8.

primary

La prise de Jérusalem (1099)

Clio Texte · 1099

Récits d'époque (Raymond d'Aguilers, Gesta Francorum) sur la dévotion de l'ost avant l'assaut.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Aujourd'hier »

Rédaction · 1099

Les formulations à chaud imitent la voix d'un chroniqueur embarqué avec l'ost ; la couleur latine d'époque est un dispositif d'immersion et ne préjuge d'aucun fait.

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