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Iftikhâr ad-Dawla, l'adversaire qui a un nom

Cinq semaines durant, la Ville sainte nous a résisté. Derrière ses murs, un homme commandait : Iftikhâr ad-Dawla, gouverneur envoyé du Caire. Ce matin, retranché dans la Tour de David, il a traité sa reddition avec le comte Raymond de Saint-Gilles.

Renaud de Clari, à la suite de l’ost, devant la Tour de David 15 juillet 1099 4 min de lecture

On a coutume, dans le camp, de parler des « Infidèles » comme d’une masse sans visage, un flot d’ennemis à repousser du seuil du Sépulcre. La vérité est plus étroite et plus dure : la ville n’était pas tenue par une multitude, mais par une garnison, et cette garnison avait un chef. Il se nomme Iftikhâr ad-Dawla. C’est un officier venu d’Égypte, placé ici pour gouverner et pour défendre. Ni fanatique de récit ni ombre : un soldat qui a fait son métier.

Ce métier, il l’a fait avec méthode, et l’ost en a souffert dans sa chair. C’est lui, dit-on, qui a fait combler les puits et gâter les sources autour de la place, lui qui a fait abattre les arbres des alentours pour nous priver d’eau et de bois. Ceux qui, ces jours de fournaise, ont marché des heures jusqu’à la moindre citerne, ou peiné à trouver de quoi bâtir les tours d’assaut, savent ce que cette décision leur a coûté. Il n’y a pas de gloire à le nier : l’adversaire a bien défendu ce qu’il devait défendre.

Un homme du Caire, pas des Turcs

Beaucoup, parmi nous, croyaient marcher sur les Turcs, ceux-là mêmes que l’on combat depuis Nicée et Antioche. Il faut ici corriger l’oreille : l’homme qui commandait Jérusalem ne relève pas des Turcs, mais du Caire. Iftikhâr ad-Dawla a été nommé par al-Afdal Shâhânshâh, le vizir qui gouverne l’Égypte au nom de son maître. Ce sont ses gens, une troupe qu’on dit d’environ quatre cents cavaliers, qui ont tenu les murs contre nous. La bannière que nous avons abattue n’était pas celle que nous étions partis chercher.

Cela ne change rien à la Ville sainte ni à ce que nous sommes venus y faire ; cela change ce que l’on peut dire de l’ennemi. Il n’était pas une horde, mais une garnison régulière, avec un ordre, un commandement et des consignes venues de loin.

La reddition de la Tour de David

Quand nos gens ont forcé les murs, ce jour, Iftikhâr n’a pas cherché à mourir sous nos coups. Il s’est replié dans la citadelle que l’on appelle la Tour de David, la place la plus forte de la ville, et de là il a fait parler. C’est au comte Raymond de Saint-Gilles, qui pressait ce côté de la place, qu’il a rendu la tour. En échange, le comte lui a accordé la vie sauve, à lui et à ses hommes, et un sauf-conduit pour gagner Ascalon.

On peut s’étonner d’une telle grâce, un jour où le fer n’a guère épargné la ville. Mais la Tour de David tenait encore, et une place forte qui se rend sans nouveau siège vaut un accord. Le comte a pris la citadelle ; le gouverneur a sauvé sa tête et celle de sa garnison. Chacun, ce jour, a compté ses forces.

Le contexte

Jérusalem est aux mains de l’islam depuis le calife Omar, voici plus de quatre siècles et demi.

La ville a changé de maître récemment : les Égyptiens l’ont reprise aux Turcs seldjoukides l’an dernier, pendant notre marche vers le sud.

La Tour de David est la citadelle qui commande l’ouest de la place, réputée la plus solide de ses défenses.

État des informations

L’essentiel de ce que nous savons de cet homme nous vient des chroniques latines, écrites par ses adversaires et donc partisanes ; son nom, sa fonction et son origine égyptienne sont toutefois bien établis.

Ce que l’on sait

  • Iftikhâr ad-Dawla est le gouverneur fatimide de Jérusalem, un officier envoyé d’Égypte, nommé par le vizir al-Afdal Shâhânshâh — et non un chef turc seldjoukide.
  • La ville était tenue par une garnison égyptienne d’environ 400 cavaliers, non par une multitude.
  • Il a fait combler les puits et gâter les sources, et couper les arbres des alentours, pour priver les assiégeants d’eau et de bois.
  • Le 15 juillet, retranché dans la Tour de David, il a négocié sa reddition avec Raymond de Saint-Gilles, obtenant la vie sauve pour lui et ses hommes ainsi qu’un sauf-conduit vers Ascalon.

Ce que l’on ignore

  • Le détail de son sort une fois parti vers Ascalon reste inconnu de nous.

Sources historiques utilisées

secondary

Iftikhâr ad-Dawla

Wikipédia · 1099

Notice biographique : officier égyptien nommé par al-Afdal, puits comblés et sources empoisonnées, reddition de la Tour de David à Raymond de Saint-Gilles, sauf-conduit vers Ascalon.

secondary

Siège de Jérusalem (1099)

Wikipédia · 1099

Déroulé du siège : garnison fatimide d’environ 400 cavaliers, reprise fatimide de 1098, assaut du 14-15 juillet, reddition de la citadelle.

secondary

The Capture of Jerusalem, 1099 CE

World History Encyclopedia · 1099

Récit de la prise : gouverneur fatimide, défense de la Tour de David, accord de reddition avec le comte de Toulouse.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — portrait de l’adversaire

La rédaction · 1099

Le portrait imite la voix d’un correspondant embarqué avec l’ost ; les faits (nom, fonction, décisions, reddition) sont attestés, la mise en scène est reconstituée.

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